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Haec est fides catholica... par Abbé Jean-Eric de Guillebon de Resnes (2005-05-28 15:27:30) Imprimer

Cher Ion,

Lors des dernières 48 heures, vous me disiez (je me permets de rappeler votre message) :

Désolé, mais vous ne nous dites pas en quoi il y a contradiction entre ce que VEULENT DIRE respectivement :

- "L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir [des Eglises et communautés séparées] comme de moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique "

- "Hors de l'Eglise, point de Salut"

Car je n'immagine pas que vous preniez "à la lettre" cette dernière affirmation, alors que l'Eglise elle-même ne l'a jamais prise à la lettre. Où alors vous déclarez TOUS les protestants damnés, contrairement aux Papes post mais aussi pré concilaires. Ce que vous ne pouvez faire. Et si ils ne le sont pas, n'est-ce pas grâce à leur baptême (que, je pense vous considérez comme valide) qu'ils sont devenus frères du Christ et enfants de Dieu. Et ce baptême, "moyen" de Salut, ils l'ont reçu grâce à leur appartenance à des "Eglises et Communautés séparées".

QED

Ion



Pour constater s'il y a effectivement une contradiction entre l'axiome "Hors de l'Eglise point du salut", qui reflète la pensée traditionnelle de l'Eglise sur le moyen de salut offert par Dieu aux hommes, et l'enseignement donné à ce sujet par Vatican II, notamment par la phrase ci-dessus, il nous faut considérer comment il faut interpréter cet axiome par l'enseignement que donne l'Eglise à ce sujet, tant par la voix des théologiens et des Pères ou Docteur de l'Eglise que par celle du Magistère de l'Eglise lui-même. Ce sont en effet les moyens donnés par la divine Providence pour nous manifester ce que nous devons croire.

Le magistère est en effet l'interprète authentique et infaillible de la divine Révélation qui est "scriptam vel traditam" [D1792] : soit écrite (les Saintes Ecritures) soit orale (la tradition). Les Pères et les Docteurs de l'Eglise sont également des interprètes de cette Révélation qui, s'ils ne sont pas infaillibles individuellement (leur unanimité fait foi), n'en restent pas moins des lumières qui nous indiquent la pensée de l'Eglise sur un sujet donné...

Or la doctrine de l'Eglise à ce sujet est résumée ainsi dans le Denziger-Bannwart [Index IIa, ab §2 in fine usque ad finem] :

« [L'Eglise] est nécessaire à tout pour le salut, « hors d'elle il n'y a aucun salut » ni de rémission des péchés :
Ceux qui veulent être sauvés doivent donc être membres de l'Eglise (au moins in voto) ; ses membres sont les baptizés (y compris les enfants), non seulement les prédestinés ou les fidèles, mais les parfaits et les pécheurs, même non prédestinés, les princes et les rois, les orientaux et les occidentaux ; cependant les prédestinés ne sont pas nécessairement membres de l'Eglise [actuellement].
L'Eglise n'est pas bipartite en charnelle et spirituelle, ni divisée en trois branches, ou la Catholico-Romaine, la Greco-schismatique, l'Anglicane.
Les non-baptisés n'appartient pas au corps de l'Eglise, ceux qui défaillent dans la doctrine définie quittent l'unité de l'Eglise. » [pour la citation en latin avec les références, voir note 1]



En effet, reprenant l'enseignement des Pères :

« Sara dit : Eloigne la servante et son fils ; car fils de l'esclave n'héritera pas avec mon fils Isaac [Gn 21, 10]. Et l'Eglise dit : Eloigne les hérésies et les fils de celles-ci ; car les hérétiques n'hériteront pas avec les catholiques. Mais pourquoi ne seront-ils pas héritiers ? Ne sont-ils pas de la descendance d'Abraham ? Et comment ont-ils le baptême de l'Eglise ? Ils ont le baptême ; il les ferait héritiers d'Abraham si l'orgueil ne les excluait pas de l'héritage. Tu es né par la même parole, par le même sacrement ; mais tu ne parviens pas au même héritage de la vie éternelle, si tu ne reviens pas à l'Eglise catholique » [RJ 1492] St Augustin (sermons)

