Nouveau message | Retour à la liste des messages
moins de 2 heures moins de 2 heures moins de 24 heures moins de 24 heures  
-> Messages récents
Afficher la discussion

Hérésie manifeste ? A l'attention de vivelechristroi par John DALY (2005-05-14 17:33:05) Imprimer

Cher vivelechristroi,

Merci de votre post qui ne peut pas manquer de faire plaisir à qui apprécie l’exactitude d’expression, le respect envers les auteurs approuvés et l’intelligence qui identifie et exprime avec justesse le point de désaccord.

En l’occurrence vous mettez le doigt sur le fait que Bellarmin n’enseigne pas que la simple hérésie soit absolument incompatible avec la papauté mais seulement l’hérésie manifeste (vous utilisez plutôt l’expression « public » - j’en viendrai bientôt à l’acribie du vocabulaire).

Je crois pouvoir répondre de façon satisfaisante à votre objection de l’application de la thèse Bellarmin aux Jean, Paul et autres Benoît, mais avant de le faire, quelques précisions s’imposent.

1. En parlant de Bellarmin je répondais à un argument de Victor – un argument devenu classique dans les cercles de la FSSPX – comme quoi saint Robert Bellarmin enseigne qu’un pape resterait pape même s’il démolissait l’Église de fond en comble mais que les catholiques n’auraient pas à lui obéir en ce cas. J’ai voulu montrer qu’il n’en est rien en mettant en contexte cette citation sur le pape agresseur et en la mettant en face d’autres textes de Bellarmin qui éclaircissent sa pensée. Je n’ai pas moi-même fait une application aux « papes » vaticandeuxesques de la doctrine de Bellarmin sur le pape hérétique. Ceci non pas parce que je ne la crois pas applicable, mais parce que je reconnais que pour l’appliquer il faut un argument sérieux et suivi, répondant aux objections qui peuvent se présenter. Je préfère ne pas entreprendre un travail que de le faire mal. Et en l’occurrence, ce n’était pas nécessaire.
2. Ce n’était pas nécessaire pour la raison que j’ai donnée ailleurs et pour les raisons que d’autres ont données avec pas moins de clarté : l’Église est infaillible dans son enseignement et dans tout ce qui manifeste sa foi, comprises sa loi, sa liturgie, sa prédication, sa tolérance… Et l’Église de Vatican II nous présente, par le biais de chacune de ces manières de s’exprimer, tout un corps de doctrine qui est impossible à réconcilier avec ce que l’Église catholique avait toujours enseigné avant par les mêmes manières. Les offices en commun avec les sectes, les sacrements pour certains non-catholiques non-convertis, l’oecuménisme, la dignité de « moyens de salut » attribuée aux « sectes de perdition », collaboration missionnaire avec les hérétiques, le maintien en vigueur de l’ancienne alliance avec les juifs dont on prétend l’actuelle attente du messie « pas en vain », le remplacement de tous les sept sacrements, abolition du danger de mort pour recevoir validement l’extrême onction, revers des fins du mariage et pratique quasi-universelle de la contraception en conséquence, les annulations à grande série en des usines d’adultères qui ont remplacé la Rote romaine et dont les certificats sont autant de tickets sens-unique vers l’enfer, cet enfer qui serait vide puisque Notre-Seigneur se serait irrévocablement uni avec tous les hommes par son Incarnation…il faut s’arrêter quelque part, mais ce n’est pas par manque de matière.
3. En conséquence cette nouvelle Église qui a failli doctrinalement de la façon la plus horrible et qui se félicite de sa nouvelle pentecôte en admirant ses églises vides et la célèbre spiritualité de ses enfants dont la moitié ne savent plus si le Christ est Dieu ou non (et s’en fichent), cette nouvelle Église dis-je n’est pas l’Église Catholique et ses chefs ne jouissent pas de la protection propre aux papes puisqu’ils ne sont pas des papes.
4. Après cela il convient de chercher la raison suffisante de leur non-papauté. On nous en a proposé plusieurs. Election préalable du cardinal Siri contraint par des menaces à une démission nulle en droit ; manque de l’intention nécessaire pour recevoir la papauté en sorte que l’acceptation du pontificat ne fût que verbale et pas réelle ; remplacement du réel élu par un sosie ; maladie mentale non diagnostiquée… Mais pour qui voudrait s’en tenir à ce qui est conforme aux doctrines classiques de la théologie et au bon sens dans l’appréciation des données disponibles, tout porte à choisir l’explication que l’essentiel qui manque est la profession publique de la foi catholique. C’était d’ailleurs la solution de Mgr de Castro Mayer et la solution dont Mgr Lefebvre ne faisait que de s’approcher pour s’en éloigner et s’éloigner pour s’en approcher. C’est très certainement, et de loin, la conviction de la majorité des sédévacantistes mondialement.
5. On peut appeler le premier argument « a posteriori ». Qui fait ce qu’aucun pape ne peut faire n’est pas pape ; or les Jean, Paul etc… ; donc... Et on peut appeler le second argument « a priori ». Un Montini ou un Wojtyla a publiquement tenu des positions doctrinales qu’il n’a pas pu ignorer contraires à la foi ; donc…
6. Si, en ce qui suit, je défends l’argument « a priori » contre votre objection, très cher vivelechristroi, c’est tout de même dans le contexte que pour moi c’est l’argument « a posteriori » qui est le plus facile, et qui dépend le plus directement de la foi, et demande le moins possible en guise de données certaines d’ordre naturel et de raisonnements humain. Je ne prétends nullement que l’argument « a priori » eût pu suffire tout seul au cas où les Wojtiniger auraient souscrit de façon personnelle à leurs fausses doctrines sans en enseigner à l’Église et en laissant en place la loi, la liturgie et les coutumes de l’Église catholique. Je ne dis pas le contraire non plus. Je dis seulement que ce n’est pas concrètement l’épreuve que la Providence nous a envoyée. Quand on nous invite à nous soumettre à Josef Col-et-Cravatzinger, notre « non possumus » se fonde sur l’impossibilité absolue, qui crève les yeux de qui connaissent l’ÉGLISE, que ce soit Elle, notre Mère, cette prostituée, et non pas uniquement sur notre conviction que ledit Josef n’a aucune réelle intention de reconnaître le magistère catholique comme sa règle de foi.

