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<B>Etendue de l'Infaillibilité</B> par John DALY (2005-05-13 17:19:31) Imprimer

Chers participants

Il doit être clair à tous qu’un point central dans les désaccords qui séparent les sédévacantistes de bien d’autres personnes se voulant catholiques fidèles à l’enseignement de l’Église est la question de l’étendue de l’infaillibilité doctrinale de l’Église. C’est pourquoi j’ai promis plusieurs fois d’adresser ce sujet dans un post particulier. Le voici. Si N.M. m’a devancé en deux posts de la haute qualité qui marque toujours ses contributions, je pense que ce qui suit ne sera toutefois pas inutile. Mais ses interventions me permettront de garder le texte actuel dans des limites plus modestes que je n’avais envisagé.

Le problème est que peu de catholiques de nos jours ont la moindre idée de l’étendue des garanties et de la protection que le Saint-Esprit assure à l’Église. Et celles-ci sont si vastes qu’on y consacre des livres entiers. Mon but est d’être le plus bref possible et à cet effet j’ai trouvé la solution de vous offrir, d’abord, le résumé des dires de l’Église elle-même sur le sujet - résumé qui se trouve dans l’Index Systematicus de l’Enchiridion Symbolorum de Denzinger. Pour ceux qui ne connaissent pas cet ouvrage, j’explique. Le magistère de l’Église ayant prononcé formellement au cours de 20 siècles sur de nombreux points sous de différentes formes, au milieu du 19e siècle Heinrich Denzinger a fait un recueil des textes dogmatiques lequel a été tenu à jour par plusieurs éditeurs depuis. C’est pourquoi pour citer facilement un texte du magistère on donne généralement la référence au paragraphe de Denzinger où il se trouve. (Quanta Cura s’y trouvait jusqu’à l’édition éditée durant Vatican II qui l’a ignoblement supprimé.)

A la fin de ce recueil se trouve un « index systématique » qui constitue un compendium extrêmement dense de la doctrine catholique. Chaque doctrine est résumée en quelques mots, suivis d’un renvoi aux paragraphes où les textes du magistère lui-même enseigne la doctrine donnée.

Sur l’infaillibilité, on distingue le fait, le sujet, l’objet et enfin l’exercice. Ce n’est que ce dernier morceau sur l’exercice que je vais vous donner en traduction française (section IIf de l’Index). Je vous invite à le lire en vous souvenant que ce n’est pas l’opinion d’un théologien mais un résumé sec et plutôt minimisant de ce que le magistère a dit au sujet de son propre exercice. Et puis je vous invite à vous demander si vous saviez avant qu’il en fût ainsi, et si vous allez désormais en tenir compte. Car pour pouvoir étudier les nombreuses divergences doctrinales entre l’Église Catholique et l’Église Conciliaire, il est impératif de connaître les limites de l’infaillibilité telles que l’Église elle-même les conçoit et il est impératif de savoir si celui avec qui on discute les reconnaît. Sans accord sur les principes, toute discussion s’avère oisive.

Après le texte de Denzinger, j’ajoute quelques autres extraits tirés du livre utilisé par le Saint-Office sous Pie XII pour qualifier le statut théologique des différentes doctrines et des différentes erreurs s’y opposant. Il s’agit du De Valore Notarum Theologicarum du père Sixtus Cartechini S.J. Puis un petit brin de Cardinal Billot et je m’arrête…

Je pense que beaucoup de lecteurs auront des surprises, et pourtant, tout ce qui suit est implicite dans les paroles de saint Paul à Timothée « l’Église du Dieu vivant, la colonne et le fondement de la vérité » et plus explicitement dans le texte de St Augustin que j’ai déjà cité : «l’Église de Dieu, établie au milieu de tant de paille et d’ivraie, tolère beaucoup, pourtant ce qui s’oppose à la foi ou à la vertu, elle n’approuve pas, ne passe pas sous silence et ne fait pas. » (Epistola 55 « Sed Ecclesia Dei inter multam paleam multaque zizania constituta, multa tolerat, et tamen quae sunt contra fidemvel bonam vitam non approbat, nec tacet, nec facit. »)

Résumé de la Doctrine du Magistère sur la Magistère par Denzinger

1. L’Église exerce son infaillibilité soit par un jugement solennel soit par le magistère ordinaire universel 1683 1792 C 1323§1

2. …en définissant la vérité révélée 1721

3. …en surveillant la foi de ses sujets 1444 C 247 ce qu’elle fait de droit et de devoir 1797 et seq

4. …elle ne peut pas négliger la vérité 1449

5. …elle ne peut pas s’opposer à la vérité 1450

6. …[elle ne peut pas] permettre que soient obscurcies les plus importantes vérités de foi ou de mœurs 489 1455 et seq 1449 1501 1552 et seq 1567 1576 et seq 1821 1967

7. …[elle ne peut pas] traiter à nouveau des erreurs déjà (définitivement) condamnées 161

8. …elle ne peut pas changer le sens d’un dogme défini 2080

9. …elle ne peut pas établir une discipline nocive 1578

10. …il faut partant acquiescer à son jugement même en des matières pas encore expressément définies 1683 et seq 1712 1722 1820 2113 et seq 2313 C 1324

11. …et le silence obséquieux ne suffit pas 1350

Extraits du Père Cartechini à l’usage du Saint-Office

Le magistère ordinaire…infaillible…s’exerce de trois manières :

1. par une doctrine expresse communiquée en dehors d’une définition formelle par le Pontife ou par les évêques du monde entier.

2. par une doctrine implicite contenue dans la pratique ou la vie de l’Église
a) l’Église…ne peut pas permettre que soient dites en son nom dans la liturgie des choses contraires à son sentiment ou à sa croyance.
b) dans le Code de droit canonique il ne peut y avoir rien qui soit de quelque façon que ce soit opposé aux règles de la foi ou à la sainteté évangélique

3. par l’approbation tacite qu’accorde l’Église à une doctrine des Pères, des docteurs et des théologiens.


Et enfin un texte du Cardinal Billot :

« Tout ce qui est prêché dans l’Église entière comme étant divinement révélé appartient par ce fait même, et indépendamment de toute définition conciliaire ou pontificale à la foi catholique – à laquelle s’oppose l’hérésie. Et on affirme correctement qu’un signe sans équivoque de cette prédication est le consensus constant et unanime des théologiens catholiques. Je dis que c’est un signe et rien de plus, puisque les théologiens en tant que tels n’appartiennent pas à l’Église enseignante…mais c’est un signe certain et sans équivoque…

Et d’abord cette doctrine est confirmée puisque quiconque lit les catalogues des hérésies de saint Augustin ou de saint Epiphane verra qu’à plusieurs d’entre elles, à l’époque de ces saints, ne s’opposait aucune définition solennelle. Mais elles étaient considérées comme étant des hérésies parce que pour cela suffit la contrariété certaine et notoire à ce qui est enseigné par l’exercice quotidien du magistère à travers l’Église entière comme appartenant à la foi…. Et en effet aussitôt qu’Arius, Macedonius, Nestorius commençaient à énoncer leurs doctrines, ils furent…dénoncés comme étant des hérétiques. » (De Ecclesia Q. X)

Bonne lecture à tous.

JD
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