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Jean XXII, la vision béatifique et l’infaillibilité pontificale par Semur (2005-05-14 18:43:22) Imprimer


Régulièrement le pape Jean XXII(1316-1334)résidant à Avignon est victime d'accusations calomnieuses, rejaillissant indirectement sur la papauté et l'enseignement constant de l'Eglise.

Jean XXII aurait gravement failli à sa charge en soutenant dans quelques-uns de ses sermons prononcés au cours de son pontificat la thèse selon laquelle les justes après leur mort n’avait pas accès à la vision béatifique immédiatement mais uniquement à la vision de l’humanité du Christ.

En 1331, dans un sermon à la cathédrale Notre-Dame des Doms à Avignon pour la fête de la Toussaint, il avait défendu sa théorie pour la première fois. Le troisième dimanche de l’Avent 1331, il développait sa pensée et affirmait que la vision béatifique, c’est-à-dire la vision de Dieu face à face, était due non à l’âme seule mais à l’âme unie au corps, donc seulement après le jugement général et la résurrection des corps. Il s’appuyait en particulier sur l’autorité de la Sainte Ecriture , de saint Bernard de Clairvaux et de saint Augustin, quoique les textes cités par le pape puissent faire l’objet d’une lecture tout à fait différente et contraire à la sienne. Jean XXII soutenait donc qu’avant la résurrection des corps, les âmes ne possèdent ni la béatitude proprement dite, ni par conséquent la vision béatifique.

Ces propos qui pourraient prêter à confusion, ne signifient en aucune manière que Jean XXII repoussait le commencement de la récompense ou du châtiment au jugement général, à la façon de saint Irénée, de Tertullien ou Lactance. Il affirmait bien au contraire dans le sermon du 5 janvier 1332 que « les âmes s’envolent immédiatement vers leur patrie, c’est-à-dire le ciel, […] mais qu’il s’ensuit pas qu’elles voient la divinité face à face, mais seulement le Christ dans son humanité » .

On a fait grief à Jean XXII d’avoir soutenu cette position et on a fait un motif pour décrédibiliser l’infaillibilité pontificale.
Cependant, l’Eglise a toujours autorisé la controverse théologique, qui est un des éléments moteurs du développement harmonieux du dogme catholique. Et c’est dans ce cadre que rentrait cette controverse, car l’Eglise n’avait pas porté sur cette matière de jugement définitif.


En outre, et sans doute est-ce là le plus important, en admettant que le débat théologique ait été tranché précédemment, l’infaillibilité pontificale était-elle en cause ? Pour que l’infaillibilité puisse s’appliquer, il faut la volonté de déterminer et de trancher le débat. Cette volonté apparaît-elle dans les discours ou les écrits du pape Jean XXII ?
Les textes sont formels sur ce point : Jean XXII prend toujours soin de préciser l’objet de sa démarche, démarche personnelle et qui ne saurait engager l’Eglise.
Le 28 décembre 1333, devant les cardinaux réunis en consistoire, pour étudier la question, et mettre fin aux allégations d’hérésies de franciscains spirituels soutenant Louis de Bavière, le pape fit une déclaration solennelle : "de peur qu’on ne puisse mal interpréter nos sentiments, et prétendre que nous avons pensé ou pensons quelque chose de contraire à la sainte Ecriture ou à la foi orthodoxe, nous disons et nous protestons expressément que, dans la controverse relative à la vision des âmes, tout ce que nous avons dit, allégué ou proposé dans nos sermons ou conférences, nous l’avons dit, allégué et proposé en entendant ne rien déterminer, décider ou croire qui fût en aucune façon opposé à la Sainte Ecriture, ou contraire à la foi orthodoxe, mais seulement tenir et croire ce qui peut et pouvait être conforme à la sainte Ecriture et à la foi catholique. Que si par hasard, il se trouvait dans ces sermons ou conférences des idées qui fussent ou parussent tant soit peu en opposition avec la sainte Ecriture et la foi orthodoxe, nous disons et affirmons qu’il n’était pas dans notre intention d’agir ainsi, et nous révoquons le tout expressément, renonçant à tenir ces points ».

Déclaration ici encore sans aucune ambiguïté, protestation de soumission totale au jugement de l’Eglise et bel exemple d’humilité intellectuelle.

Juste avant de mourir, il rétracta d’ailleurs ses opinions controversées et déclara soumettre l’ensemble de ses œuvres au jugement de l’Eglise et de ses successeurs.

L’ensemble des citations est suffisamment claire, de même que le comportement du pape. Rien ne prouve qu’à aucun moment, le pape Jean XXII ait voulu imposer comme une vérité théologiquement certaine (excepté pour lui-même) des propositions que le développement ultérieur de la recherche théologique considèrera comme erronées.

C’est à son successeur, Benoît XII (1334-1342) qu’il appartiendra de trancher définitivement la question par la constitution Benedictus Deus du 29 janvier 1336, en affirmant solennellement l’immédiateté de la vision béatifique pour les âmes des justes et des peines infernales pour les damnés.

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images/icones/1a.gif Jean XXII, la vision béatifique et l’infaillibi [...] par Semur (2005-05-14 18:43:22)
     images/icones/1a.gif Jean XXII par N.M. (2005-05-14 19:15:44)