Nouveau message | Retour à la liste des messages
moins de 2 heures moins de 2 heures moins de 24 heures moins de 24 heures  
-> Messages récents
Afficher la discussion

De l'autorité revendiquée par et pour Vatican II par N.M. (2005-05-14 13:35:54) Imprimer

Voilà un "post" qui commence plutôt mal :

"S’il y a quelque chose de touchant, chez les sédévacantistes, c’est certainement leur volonté de soumission absolue au magistère. Un magistère, que, de ce fait, ils considèrent comme presque toujours infaillible, même lorsqu’il déclare explicitement ne pas l’être (comme à Vatican II)."

Il serait bon d'étayer un tant soit peu l'affirmation selon laquelle Paul VI et les pères conciliaires ont "déclar[é] explicitement" ne pas être infaillible.

Je me permets de reproduire ici un message en réponse à PGM au sujet de l'autorité revendiquée par le concile Vatican II, et d'ajouter quelques autres considérations et citations.



1 - L'intervention Fellici


Il est d'usage chez nombre de "traditionalistes" de citer jusqu'à plus soif la "Notification" de Mgr Felici, Secrétaire général du Concile - ou bien le Discours de Paul VI en date du 12 janvier 1966, - et d'en conclure que les pères conciliaires auraient manifesté vouloir en tout et pour tout se tenir en-deçà de l'infaillibilité.

Qu'en est-il ?

La "Notification" de Mgr Felici ne dit rien de plus, rien de moins, que le Discours de Paul VI en date du 12 janvier 1966.

"Compte tenu de l'usage des conciles et de la fin pastorale du présent concile, ce saint concile définit comme devant être tenu par l'Eglise en matière de foi et de moeurs les seuls points qu'il aura clairement déclarés comme tels"

De la part de l'autorité : définir une doctrine - même de façon ordinaire - puis affirmer qu'elle est fondée sur la Révélation, c'est bien définir une doctrine "comme devant être tenu par l'Eglise en matière de foi" (et même, consécutivement, de moeurs).

Pourquoi ?

Parce que :

"Est à croire de foi catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu ou écrite ou transmise, et que l'Eglise, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel propose à croire comme divinement révélé."

Concile Vatican I : Constitution "Dei Filius".

Or :

"Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits de toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu'en matière religieuse nul ne soit forcé d'agir contre sa conscience ni empêché d'agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d'autres."

Voilà pour la définition de la liberté religieuse par le Concile Vatican II. Une définition complétée par :

"Ce n'est donc pas sur une disposition subjective de la personne, mais sur sa nature même, qu'est fondé le droit à la liberté religieuse. C'est pourquoi le droit à cette immunité persiste en ceux-là même qui ne satisfont pas à l'obligation de chercher la vérité et d'y adhérer ; son exercice ne peut être entravé, dès lors que demeure sauf un ordre public juste."

Et cette liberté religieuse, toujours selon Vatican II, est fondée sur la Révélation :

"Le droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l'ont fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même."

Ce qui est de foi, c'est ce qui appartient à la Parole de Dieu, ce qui lui est connexe, bref ce qui est révélé, connexe au révélé...


Le droit à la liberté religieuse ?

Selon Vatican II : un droit défini en tant que tel "comme devant être tenu par l'Eglise en matière de foi et de moeurs".

Par conséquent, on ne peut pas affirmer que Paul VI et les pères conciliaires n'aient pas voulu, signifié et déclaré que leur définition de la liberté religieuse ne doive pas "être tenu par l'Eglise en matière de foi et de moeurs" (pour reprendre les termes mêmes de l'intervention Felici).



2 - Le discours de Paul VI du 12 janvier 1966


On peut y lire que Vatican II "a évité de promulguer des définitions dogmatiques solennelles engageant l'infaillibilité du magistère ecclésiastique".

Ce que Vatican II a FORMELLEMENT "évité", selon Paul VI,
- c'est bel et bien de "promulguer des définitions dogmatiques solennelles" qui engagent "l'infaillibilité du magistère de l'Eglise" (1),
- et non pas d'engager ladite "infaillibilité du magistère de l'Eglise" (2), car il va sans dire que l'infaillibilité du magistère de l'Eglise ne se "limite" pas aux seules définitions dogmatiques solennelles...

Rappel :

"Est à croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu ou écrite ou transmise, et que l'Eglise, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme divinement révélé."

Concile Vatican I : Constitution dogmatique "Dei Filius", 24 avril 1870 (Denzinger 1792 et Denzinger-Schönmetzer 3011).


C'est cela (1), et non pas ceci (2), qu'affirme Paul VI.

