Bien cher Troubadour,
Bienvenue dans le désert du forum-bis, où on ne se bouscule pas au portillon ; et merci pour votre question.
Pour y répondre, je crois qu’il est bon de rappeler que la mention du souverain Pontife au Canon de la Messe, mention introduite par les mots « una cum » est d’une très grande importance.
Il ne s’agit pas simplement, en effet, de prier pour le Pape : il s’agit davantage encore d’une identification de l’Église catholique. L’Église pour laquelle on offre « in primis » le sacrifice, l’Église qui offre la saint sacrifice, c’est celle qui est « una cum » le souverain Pontife. Comment l’Église est-elle pacifiée, gardée, unifiée et dirigée (quam pacificare, custodire, adunare et regere digneris) ? En étant « una cum » le Pape.
Le souverain Pontife est l’« identifiant » de l’Église ; il est la source de sa paix, de sa perduration, de son unité et de sa juridiction – source vicaire par rapport à Jésus-Christ, mais source souveraine par rapport au corps de l’Église.
La mention du souverain Pontife au Canon de la Messe est donc d’une particulière gravité : d’abord en raison de la sainteté de cette prière qui est la plus précieuse, la plus solennelle et la plus efficace de toute la liturgie de l’Église, de cette prière qui est le cœur du mystère de la foi. Cette mention concerne directement la catholicité du saint Sacrifice, du célébrant, des assistants ; elle exprime l’adhésion que chaque catholique doit avoir au souverain Pontife comme règle vivante de la foi et comme détenteur de la plénitude du pouvoir d’ordre dans l’Église ; elle réalise (elle rend réelle) notre appartenance à l’Église et notre soumission au souverain Pontife.
Pour la confession de la foi, pour l’adhésion à l’Église catholique, pour l’offrande du Sacrifice parfait, la portée de l’« una cum » est telle que selon le Pape Pélage I (556-561), l’omettre c’est se séparer de l’Église universelle (rapporté par Innocent III dans son ouvrage sur l e rite de la Messe, P.L. CCXVII, col. 844).
Par l’« una cum » est affirmée et réalisée l’unité fondamentale entre l’Église, le Pape et la Messe.
Pour répondre directement à votre premier point, je ne vois aucun inconvénient – bien au contraire – au fait qu’une personne assiste à la messe non « una cum Benedicto », parce qu’objectivement c’est comme cela qu’elle est sainte aux yeux de Dieu et cohérente avec la réalité théologale.
Cela dit, il est fort compréhensible qu’une personne puisse éprouver des scrupules en la matière, et je ne puis lui en vouloir. Mais alors je lui demande d’être logique et d’appliquer ses principes jusqu’au bout... Je placerai une lettre à ce propos plus bas dans ce fil.
Quant à votre deuxième point, je ne suis ni compétent ni mandaté pour vous donner le point de vue de « l’Église officielle ».
Mais la logique de Vatican II et de « Dominus Jesus » veut qu’elle n’y voit aucun inconvénient puisqu’elle autorise la « communicatio in sacris » avec le schismatiques orientaux et qu’elle les qualifie d’Églises-sœurs : et cela en raison de la conservation des rites sacramentels valides.
A fortiori donc, cela devrait s’appliquer à ceux qui demeurent dans la foi catholique, dans l’unité de l’Église et qui sont fidèles aux rites traditionnels.
En tous cas, « l’Église officielle » est mal placée pour interdire ou condamner les « non una cum » qui, à tous les points de vue (et donc même au sien), sont cohérents.
Alors, vous verrai-je bientôt ?
Abbé Hervé Belmont
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