Traduction faussée et interprétation erronée de la définition de l'infaillibilité pontificale :
a) Diverses interventions, dans les deux précédentes sessions sur le sujet de la vacance du Saint-Siège, ont confirmé l'utilité de la dernière partie de ma réponse à "Romain" en la 2e session.
Comme cette importante correction d'une traduction faussée engendrant un contresens dans l'interprétation du décret sur l'infaillibilité pontificale est alors passée quasi inaperçue, il convient de la réitérer ici en substance et de la compléter.
b) Presque tous les "milieux traditionalistes", Fraternité Saint Pierre et alliés y compris, sont tributaires d'une erreur de traduction très répandue et de la fausse interprétation qui en a résulté.
c) Un des premiers à avoir publiquement attiré l'attention de tous sur l'opposition presque mot à mot entre l'Encyclique Quanta Cura et la déclaration Dignatis Humanae (DH) de V 2 a été le Professeur George Salet (alias Michel Martin) dans les revues le Courrier de Rome, puis de Rome et d'ailleurs. A ce titre-là, tous lui doivent beaucoup.
d) Scientifique, le Professeur Salet a cherché à appliquer une méthode de rigueur mathématique à l'interprétation de la définition de l'infaillibilité pontificale dans la Constitution Pastor Aeternus du Saint Concile du Vatican (I).
e) C'est lui l'inventeur des fameuses (mais fausses) "4 conditions" à l'exercice de l'infaillibilité pontificale, tenues à présent quasi comme un dogme par les "lefebvristes" et la plupart de ceux de la mouvance dite "ecclesia Dei".
f) Deux choses l'ont induit en erreur dans sa démarche. 1° La traduction faussée d'un membre de phrase de la définition de l'infaillibilité. 2° Sa volonté de démontrer comment il pouvait se faire que la déclaration DH ne soit pas infaillible, bien qu'apparemment décrétée en matière de Foi lors d'un apparemment authentique Concile général par un apparemment Pape légitime, avec la détermination de ne point avoir à conclure à son encontre.
g) D'où l'invention de la pseudo "4e condition d'obliger", et la mise en avant de la fausse explication, inlassablement reprise et tenue depuis par les FSSPX et cie, que DH en particulier et V 2 en général ne sont pas du domaine de l'infaillibilité par défaut ou absence de cette soi-disant absolument nécessaire "4e condition d'obliger" les fidèles à tenir vraie et à croire la doctrine énoncée, pourtant exposée comme conforme à et issue de la Révélation.
h) Suite à divers échanges, d'abord avec M. l'abbé Lucien puis avec moi-même, le Professeur Salet a eu le mérite de reconnaître la fausseté de cette traduction et d'avoir toujours depuis cité ce passage en sa version authentique.
i) Non pas : .. quand il définit.. qu'une doctrine doit être tenue, mais : "quand il définit.. la doctrine qui doit être tenue". Membre de phrase qui renvoie à un autre canon célèbre de ce Saint Concile : "De Foi divine et Catholique doivent être crues..", etc.. Canon si important, qu'il est devenu le Canon 1323,1 du Code de Droit Canonique.
j) Explicitons le rapport indubitable entre ces deux définitions.
La traduction correcte, exacte de la définition dogmatique : "quand il (le Pape, comme Docteur Universel) définit.. la doctrine qui doit être tenue", appelle aussitôt, pour sa bonne compréhension, la question ou précision suivante : Et quelle est " la doctrine qui doit être tenue" ?