De pareils propos, on ne peut pas conclure que
- le magistère de l'Eglise n'ait pas voulu être engagé
- ou que le l'infaillibilité n'ait pas voulu être engagée
- ou que le magistère infaillible de l'Eglise n'ait pas voulu être engagé
par Paul VI et les Pères de Vatican II.

Selon Paul VI (Discours de l'audience du 12 janvier 1966), le Concile Vatican II "a évité de donner des définitions dogmatiques solennelles engageant le Magistère infaillible de l'Eglise."

C'est donc bien le magistère extraordinaire - infaillible - du Pape et des évêques qui est exclu par Paul VI...

... mais nullement le magistère ordinaire et universel, qui est lui aussi infaillible.


D'aucuns font valoir que ledit magistère ordinaire et universel ne peut être exercé que de façon dispersée, et que donc Vatican II ne saurait être "concerné" par lui.

Même s'ils avaient raison - ce que je ne crois pas - les partisans d'une telle "dérobade" ne font que reculer pour mieux sauter...

En effet, les enseignements de Vatican II
- sur la liberté religieuse
- sur l'appartenance à l'Eglise
- sur l'oecuménisme
- sur les religions non-chrétiennes
- sur la dignité de l'homme
etc.

... sont proposés quotidiennement par les évêques dispersés confirmés par Paul VI puis Jean-Paul II depuis maintenant quarante ans.

Or

"Le magistère de l’Église, établi ici-bas d’après le dessein de Dieu pour garder perpétuellement intact le dépôt des vérités révélées et en assurer la connaissance aux hommes, s’exerce chaque jour par le Pontife Romain et les évêques en communion avec lui"

Pie XI : Lettre-Encyclique Mortalium Animos, 6 janvier 1928, D.S. 3683.

Il est donc pour le moins illusoire de continuer à faire comme si tel et tel enseignement de Vatican II ne devaient pas relever du magistère ordinaire et universel - infaillible -
- si Paul VI avait été Pape
- si Jean-Paul II avait été Pape.



3 - Florilège


Continuons avec un florilège de citations de Paul VI et de Jean-Paul II au sujet de l'autorité qu'ils entendaient attribuer à Vatican II, et aux réformes qui en furent issues.

« Vous laissez invoquer en votre faveur le cas de saint Athanase. Il est vrai que ce grand évêque demeura pratiquement seul à défendre la vraie foi, dans les contradictions qui venaient de toute part. Mais précisément, il s’agissait de la défense de la foi du récent Concile de Nicée. Le Concile fut la norme qui inspira sa fidélité, comme du reste chez saint Ambroise. Comment aujourd’hui quelqu’un pourrait-il se comparer à saint Athanase, en osant combattre un Concile comme le deuxième Concile du Vatican, qui ne fait pas moins autorité, qui est même sous certains aspects plus important encore que celui de Nicée ? »

Paul VI : Lette à Mgr Lefebvre du 29 juin 1975.


« D’un côté, voici ceux qui, sous prétexte d’une plus grande fidélité à l’Eglise et au Magistère, refusent systématiquement les enseignements du Concile lui-même [les enseignements eux-mêmes, note de N.M.], son application et les réformes qui en dérivent, son application graduelle mise en œuvre par le Siège Apostolique et les conférences épiscopales, sous notre autorité, voulue par le Christ.

[…]

« On ose affirmer que l’on n’est pas lié par le Concile Vatican II, que la foi serait également en danger à cause des réformes et des ordinations postconciliaires, que l’on a le devoir de désobéir pour conserver certaines traditions. Quelles traditions ? C’est à ce groupe, et non au pape, et non au collège épiscopal, et non au Concile œcuménique qu’il appartiendrait de définir, parmi les innombrables traditions, celles qui doivent être considérées comme normes de foi ! Comme vous le voyez, frères vénérés, une telle attitude s’érige en juge de cette volonté divine qui a fait de Pierre – et de ses successeurs légitimes – le chef de l’Eglise pour confirmer ses frères dans la foi et paître le troupeau universel, et qui l’a établi garant et gardien du dépôt de la foi. »

Paul VI : Discours au Consistoire, 24 mai 1976.


« Rien de ce qui a été décrété dans ce Concile [Vatican II], comme dans les réformes que Nous avons décidées pour le mettre en œuvre, n’est opposé à ce que la Tradition bimillénaire de l’Eglise comporte de fondamental et d’immuable. De cela nous sommes garant, en vertu non pas de nos qualités personnelles, mais de la charge que le Seigneur Nous a conférée comme successeur légitime de Pierre et de l’assistance spéciale qu’Il Nous a promise comme à Pierre : « J’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas » (Lc XXII, 32). Avec Nous en est garant l’épiscopat universel. »

Paul VI : Lettre à Mgr Lefebvre du 11 octobre 1976.