Cela dit, venons-en à votre objection : pour que quelqu’un soit hérétique manifeste il faudrait, selon vous, que soit connu de la masse de la communauté tant l’acte incriminé, que la qualité intrinsèquement hérétique de cet acte et enfin l’imputabilité morale dudit acte.

Votre analyse montre une bonne connaissance du Code de droit canon – votre réelle science se fait reconnaître avec autant de plaisir qu’elle est rare même dans les milieux où l’on se prend facilement pour maître en Israel.

Toutefois, je me permets de vous rappeler cinq faits capitaux dont il me semble que vous ne tenez pas compte :

1. S’il y a parenté entre les canons qui décrètent la perte, ipso facto, de tout office ecclésiastique en cas de défection publique de la foi, et le principe de la perte du souverain pontificat en des circonstances similaires, reste que ce dernier, du moins, ne peut nullement être une question de simple droit ecclésiastique. C’est la loi divine et immuable exprimée dans la constitution même de l’Église. Le droit canonique nous donne donc une analogie de grande valeur, mais qui n’est pas limitant.
2. En ce contexte, saint Robert Bellarmin dit bien « manifeste » qui n’est pas vraiment du langage canonique. En droit canon on trouve plutôt « public » et « notoire » qui s’opposent non seulement à « occulte », mais aussi à l’acte simplement externe mais pas plus. Ainsi le curé qui avoue à sa gouvernante ne plus croire à la transsubstantiation a déjà encouru l’excommunication (Canon 2314) mais n’a pas encore perdu son office (les conditions du canon 188§4 n’étant pas remplies).
3. Néanmoins le droit canon contient un propos qui rend votre objection bien mois claire que vous ne la voulez. Le canon 2197 définit le mot « publicum » comme s’étendant non seulement à ce qui est de fait connu par tel pourcentage de telle communauté, mais aussi à tout ce qui est soit déjà connu (« divulgatum ») soit se trouve en de telles circonstances que l’on puisse prudemment juger qu’il peut et doit facilement devenir connu.
4. L’explication du sens du mot « manifeste » chez Bellarmin et tous les auteurs qui partagent sa doctrine doit pouvoir se réconcilier avec les applications historiques de ce principe – e.g. le cas des romains élisant Félix à la place de Libère, le cas de saint Hypace refusant de nommer aux diptyques un Nestorius pas encore condamné, le cas d’un saint Vincent Ferrier se soustrayant à l’obédience du pape qu’il croyait légitimement élu lorsque celui-ci refusait de démissionner pour le bien de l’Église…
5. Pour ce qui est du caractère public de l’imputabilité de l’acte, votre cas n’est pas tout à fait juste. En matière d’hérésie, ce n’est pas précisément la culpabilité morale qui intéresse, car « la nature de l’hérésie consiste dans le fait de se retirer da la règle du magistère ecclésiastique » (Billot, « De Ecclesia », p. 290), c’est pourquoi, « L’obstination peut être présumée lorsqu’une vérité révélée a été proposée avec assez de clarté et de force pour convaincre un homme raisonnable. » (Dom Charles Augustine : “A Commentary on Canon Law”, Vol. 8, p. 335)


