1) Discuter d'une évidence ?
Le fait que Vatican II ne soit pas infaillible me semble relever de l’évidence. D’ailleurs, tous les conciliaires avec qui j’ai l’occasion d’en discuter l’admettent, comme le faisait le cardinal Ratzinger lui-même :
« La vérité est que le Concile lui-même n’a défini aucun dogme et a tenu à ses situer à un niveau plus modeste, simplement un concile pastoral » (13 juillet 1988).
Par un étrange paradoxe, les seuls catholiques à vouloir trouver les notes de l’infaillibilité dans ce Concile sont justement ceux qui veulent n’en tenir aucun compte : les sédévacantistes ! (Plus, peut-être, certains “ralliés” venus eux-mêmes du sédévacantisme…)
Mais bon, puisque nous sommes ici pour discuter, discutons…
2) Où et quand ? (à M. l’abbé Belmont et N.M.)
Mais si, bien sûr, je me réfère à la note du cardinal Felici (16 novembre 1964) et à la déclaration de Paul VI !
Ils manifestent au moins, à l’évidence, que Vatican II n’a fait aucune déclaration solennelle infaillible.
Maintenant, posons nous la question :
Comment des évêques réunis sous l’autorité du pape et promulguant en commun des doctrines se rapportant à la foi ou à la morale peuvent-ils ne pas faire une déclaration solennelle ?
Réponse : Tout simplement parce qu’ils n’ont pas manifesté l’intention d’OBLIGER les fidèles à tenir ces doctrines comme divinement révélées.
Mais dans ce cas là, il semble évident que ces doctrines ne peuvent pas NON PLUS être infaillibles de par le magistère ordinaire !
Ne peuvent en effet pas être imposées de façon infaillibles (ni par le mode extraordinaire, ni par le mode ordinaire) des doctrines que les évêques n’ont pas l’intention d’imposer comme “tenenda” !
Là encore, le texte de M. l’abbé Calderon (dans “Le Sel de la Terre” nº 47, p. 91-92) me semble excellent. Je ne résiste pas au plaisir d’en citer un passage :
« Cet argument fait irrésistiblement songer au numéro d’un illusionniste, car il commence de façon simple et claire, et, en un rapide tour de magie, il débouche sur une conclusion fantastique :
“— Est-ce que, par hasard, un concile ne pourrait être infaillible que dans ses déclarations extraordinaires ? — Certes non, car il peut se prévaloir de l’infaillibilité en mode ordinaire également. — L’universalité des évêques présents devrait-elle se disperser pour que son unanimité soit valide ? — Bien sûr que non, puisque la réunion ou la dispersion locale des évêques est quelque chose d’accidentel. — Dans ce cas, abracadabra : tout ce que dit le Concile est infaillible en raison du magistère ordinaire universel !”
On baigne là dans le merveilleux, car beaucoup de théologiens ont transpiré pour discerner quelles étaient les vérités que les conciles avaient eu l’intention de définir, alors que, en fait, intention ou pas, tout serait également infaillible de par le mode ordinaire du magistère universel !
• Ce qu’oublient ceux qui raisonnent ainsi, c’est que, pour que le magistère ordinaire de l’Église parvienne à l’infaillibilité et puisse donc être dit universel, il lui faut aussi réunir de façon équivalente les quatre conditions définies par Vatican I pour le magistère « ex cathedra », exigence qui dérive du mode humain caractérisant ces actes. C’est pourquoi, si un concile fait une déclaration répondant aux quatre conditions vaticanes, quand bien même cette déclaration ne serait pas particulièrement solennisée, par exemple sous la forme d’un canon assorti d’anathème, elle serait infaillible par elle-même et appartiendrait par définition au magistère extraordinaire. […] Dans le magistère d’un concile, il peut y avoir, en plus des sentences qui se définissent expressément elles-mêmes comme infaillibles, de nombreuses déclarations qui sont infaillibles parce qu’elles l’étaient déjà en vertu du magistère antérieur, ou qui le deviennent dans la mesure où leur répétition par le concile vient couronner une série de déclarations antérieures. Le reste des affirmations conciliaires qui ne sont infaillibles selon aucun des deux modes correspond au magistère extraordinaire simplement authentique, lequel jouit d’une autorité plus ou moins grande selon le mode sous lequel elles sont proposées.
• Le concile Vatican II n’ayant voulu définir aucune doctrine, il ne présente rien d’infaillible en mode extraordinaire. Dans ses longues déclarations, on trouve naturellement beaucoup d’éléments infaillibles en mode ordinaire, pour autant qu’il se borne à répéter des sentences infaillibles déjà émises par le magistère antérieur. Mais les nouveautés que nous désignons proprement sous le titre de « magistère conciliaire » n’ont assurément, dans le magistère traditionnel, aucune assise permettant d’envisager ne serait-ce que la possibilité de leur infaillibilité selon le magistère ordinaire universel. […] On est en présence du seul cas de toute l’histoire de l’Église auquel s’applique le titre du pire ouvrage d’André Naud : Le Magistère incertain. »
[Fin de citation de l’abbé Calderon]
3)Quant au Nouveau Catéchisme
Quant au Nouveau Catéchisme, il me semble que c’est la même chose : il n’entend pas s’imposer avec volonté d’obliger à tenir comme étant de foi divine tout ce qu’il contient ! (Pas plus d’ailleurs que le Catéchisme du concile de Trente ou celui de saint Pie X, quelque autorité qu’on leur accorde).
4)H. S.!
Le florilège de citations fourni par N.M. m’apparaît, dans ce contexte, tout à fait H. S. (hors- sujet).
5)"Impossibilité vitale"
5) Enfin, tout en remerciant M. l’abbé Belmont de ses précisions sur l’impossibilité vitale d’adhérer par la foi à Vatican II (précisions que je trouve très éclairantes à un certain point de vue), je dois lui dire :
a) qu’aucun sédévacantiste ne m’avait, jusqu’ici, exposé les choses ainsi (et ce n’est pas ce que je lis dans l’abbé Zins, par exemple) ;
b) quelle que soit la pertinence que je trouve à cette impossibilité vitale, je ne vois pas bien en quoi elle les autorise à se poser en juge du magistère, afin de déclarer qu’il n’y a plus de pape. Être empêché d’adhérer à Vatican II, c’est une chose, mais qui n’autorise pas, il m semble, à aller plus loin (et, particulièrement, à proclamer la vacance du Siège apostolique. Il me semble donc que mon argument tient toujours.
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