Dans un autre fil un peu plus bas Victor a cité un texte de St Robert Bellarmin, docteur de l’Église que nous avons fêté hier :
"De même qu'il est licite de résister au Pontife qui agresse le corps, de même est-il licite de résister au Pape qui agresse les âmes ou qui trouble l'ordre civil, et, à plus forte raison, au Pape qui tente de détruire l'Église."
(St Robert Bellarmin, "De Romano Pontifice")
Victor tire la conclusion suivant :
« SI IL EST LICITE DE RESISTER AU PAPE…C’EST DONC BIEN QUE LA PERSONNE QUI AGRESSERAIT L’EGLISE SERAIT TOUJOURS PAPE.
Sinon St Robert Bellarmin n’aurait pas utilisé cette expression. »
Je rédige ces quelques mots le coude gauche se reposant sur mon texte de la première édition du
De Romano Pontifice (1587) de saint Robert Bellarmin et dont je connais le texte en détail pour l’avoir étudié dans l’ensemble et pas seulement par quelques heureux extraits.
Et je tiens à observer ce qui suit:
1. Bellarmin ne parle ici ni de la perte du pontificat par suite de l’hérésie, ni du devoir d’obéissance envers le pape. Il répond à un argument qui prétend que puisque même un particulier peut se défendre si le pape l’agresse physiquement, de plus forte raison un roi ou un concile pourrait
déposer le pape. Sa réponse est que la résistance à l’agression n’exige aucune autorité et qu’il est ainsi permis de résister au pape qui devient agresseur, quelque grave que soit l’agression, mais que ceci n’implique aucune autorité de juger ou de déposer le pape.
2. Le sédévacantisme ne prétend pas que les « papes » de Vatican II aient perdu leur autorité pour cause d’agression contre l’Église. (Certains propos associés avec la thèse du Père Guérard de Lauriers pourraient donner cette impression et il serait possible d’invoquer ce texte de Bellarmin contre eux, bien que l’on puisse y répondre facilement que Bellarmin n’admet l’hypothèse que pour faire la distinction entre résistance et déposition et non pas pour en reconnaître la possibilité.) Le sédévacantisme maintien que les « papes » de Vatican II ont posé une série d’actes qu’un vrai pape ne peut pas faire, et ont créé une Église qui diffère essentiellement de l’Église catholique. La conséquence inéluctable est qu’ils ne furent pas de vrais papes. Il ne s’agit ni de résister ni de déposer mais de distinguer une entité d’avec une autre qui n’est pas pareille. Parabole : Vous allez dans un restaurant en attachant votre cheval dehors. En sortant, vous trouvez un âne à la place du cheval. Vous demandez où est votre cheval et on vous assure que la bête que vous voyez est réellement un cheval. On ne se laisse pas berner. Un cheval est un cheval et un âne est un âne – et vous aussi vous êtes un âne si vous l’acceptez.
3. Pour le devoir d’obéir au pape, tants les écrits que la vie de Bellarmin sont éloquents, mais il faudrait les lire. Bellarmin n’est nullement ami de l’idée de la FSSPX qu’un catholique puisse en quelque cas que se soit désobéir habituellement au pape et mener un ministère en dépit de lui et de ses ordres.
4. Bellarmin est formel et tranchant sur le fait qu’un pape devenant manifestement hérétique serait par ce fait même, sans aucune intervention ecclésiastique, privé de la papauté, et que cette perte serait connaissable par les fidèles, sans qu’on ait besoin d’une juridiction spéciale pour la constater. Il attribue cette perte à la nature de l’Église, étant donné qu’un hérétique manifeste n’est plus, par ce fait même, catholique, et ne peut pas être chef de ce dont il n’est pas membre. Il dit que cette doctrine est l’enseignement unanime des pères. Il dit que le contraire est dépourvu de toute probabilité. (De Romano Pontifice, II, xxx)
5. Il est intéressant de noter que Bellarmin est d’avis que ce principe a joué un rôle historique. L’histoire du pape saint Libère a été assez brouillée et s’est beaucoup éclaircie depuis le temps de St Robert. Mais ce qui intéresse n’est pas l’avis de saint Robert sur l’histoire mais sur la théologie. Il considérait que Libère n’avait pas souscrit à l’hérésie, ni condamné Athanase (c’est exacte), mais que durant son exil le clergé et le peuple romain avaient cru, par suite des calomnies répandues par l’Empereur, que Libère avait consenti au semi-arianisme. En conséquence de ce fait, à l’avis de saint Robert, ils se sont élu un nouveau pape, Félix II, que l’Église vénère comme saint et pontife romain bien que toutes les années de son pontificat tombent historiquement à l’intérieur du pontificat de saint Libère. Or, quoi qu’il en soit pour l’histoire, il est clair que pour saint Robert, Félix était réellement pape et que Libère aurait donc perdu la papauté non par hérésie mais pour avoir eu la fausse réputation d’être hérétique. On n’avait pas à attendre, pas à résister, pas à déposer, pas à demander à Libère de se condamner infailliblement, mais de constater un fait (apparemment certain) et d’agir en conséquence. Voilà la doctrine de saint Robert Bellarmin illustrée en acte.
6. Saint Robert Bellarmin est docteur de l’Église, et jouit d’une autorité spéciale sur tout ce qui concerne la doctrine de la papauté. Le
Pastor Aeternus<I/> du premier Concile du Vatican canonise l’essentiel de sa doctrine. Si certains théologiens n’ont pas suivi sa doctrine sur le « pape » manifestement hérétique, ils n’ont pas du tout le même statut ; c’est pourquoi la doctrine Bellarminienne est communissima en théologie et en droit canon.
7. La prétention que le texte de Bellarmin cité par Victor réfute le sédévacantisme est fréquent chez la FSSPX et a été l’objet d’une réfutation magistrale de la plume de l’abbé Cekada, écrite en la langue maternelle de Victor cliquez ici Pour le texte intégral de Bellarmin sur le pape hérétique en anglais voir ici
En espérant ne pas avoir raté les liens comme je fais d'habitude...
Nos cum prole pia + benedicat Virgo Maria.
John DALY