Dans son encyclique "Redemptor hominis" (4 mars 1979), Jean-Paul II évoque "la parole de l'Esprit Saint que nous avons entendue durant le Concile".

La "parole de l'Esprit Saint" serait-elle réductible au magistère simplement authentique ? La "parole de l'Esprit Saint" serait-elle faillible ?


"L'obéissance à l'enseignement du Concile Vatican II est obéissance à l'Esprit Saint. [...] L'obéissance à l'Esprit Saint s'exprime dans la réalisation authentique des tâches indiquées par le Concile, en plein accord avec l'enseignement qui y est proposé."

Jean-Paul II : Discours au Sacré-Collège, 5 novembre 1979.


"Nous croyons que le Christ, par l'Esprit Saint, était avec les Pères conciliaires, que le Concile contient, dans son magistère, ce que l'Esprit dit à l'Eglise."

Jean-Paul II : Discours aux évêques de France, Issy-lès-Moulineaux, 1er juin 1980.


"Voulez-vous un critère sûr, concret, systématique, qui vous guide en ce moment présent ? Suivez la voix du Magistère et soyez fidèles au Concile de notre époque : le Concile Vatican II. D'une part sans réticences, craintes ou résistances. D'autre part sans interprétations arbitraires ou confuses de l'enseignement objectif avec ses propres idées. Ici commence la voie de la nécessaire unité voulue par le Christ. Cette correcte application des enseignements conciliaires constitue, comme je l'ai dit en différentes circonstances, un des principaux objectifs de mon pontificat."

Jean-Paul II : Homélie au stade de Barcelone, 7 novembre 1982.



4- Mgr Lefebvre devant le Cardinal Seper

Par ailleurs, lors des négociations entre le Cardinal Seper et Mgr Lefebvre en 1980, qu'a donc pu faire demander Jean-Paul II à ce dernier par l'intermédiaire du premier (reproduit dans le n° 265 bis de la revue "Itinéraires", p. 46) ?

"Le Saint-Père attend de vous ce qui est aussi requis de chacun dans l'Eglise, à savoir ce religiosum voluntatis et intellectus obsequium [adhésion religieuse de la volonté et de l'intelligence] dû au Magistère authentique du Pontife Romain, même lorsqu'il ne parle pas "ex cathedra" [voilà pour l'adhésion à l'enseignement de Jean-Paul II], et à l'enseignement sur la foi et les moeurs donné au nom du Christ par les évêques en communion avec le Pontife Romain."

Et le Cardinal Seper de renvoyer au n°25 de la Constitution dogmatique "Lumen gentium" du Concile Vatican II :

"Quoique les évêques, pris un à un, ne jouissent pas de la prérogative de l'infaillibilité, cependant, lorsque, même dispersés à travers le monde, mais gardant entre eux et avec le successeur de Pierre le lien de la communion, ils s'accordent pour enseigner authentiquement qu'une doctrine concernant la foi et les moeurs s'impose de manière absolue, alors c'est la doctrine du Christ qu'infailliblement ils expriment. La chose est encore plus manifeste quand, dans le Concile oecuménique qui les rassemble, ils font pour l'ensemble de l'Eglise, en matière de foi et de moeurs, acte de docteurs et juges, aux définitions desquels il faut adhérer dans l'obéissance de la foi."

Tel est "l'enseignement sur la foi et les moeurs donné au nom du Christ par les évêques en communion avec le Pontife Romain" auquel renvoie le Cardinal Seper. Et ce qui est en cause - en l'occurrence - c'est bien évidemment la réception de tous et chacun des actes du Concile Vatican II, de tous et chacun des enseignements dudit Concile.

Et une réception qui ne se contente pas d'être un "accueil docile et sincère" (ce qui est dû au magistère simplement authentique), mais bien une "adhésion religieuse de la volonté et de l'intelligence".


In Christo

N.M.






Ce message a été lisu 232 fois

La discussion

images/icones/neutre.gif Le sédévacantisme se mord la queue ! par Azerty (2005-05-14 12:22:15)
     images/icones/fleche2.gif Intéressant et question par Réginald (2005-05-14 12:36:57)
     images/icones/carnet.gif De l'autorité revendiquée par et pour Vatican II par N.M. (2005-05-14 13:35:54)
     images/icones/1a.gif Où ? Quand Comment ? par Abbé Hervé Belmont (2005-05-14 14:29:07)
         images/icones/1e.gif Mais si, mais si.… par Azerty (2005-05-14 17:41:44)
             images/icones/fleche3.gif Une évidence par N.M. (2005-05-14 17:59:30)
             images/icones/neutre.gif Citation par Semur (2005-05-14 18:07:17)
             images/icones/fleche3.gif Où et quand par N.M. (2005-05-14 19:03:27)