« Nous croyons dans la sainte Eglise, mais la catholique. Les hérétiques et les schismatiques appelent en effet leur congrégations des églises. Mais les hérétiques pensant de fausses choses de Dieu violent la foi elle-même ; les schismatiques eux par des scissions iniques se séparent de la charité fraternelle bien qu'ils croient ce que nous croyons. C'est pourquoi ni les hérétiques n'appartiennent à l'Eglise catholique, car elle aime Dieu, ni les schismatiques, car elle aime le prochain » [RJ 1562] St Augustin



l'Eglise condamne les propositions suivantes :

« Les hommes peuvent trouver la voie du salut éternel et acquérir le salut par le culte de n'importe quelle religion » [D 1716] (Syllabus)



« Le protestantisme n'est rien d'autre qu'une forme différente de la même et vrai religion chrétienne, dans laquelle il est donné de plaire à Dieu comme dans l'Eglise catholique » [D 1718] (Syllabus)



Elle nous dit, au contraire, que c'est la seule Foi catholique (à l'exclusion de toute autre) qui sauve :

« Je promets de toutes mes forces de tenir d'enseigner et de prêcher la Foi catholique, hors de laquelle personne ne peut être sauvé... » [D 1000] (profession de foi du Concile de Trente)



reprenant dans sa liturgie (dans l'office du bréviaire) le Symbole de Saint Athanase qui dit :

« Voici quelle est la foi catholique, et si quelqu'un ne la croit pas fidèlement et fermement, il ne pourra être sauvé » [D 40]



Pie IX a dit aussi dans la Définition de l'Immaculée Conception :

« Ainsi donc si quelqu'un présumait, que Dieu ne le permette pas, de croire autrement que ce que nous avons définit, qu'il connaisse et sache qu'il est condamné par son propre jugement, qu'il a fait naufrage dans la Foi et s'est séparé de l'unité de l'Eglise... » [D 1641]



L'Eglise enseigne donc qu'il est tout à fait faux de penser qu'il puisse y avoir un salut dans une autre religion (y compris la religion protestante) que la religion catholique. Et c'est bien en ce sens là qu'il faut entendre l'expression : « hors de l'Eglise point de salut ».

La raison de ce fait est que « sans la foi il est impossible de plaire à Dieu ». Notre Seigneur a en effet dit non seulement :

« Allez, donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné » [Mt 28, 19-20]



Mais Il a aussi dit :

« Allez dans le monde entier, prêchez l'Evangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné » [Mc 16, 15-16]



Or les incroyants n'ont pas la foi, comme il est évident, et que les hérétiques (dont les protestants) et les schismatiques ne l'ont pas non plus. St Thomas d'Aquin explique cela dans la [Secunda Secundae Qu.5 a. 3, corpus], en réponse à l'interrogation :

« Est-ce qu'un hérétique qui ne croit pas un seul article de foi peut avoir une foi informe des autres articles ?

