Chers amis,
J'avais annoncé une réponse point par point au pamphlet "anti-sédévacantiste" de l'Abbé X, mais nous voilà maintenant ensevelis sous une avalanche de messages.
Je voudrais néanmoins ajouter encore quelques grains de sel.
- Saint Vincent Ferrier
L'Abbé X nous écrit :
"Mais puisque qu’on parle des saints canonisés, pourquoi ne pas parler de Sainte Catherine de Sienne et de Saint Vincent Ferrier. Ce dernier soutenait, lors de la crise des anti-papes, le schismatique anti-pape Benoît XIII (Pierre de Lune) au point de devenir son confesseur ! Sainte Catherine de Sienne, était, quant à elle pour Urbain VII, alors que sévissait l’anti-pape Grégoire VII. Sainte Catherine de Sienne a fait le bon choix, elle a été canonisée. Saint Vincent Ferrier a fait le mauvais choix, il a été canonisé aussi. Ce qui prouve bien qu’il n’y avait pas là une question de foi, mais qu’on pouvait très bien faire son salut (et de quelle manière pour ces deux grands saints) sans avoir à trancher une question qui les dépassait tous deux ! Voilà l’exemple de saints à imiter à notre époque! Et l’Eglise a fini par trancher, par la voix de son autorité légitime, une affaire très délicate sur le moment même, situation qui n’est pas sans nous rappeler ce que nous vivons actuellement."
Il est tout de même pour le moins piquant de rameuter saint Vincent Ferrier au service de l'indifférence "écônienne" !
Pour les tenants d'une telle indifférence, il n'y avait (à l'époque du "Grand Schisme") et il n'y a (aujourd'hui) aucun problème à reconnaître (ou à ne pas reconnaître) quelqu'un qui serait (ou qui ne serait pas) le Vicaire de Jésus-Christ : il n'y avait, et il n'y a pas là "une question de foi".
Les bras m'en tombent !
Que tel ou tel soit ou ne soit pas le Vicaire de Jésus-Christ, il y a là bien au contraire une question qui engage la vertu théologale de foi et le salut de tout baptisé : les théologiens parlent de fait dogmatique.
Pour saint Vincent Ferrier, qui à un moment donné croyait fermement et sincèrement que Grégoire VII était bel et bien le Pape, il y avait pour lui une obligation grave non seulement de le reconnaître comme tel, mais de lui être réellement soumis.
Il va sans dire que sainte Catherine de Sienne était dans la même disposition d'esprit.
Rien à voir par conséquent avec l'indifférence "écônienne" qui vous murmure de temps en temps à l'oreille, pour vous "retenir" qui d'un côté, qui de l'autre, que la question de savoir si Benoît XVI est oui ou non revêtu de l'Autorité pontificale n'est pas à ce point fondamentale, qu'elle est étrangère à la suprema lex qui est le salut des âmes (cf. homélie des ordinations à Ecône en 1997) etc.
Si Catherine de Sienne et Vincent Ferrier ont été canonisés par notre Mère l'Eglise une fois le "Grand Schisme" refermé, alors qu'ils se sont trouvés à un moment donné dans deux "obédiences" opposées, ce n'est pas en raison de leur indifférence ou du peu d'intérêt de la question de la légitimité du Pape, c'est bien au contraire, et entre autres mérites, en vertu de leur zèle pour le Siège Apostolique, c'est pour leur parfaite et loyale soumission à celui qu'il croyait être Pape.
C'est précisément parce que chacun - bien que de manière opposée - a tranché pour soi-même la question de la légitimité qui de Urbain, qui de Benoît ou Grégoire.
Ce qui les "dépassait tous deux" c'était effectivement le jugement porté ultérieurement par Martin V et ses successeurs, mais certainement pas l'"exercice quotidien de la foi" hic et nunc, qui passait nécessairement par la question de la légitimité du Pape.
Et doit-on indéfiniment répéter que cette question de légitimité ne se paie pas de mots mais bel et bien de fidélité et d'obéissance ?
« Nous déclarons, disons et définissons qu’il est absolument nécessaire au salut, pour toute créature humaine, d’être soumise au Pontife Romain. »
Boniface VIII : Bulle Unam sanctam, 18 novembre 1302.
Denzinger-Schönmetzer 875.
« Nous enseignons et déclarons que l’Église romaine, par disposition du Seigneur, possède sur toutes les autres une primauté de pouvoir ordinaire et que ce pouvoir de juridiction du Pontife Romain, qui est vraiment épiscopal, est immédiat. Les pasteurs de tous rites et de tous rangs ainsi que les fidèles, tant chacun séparément que tous ensemble, sont tenus au devoir de subordination hiérarchique et de vraie obéissance, non seulement dans les questions qui concernent la foi et les mœurs, mais aussi dans celles qui touchent à la discipline et au gouvernement de l’Église répandue dans le monde entier ; de telle manière que, en gardant l’unité de communion et de profession de foi avec le Pontife Romain, l’Église est un seul troupeau sous un seul pasteur suprême (cf. Jean X, 16). Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont personne ne peut s’écarter sans danger pour la foi et le salut. »
Concile Vatican I : Constitution dogmatique Pastor Æternus, 18 juillet 1870.
- Le "novus ordo missae"
L'Abbé X nous écrit :
"Monseigneur Marcel Lefebvre au sujet du Novus Ordo Missæ et des sacrements post-conciliaires. En particulier, il n’ a jamais été dit que la Nouvelle Messe était de soi (et donc systématiquement) invalide (de même que les autres sacrements donnés sous le nouveau rite).
Le Bref Examen Critique de la Nouvelle Messe (signé des Cardinaux Ottaviani et Bacci, mais auquel a étroitement collaboré S.E. Monseigneur Marcel Lefebvre) parle d’éloignement de la théologie catholique mais pas de perte de la Foi."