Fort de ces principes, je me permets de prendre un exemple. J’ai l’embarras du choix, n’est-ce pas ? Eh bien, parmi les nombreux actes des chefs de l’Église Conciliaire que l’on pourrait choisir, je prends l’occasion où Jean-Paul II a baisé le Coran, « osculo solito » - bien que je ne sache pas s’il a baisé la main de l’Imam préalablement comme Haegy l’aurait voulu. Cet acte de vénération publique a eu lieu le 14 mai 1999 – nous pouvons en « célébrer » le sixième anniversaire aujourd’hui. Et il est public dans le sens du canon 2197.

Or, tous les théologiens sont d’accord que l’hérésie ou l’apostasie peuvent s’exprimer par des actes et des gestes aussi bien que par des paroles, et cela de façon à encourir les conséquences. Et en particulier St Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, 2-2, 12, 1 déclare: "...certaines paroles ou certaines œuvres extérieures se rattachent à l’infidélité, en tant qu’elles en sont le signe... Et si quelqu’un...adorait le sépulcre de Mahomet, il serait réputé apostat."

Or, je ne sais pas du tout en quoi on peut distinguer la vénération du sépulcre de Mahomet d’avec la vénération publique du Coran. Le caractère du livre et de la religion qu’il incarne est notoire : "...l'islamisme n'est point simplement une révolution d'Arabes qui s'ennuient sous la tente, et auxquels un chef habile a imprimé une surexcitation qui les pousse tout à coup à la conquête des villes les plus luxueuses de l'Orient. Non, mais Dieu a laissé prévaloir pour un temps l'antique ennemi de l'homme, et lui a permis de choisir un organe à l'aide duquel il séduira les peuples, en même temps qu'ils les asservira par le glaive. De là, Mahomet, l'homme de Satan, et le Coran son évangile. Or quel est le crime qui a poussé ainsi à bout la justice de Dieu, et l'a porté à abandonner ses peuples à un esclavage dont nous ne prévoyons pas encore la fin ? L'hérésie est ce crime odieux, qui rend inutile la venue du Fils de Dieu en ce monde, qui proteste contre le Verbe de Dieu, qui foule aux pieds l'enseignement infaillible de l'Église. " (Dom Guéranger : article de 1858 sur l'histoire naturaliste)

Jean-Paul II certes, ne voulait pas se professer Musulman, mais il professait une attitude à l’Islam incompatible avec la soumission à la doctrine de l’Église catholique qui se croit l’unique arche du salut, épouse du Christ, et dépositaire de la révélation divine, horriblement outragée dans ledit Coran. Et cette incompatibilité, un ancien élève du père Garrigou-Lagrange, ayant prêté le serment anti-moderniste, ne pouvait l’ignorer.

A bon lecteur, bonne conclusion.

John DALY


Ce message a été lisu 357 fois

La discussion

images/icones/sacrecoeur.gif Hérésie manifeste ? A l'attention de vivelechri [...] par John DALY (2005-05-14 17:33:05)