Je réponds en disant qu'un hérétique qui ne croit pas à un seul article de foi ne peut avoir de foi ni formée, ni informe. La raison en est que l'espèce d'un habitus dépend de la raison de son objet formel : une fois cette raison enlevée, l'espèce de l'habitus ne peut demeurer. Or l'objet formel de la foi est la vérité première selon qu'elle est manifestée dans les Saintes Ecritures et dans la doctrine de l'Eglise. Donc celui qui n'adhère pas à la doctrine de l'Eglise, comme à sa règle divine et infaillible qui procède de la vérité première manifestée par les Saintes Ecritures, celui-ci n'a pas l'habitus de la foi, mais il croit des choses qui appartiennent à la foi par un autre moyen que la foi. Comme si quelqu'un tenait dans l'esprit une conclusion quelconque ne connaissant pas le moyen de sa démonstration, il est manifeste qu'il n'en aurait pas la science, mais seulement un opinion. Il est donc manifeste que celui qui adhère à une doctrine de l'Eglise comme règle infaillible, adhère à tout ce que l'Eglise enseigne. Autrement, s'il croit, parmi ce que l'Eglise enseigne, qu'il veut et ne croit pas ce qu'il ne veut pas, il n'adhère pas à la doctrine de l'Eglise comme à sa règle infaillible, mais à sa propre volonté. Et il est ainsi manifeste que l'hérétique qui, de façon pertinace, ne croit pas un article de foi, n'est pas prêt à suivre en tout la doctrine de l'Eglise (en effet s'il ne le fait pas avec pertinacité, il n'est pas hérétique, mais seulement errant). Il est donc manifeste que tel hérétique qui n'a pas la foi en un article de foi ne l'a pas non plus des autres, mais en a seulement une certaine opinion selon sa propre volonté ».



Cette expression « hors de l'Eglise point de salut » signifie donc qu'il est impossible à l'homme d'atteindre le salut par une autre religion que la religion catholique, celle fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ car « il n'y a qu'un seul Dieu et un seul mediateur entre Dieu et les hommes, l'homme Jésus-Christ » [I Tim 2, 5].

Elle ne signifie donc pas que ceux qui ne sont pas membres visibles de l'Eglise, c'est-à-dire qui ne sont pas baptisés ou qui sont nés dans le schisme ou l'hérésie [Mystici Corporis de Pie XII : D 2286, cf. en note 2], ne puissent pas se sauver, car Dieu « veut que tous les hommes se sauvent et parviennent à la connaissance de la vérité » [I Tim. 2, 4].

Cependant leur salut ne peut venir de leur religion, qui les en éloigne plutôt. Il ne peut non plus venir de leurs perfections naturelles car elles ne sont pas aptes à atteindre un but totalement surnaturel. Le salut de ces personnes est donc dû à une miséricorde très spéciale de Dieu, qui voulant le salut de tout homme, a fait en sorte que tous puisse l'atteindre (même si beaucoup ne le font, hélas, pas), même si la facilité pour se sauver n'est pas la même partout.

Dieu a en effet disposé les choses de façon à ce que les « hommes de bonne volonté » [Lc 2, 14] puisse atteindre le salut par la soumission aux inspirations divines qui les feront amèneront à connaître la vérité [D 1794] et à appartenir à l'Eglise au moins in voto... nous disent les théologiens, c'est-à-dire y appartenir par le désir, comme, par exemple, les catéchumènes...

Je tiens à remarquer qu'on parle de miséricorde spéciale parce que, si pour tous le salut est une pure miséricorde de Dieu, celui-ci a toutefois établit que la règle normale du salut soit d'être sauvé par appartenance visible à l'Eglise catholique...

Il n'y a donc pas d'opposition en cela avec l'enseignement des Papes préconciliaires qui n'ont jamais tenu que TOUS les protestants étaient damnés, mais seulement que leur religion n'est pas du tout un moyen de salut, bien au contraire... et qu'il ne peuvent donc se sauver que malgré elle et non grâce à elle...

J'espère toutefois que vous aurez constaté que, selon les Pères et le magistère de l'Eglise, le baptême des protestants (mettons de côté la question de sa validité, cf. note 3) n'est donc pas la raison pour laquelle certains d'entre eux peuvent parvenir au salut, mais que c'est uniquement une miséricorde spéciale de Dieu envers eux... car le baptême ne fait pas le salut de celui qui n'a pas la foi ou la charité... or les protestants ayant perdu la première par leur hérésie n'ont pas la seconde... En conséquence de quoi, votre dernière phrase :

Et ce baptême, "moyen" de Salut, ils l'ont reçu grâce à leur appartenance à des "Eglises et Communautés séparées".
Qui retraduit parfaitement l'idée de la phrase de Vatican II dont il est question :

