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A Victor : Les "saints", les Papes et la crise par Abbé Jean-Eric de Guillebon de Resnes (2005-05-14 11:16:01) Imprimer

Cher Petrus, cher Victor

J'aimerais apporter quelques considérations sur vos fameux points.

1°) La question des saints et de la nouvelle messe.

Je pense comme Petrus que la situation n'était pas assez avancé au moment de la mort du Padre Pio pour nous faire savoir quelles auraient été ses réactions s'il avait vécu. Ce que je sais c'est que (si l'on se réfère à sa biographie écrite par Yves Chiron) voyant arriver la nouvelle messe, il avait demandé et obtenu de Paul VI la possibilité de conserver, pour sa part, l'ancienne messe...

Pour la question de Soeur Lucie, j'avoue que c'est un mystère pour tout le monde...

Cependant sur les saints en général, Petrus dit :

"Vous me dites que les saints n’on pas réagi face à la nouvelle église. C’est tout simplement parce qu’il n’y a sans doute plus de saints de nos jours. Bernanos disait : « Notre Eglise est l’Eglise des saints ». S’il n’y a plus de saints, il n’y a plus d’Eglise militante et réciproquement."

Je trouve ce paragraphe ambigü : il semblerait dire qu'il n'y a plus de saints de nos jours, donc plus d'Eglise militante, ce qui est manifestement faux puisque l'Eglise durera jusqu'à la fin des temps, avec des saints, c'est-à-dire des justes qui se sauvent, même si ce n'est que par l'obscur accomplissement du devoir quotidien.
C'est pourquoi je tiens à préciser qu'il aurait été plus heureux de dire qu'il n'y a pas de saint extraordinaire de nos jours, c'est-à-dire de saint qui se fasse remarquer par une vie héroïque qui serait visible par tout le (ou du moins une bonne partie du) peuple de fidèles comme ce fut le cas dans les siècles antérieurs par un saint Bernard, un saint Louis-Marie Grignon de Montfort, un saint Jean Bosco...
Cependant être saint, même un saint extraordinaire ne signifie pas immunité d'erreur. Nous avons ainsi le cas de saint Vincent Ferrier qui, dans l'époque troublée et difficile pour l'Eglise qui fut la sienne, fut pendant une partie de sa vie soumis à un anti-pape... et pourtant c'est un grand saint de l'Eglise, un grand prédicateur et un grand convertisseur...

Ainsi le fait que les "saints" n'aient pas été sédévacantistes n'est pas une preuve du fait que cette position serait erronée...
N.B. : Je met le terme "saints" entre guillemets car ils n'ont pas encore été canonisé par l'Eglise... Ce qui, je l'espère pour eux, sera peut-être un jour le cas (je pense qu'il vivaient saintement). Cependant il se pourrait tout aussi bien qu'ils ne soient jamais canonisés car on n'est pas saint parce qu'on a des visions ou des faveurs extraordinaires de Dieu, mais simplement par une vie sainte ; de plus pour la canonisation il faut prouver l'héroïcité des vertus, ce qui est de compétence de l'Eglise.

2°) Passons au cas des personnes qui voient qu'il y a un problème dans l'Eglise, mais restent conciliaires.
Je crois personnellement qu'il peut y avoir de leur part ignorance invincible dans la mesure où, il est vrai, il est non seulement difficile de tenir (ce qui n'excuserait pas de l'erreur) la position sédévacantiste en raison des difficultés pratiques qu'elle pose dans la vie, mais aussi de faire le cheminement qui y parvient dans le sens où tout bon chrétien se rend compte des problèmes que posent les révolutions qui ont été opérées dans "l'Eglise", mais se trouve devant le choix suivant :
- soit je dis que l'Eglise se trompe, mais alors je suis hérétique, donc je dois suivre ce que me dit l'Eglise... même si cela pose des difficultés (qui peuvent être une sorte de martyre moral pour les personnes qui y vont et ont du mal à concilier (comme elles tentent de le faire) l'enseignement seculaire de l'Eglise avec les nouveaux enseignements modernistes...)
- soit je vois par la Foi que ce n'est pas l'Eglise qui le dis car :
M. - L'Eglise, le Pape, qui détient l'infaillibilité de l'Eglise, ne pourrait dire des erreurs (infailliblement) dans l'exercice de son Magistère : Vérité de Foi.
m.- Or ce que me propose à croire le concile Vatican II, ce que m'enseigne le "Pape", est en opposition manifeste à des vérités de Foi : elles sont telles parce que définies (infailliblement) par l'Eglise et toujours crues par les fidèles...
c.- Donc telle personne, tenue par tous comme Pape, ne l'est pas et il n'y a pour l'instant pas de Pape... C'est la position sédévacantiste.

Je reconnais cependant que l'esprit des catholiques était assez embrouillé par différentes thèses plus ou moins justes, mais qui ne correspondaient pas à la vérité de l'infaillibilité du Magistère de l'Eglise, comme il a été défini par le Concile Vatican Ier. Cela leur rendait difficile d'avoir une vision claire de la réalité, d'autant qu'il est, il faut bien l'avouer, difficile à tout bon chrétien de dire qu'il n'y a plus de Pape et que l'on vit une situation très particulière...

3°) Voyons enfin la question de nomination d'Evêques modernistes par de vrais Papes.
Il semble bien que ces Papes aient en effet nommé des modernistes à des postes importants de l'Eglise, malgré les précautions qu'ils ont prises pour l'éviter (je pense par exemple au cas de Pie XII et Mgr Montini...). Le problème est en effet celui indiqué par saint Pie X dans Pascendi : les modernistes font tout pour rester à l'intérieur de l'Eglise pour la faire évoluer peu à peu, dans la mesure de leurs possibilités...
De plus ce ne fut pas dans la proportion donnée par Victor ("que des Papes ait pu sacrer des évêques et créer des cardinaux a 99% corrompus") : la preuve c'est qu'au concile Vatican II, il y avait une minorité de modernistes... même s'ils sont parvenus à avoir le dessus...

Enfin pour la réprimande de saint Paul à l'encontre de saint Pierre, il convient de bien comprendre l'erreur :

"Mais quand Céphas [St Pierre, Pape] vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il était répréhensible."
(St Paul, aux Galates, II, 11)



Il était répréhensible dans sa manière d'agir qui donnait scandale (inclinant les gentils à penser que seuls les juifs étaient sauvés), tout en n'étant pas en soi mauvaise, mais seulement à cause de cette circonstance, et pas du tout dans son enseignement...

Pour la phrase de saint Robert Bellarmin :

"De même qu'il est licite de résister au Pontife qui agresse le corps, de même est-il licite de résister au Pape qui agresse les âmes ou qui trouble l'ordre civil, et, à plus forte raison, au Pape qui tente de détruire l'Eglise."
(St Robert Bellarmin, "De Romano Pontifice")



Je serais curieux d'en voir le contexte...

En vous assurant de mes prières.

Abbé Jean-Eric de Guillebon de Resnes
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     images/icones/1a.gif Cher Monsieur l'abbé Jean-Eric de Guillebon de Re [...] par Petrus (2005-05-14 12:24:12)
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