Tout d'abord une précision qui s'impose : le "Bref examen critique" (BEC) fut effectivement signé par les Cardinaux Ottaviani et Bacci qui le présentèrent à Paul VI. Il est vrai également que Mgr Lefebvre suivit de près les travaux d'élaboration du BEC.
Mais il ne faut pas passer sous silence que l'un des principaux auteurs du BEC - avec le lturgiste Mgr Pozzi - n'était autre que le R.P. Guérard des Lauriers o.p., qui devait conclure à l'invalidité dudit "novus ordo" à la non-autorité des "papes de Vatican II".
Note 15 du BEC concernant la question de la validité du "novus ordo missae" :
"Telles qu'elles figurent dans le nouvel ordo, les paroles de la consécration peuvent être valides en vertu de l'intention du prêtre. Mais elles peuvent aussi ne l'être pas, car elles ne le sont plus par la force même des paroles (ex vi verborum) ; ou plus précisément : elles ne le sont plus en vertu de leur signification propre, du "modus significandi" qu'elles ont dans le canon romain du missel de saint Pie V."
En clair, le BEC affirme ni plus ni moins que la messe célébrée selon le "novus ordo" peut être valide grâce à l'intention du célébrant, mais malgré ledit "novus ordo" qui manque de soi à signifier ce que la sainte Messe doit produire, et donc à produire ce que la Messe signifie.
Par ailleurs, la question du "novus ordo missae" pose immanquablement - dans la perspective de l'analyse du BEC - la question de la légitimité de Paul VI.
Voilà en effet un novus ordo missae qui "s'éloigne de façon
impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte Messe, telle qu'elle a été formulée à la XXème session du Concile de Trente" la lettre-préface des Cardinaux Ottaviani et Bacci présentant le B.E.C. à Paul VI.
Au n°6 du B.E.C., on lit, en conclusion :
"Il est évident que le nouvel Ordo Missae renonce en fait à l'expression de la doctrine que Concile de Trente a définie comme étant de foi divine et catholique. Et cependant la conscience catholique demeure à jamais liée à cette doctrine. Il en résulte que la promulgation du nouvel Ordo Missae met chaque catholique dans la tragique nécessité de choisir."
Or on ne devrait pas être sans savoir qu'un vrai et légitime Successeur de Pierre ne saurait en aucune façon promulguer un rite liturgique mauvais, nuisible, dangereux.
Car en effet, la 78ème proposition du synode de Pistoie fut - entre autres propositions dudit synode - condamnée par le Pape Pie VI
"parce que, par la généralité de ses expressions, elle inclut et soumet à l'examen prescrit même la discipline constituée et approuvée par l'Eglise, comme si l'Eglise, qui est régie par l'Esprit de Dieu, pouvait constituer une discipline non seulement inutile et même plus onéreuse que ce que permet la liberté chrétienne, mais encore dangereuse, nuisible, conduisant à la superstition et au matérialisme."
Pie VI : Constitution "Auctorem fidei", 28 août 1794.
D'aucuns, avec lesquels je partage la critique dudit novus ordo missae (cf. "Bref Examen critique" , voudraient pouvoir continuer à refuser ledit n.o.m. sans se poser la "question de l'autorité", en arguant que Paul VI n'a pas vraiment voulu promulguer ledit n.o.m. avec autorité etc.
Qu'en est-il ?
Laissons tout bonnement parler le principal intéressé...
"Cette réforme imminente répond à un mandat de officiel de l'Eglise ; elle est un acte d'obéissance ; elle montre que l'Eglise est cohérente avec elle-même ; c'est un pas en avant dans la ligne de la tradition authentique ; c'est une preuve de fidélité et de vitalité qui requiert de nous tous une prompte adhésion. Ce n'est pas une décision arbitraire ; ce n'est pas une expérience temporaire ou facultative ; ce n'est pas une innovation due à un quelconque dilettante. C'est une loi élaborée par d'éminents liturgistes après de longues discussions et de longues études. Nous ferons bien de l'accueillir avec un joyeux intérêt et de l'appliquer ponctuellement et unanimement."
Paul VI : Discours de l'audience du 19 novembre 1969.
"L'adoption du nouvel "ordo missae" n'est pas du tout laissée au libre arbitre des prêtres ou des fidèles. L'instruction du 14 juin 1971 a prévu la célébration de la messe selon l'ancien rite, avec l'autorisation de l'Ordinaire, uniquement pour les prêtres âgés ou malades, qui offrent le sacrifice divin "sine populo".
"Le nouvel ordo a été promulgué pour être substitué à l'ancien, après une mûre réflexion, et à la suite des instances du Concile Vatican II. Ce n'est pas autrement que notre saint prédécesseur Pie V avait rendu obligatoire le missel réformé sous son autorité, à la suite du Concile de Trente.
"Avec la même autorité suprême qui nous vient du Christ, Nous exigeons la même disponibilité à toutes les autres réformes liturgiques, disciplinaires, pastorales, mûries ces dernières années en application des décrets conciliaire. Aucune initiative qui vise à s'y opposer ne peut s'arroger la prérogative de rendre un service à l'Eglise : en réalité elle lui cause un grave dommage."
Paul VI : Discours au Consistoire, 24 mai 1976.
En conclusion, compte tenu de la condamnation des thèses de Pistoie soutenant qu'un rite promulgué par l'autorité ecclésiale peut être dangereux ou nuisible...
On ne peut pas à la fois
- soutenir l'analyse du B.E.C.
- et prétendre que ce n.o.m. soit promulgué par l'autorité.
Voilà pour ces quelques autres réponses à un pamphlet qui n'en peut mais.
N.M.
|