« Ces Églises et ces communautés séparées, bien que nous les croyions souffrir de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique » (Unitatis redintegratio, n° 3),



Est contraire à l'enseignement millénaire de l'Eglise. En effet les « communautés séparées », bien au contraire d'être des moyens de salut pour leurs membres sont des boulets pour leur salut. Elles entravent en effet l'action du Saint-Esprit qui poussent les hommes à croire ce qu'enseigne l'Eglise en poussant de leur côté à ne pas croire certaines de ces vérités nécessaires au salut et donc détruisent la Foi de leurs sectateurs.

Cette opposition entre l'enseignement de Vatican II par rapport au magistère antérieur n'est pas le seul... et empêche le fidèle d'adhérer l'enseignement de ce même concile qui aurait dû être infaillible à cause du magistère ordinaire et universel. Il fait ainsi constater que l'élément qui confère cette infaillibilité manquait.

Or cet élément c'est le Pape : tous les évêques sans le Pape ne peuvent être infaillibles...


Soyez assuré de mes prières

Abbé Jean-Eric de Guillebon de Resnes

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Note 1 :

« [Ecclesia] est omnibus ad salutem necessaria, "extra quam nulla salus" nec remissio peccatorum 2sqq 14 39 sq 246 sq 423 430 468 sq 570 b 714 999 sq 1473 1613 sq 1646 sqq 1677 1716 sqq 1954 sqq 2199 2319 C 731 § 2 :
Ecclesiae membra esse debent (saltem voto) quicunque salvari volunt 388 468 629 1646 sq C 1322 § 2 ; membra sunt baptizati (etiam parvuli 869 sq), non soli praedestinati aut fideles 627 629 631 sq 647 1422 1515, sed perfecti et peccatores 473 838 1358 1413 1422-1428, etiam praesciti 631 sq 646, principes et reges 1688 1754, orientales et occidentales 1748 ; at praedestinati non necessario semper sunt membra Ecclesiae 631 sq.
Ecclesiae non est bipartita in carnalem et spiritualem 485, neque in tres ramos divisa, scl. Romanam-Catholicam, Graeco-schismaticam, Anglicanam 1685 sq 2199.
Non-baptizati non pertinent ad corpus Ecclesiae 895, deficientes a doctrina definita deficiunt ab unitate Ecclesiae 1641. »
[D Index IIa]




Note 2:

« Pourtant, au plein sens de l'expression, seuls font partie des membres de l'Eglise ceux qui ont reçu le baptême de régénération et professent la vraie foi, qui, d'autre part, ne se sont pas pour leur malheur séparés de l'ensemble du Corps, ou n'en ont pas été retranchés pour des fautes très graves par l'autorité légitime. Tous, en effet, dit l'Apôtre, nous avons été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul Corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit hommes libres [I Cor. 12, 13]. Par conséquent, comme dans l'assemblée véritable des fidèles il n'y a qu'un seul Corps, un seul Esprit, un seul Seigneur et un seul Baptême, ainsi ne peut-il y avoir qu'une seule foi [Cf. Eph. 4, 5] ; et celui qui refuse d'écouter l'Eglise doit être considéré, d'après l'ordre du Seigneur, comme un païen et un publicain [Mt. 18, 17]. Et ceux qui sont divisés pour des raison de foi ou de gouvernement ne peuvent vivre dans ce même Corps ni par conséquent de ce même Esprit divin » [D 2286] (Pie XII Mystici Corporis)

.


Note 3 :

La question de la validité des baptêmes protestants est en effet plus complexe qu'il n'y paraît. On ne peut y répondre par oui ou par non. Il y a en effet de nombreuses communautés protestantes... et certaines, ayant gardé le rit baptismal de l'Eglise catholique, sans en modifier la forme (les paroles) administrent un baptême valide. Certaines sont douteuses... et certaines sont certainement invalides du fait de modifications essentielles dans le rit...
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