Question à laquelle répond très précisément le décret précédent auquel cette définition fait expressément allusion : * De foi divine et catholique doivent être crues toutes les vérités contenues dans la Parole de Dieu soit écrite, soit transmise par la Tradition, et qui sont proposées par l'Eglise, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, à croire en tant que divinement révélées.+ (Pie IX, Concile Vat. I, Const. De Fide Catholica, DB 1792
k) D'où l'explication du Secrétaire Général du Concile du Vatican (I) : * L'avis des théologiens catholiques est que 2 marques sont à la fois requises : l'objet de la décision doit être une doctrine relative à la foi ou aux moeurs, et le Pape doit exprimer l'intention de déclarer, de proclamer, en vertu de sa suprême autorité doctrinale, cette doctrine de foi ou de moeurs, comme faisant partie intégrante de la doctrine révélée par Dieu qui doit être crue par l'Eglise Catholique tout entière.... Le Pape n'exprime, en effet, dans ses décisions, que ce que, avec l'assistance particulière de Dieu, il trouve comme existant déjà dans la vérité révélée de Dieu, et déposée au sein de l'Eglise Catholique (dans le divin depositum fidei). Cette divine assistance qui le maintient à l'abri de l'erreur dans ces décisions, l'empêche également de proclamer comme doctrine de foi ou de moeurs, révélée de Dieu et déposée dans l'Eglise, ce que Dieu n'a ni révélé ni déposé dans son Eglise.+ (Mgr. Fessler, Ev. de S. Hyppolyte, secrétaire général du Concile du Vatican, La vraie et la fausse infaillibilité pontificale, livre honoré d'un Bref laudatif de Pie IX, p. 76, 78 ; voir aussi au point 8. de mon grand Catalogue, les autres explications citées)
l) D'où aussi, l'explicitation de Mgr Perriot, et son rejet expresse de l'interprétation erronée à laquelle les FSSPX s'accrochent en vain : * .. Quand le Pape définit.. la doctrine qui doit être tenue par l'Eglise universelle, par la force même des choses, son acte entraîne pour toute 1'Eglise, l'obligation de s'y soumettre. Il n'y a donc aucune raison de réclamer comme condition de l'infaillibilité, outre la définition même, l'intention d'obliger et une manifestation suffisante de cette intention. Assurément, il suffit d'établir que le Pape a défini ; et s'Il a défini, le fait même de la définition entraîne l'intention d'obliger l'Église universelle.+ (Mgr. Perriot)
m) Ainsi donc, l'obligation de tenir la doctrine définie comme révélée n'est pas une "condition" de l'infaillibilité d'un document du Magistère mais une conséquence du caractère révélé de cette vérité et de sa déclaration comme tel par le Magistère de l'Eglise.
n) Afin de couper à la racine l'échappatoire que ne manqueront pas d'être tentés de prendre les FSSPX et cie à ce sujet, en rabaissant ces explications au niveau qu'ils qualifieront à tort d' "opinion de théologiens privés", citons enfin l'enseignement pontificalement autorisé de Sa Sainteté Léon XIII : * Toutes les fois donc que la parole de ce Magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l'ensemble de la doctrine révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si cela pouvait en quelque manière être faux, il s'ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu Lui-même serait l'auteur de l'erreur des hommes : * Seigneur, si nous sommes dans l'erreur, c'est Vous-même qui nous avez trompés + (Richard de S. Victor, De Trinit. 1. 1,2). Tout motif de doute étant ainsi écarté, peut-il être permis à qui que ce soit de repousser quelqu'une de ces vérités, sans se précipiter ouvertement dans l'hérésie, sans se séparer de l'Eglise et sans répudier en bloc toute la doctrine chrétienne ?.. Car telle est la nature de la foi que rien n'est plus impossible que de croire ceci et de rejeter cela.... Si donc il y a un point qui ait été évidemment révélé par Dieu et que nous refusions de le croire, nous ne croyons absolument rien de par la foi divine..... celui qui, même sur un seul point, refuse son assentiment aux vérités divinement révélées, très réellement abdique tout à fait la foi, puisqu'il refuse de se soumettre à Dieu en tant qu'il est la souveraine vérité et le motif propre de foi.. Les Pères du Concile du Vatican n'ont donc rien édicté de nouveau, mais ils n'ont fait que se conformer à l'institution divine, à l'antique et constante doctrine de l'Eglise et à la nature même de la foi, quand ils ont formulé ce décret : * De foi divine et catholique doivent être crues toutes les vérités contenues dans la Parole de Dieu soit écrite, soit transmise par la Tradition, et qui sont proposées par l'Eglise, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, à croire en tant que divinement révélées.+.+ (Léon XIII, Encyclique Satis cognitum, 29/6/1896)
o) C'est donc une grosse faute dans la logique de confondre une conséquence avec une condition. En outre, il est grave de résister à la vérité connue, plus grave encore de la rejeter et de la combattre. Attention ! Cela mène au péché contre le Saint-Esprit que le divin Maître a si gravement stigmatisé.
p) Nous verrons, s'il plaît à Dieu, dans une autre intervention, jusqu'à quel complet contresens et déraisonnement conduit cette grave erreur dans la logique.
Que le Père Eternel, dont Elles émanent, fasse triompher la Vérité en nos intelligences et la Charité en nos cœurs.
Abbé V.M. Zins
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