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Il n’y a pas inversion par Ion (2005-05-28 19:04:27) Imprimer


Ce que Jean-Paul II nous enseigne va bien au-delà du Concile Vatican II dans Gaudium et Spes. Mais, il ne s’agit pas d’une inversion des fins, mais d’un changement de point de vue. Je ne parlais pas de la charité enseignée « en priorité », mais de la théologie du mariage sacrement, vue comme un don, un échange trinitaire. On est donc sur un tout autre plan, et c’est ce plan qui supplante la vision ancienne, non fausse, mais, selon Jean-Paul II, un peu limitée.

Je vais essayer de vous expliquer ce que je crois avoir compris.

D’un point de vue naturel, ou relevant d’une philosophie naturelle, l’union des époux, même élevée comme vous dites à la dignité de sacrement, n’en reste pas moins ordonnée à la procréation. Cela, le Concile Vatican II ne le nie pas (Gaudium et Spes d’ailleurs affirme, je cite : « … et c’est pas sa nature même que l’institution du mariage et l’amour conjugal sont ordonnés à la procréation et à l’éducation … »). En cela, la procréation est donc bien une fin « primaire » du mariage, de même que la fin primaire de l’accouplement des espèces animales est ordonnée à la continuation de l’espèce.

Le Concile Vatican II veut pourtant déjà, avant même Jean-Paul II, ouvrir la voie à l’aspiration légitime des époux à trouver dans le mariage une voie authentique de la réalisation de leur vocation de baptisés.

En effet, le mariage est beaucoup plus que cela, et c’est là que l’enseignement, fort méconnu, de Jean-Paul II prend toute sa dimension.

Prenons donc maintenant, à la suite du Pape, le point de vue théologique. La sexualité est voulue par Dieu pour exprimer le don des corps. Rendu sacramentel à travers le mariage, ce don prend l’image d’un appel à la sainteté par la communion des personnes, image de la communion trinitaire des épousailles du Christ et de l’Eglise où le Christ-Epoux se donne à l’Eglise, donc à l’humanité.

La « fin théologique » du mariage est donc le don des époux, le don de leur corps afin de participer pleinement à l’œuvre créatrice de Dieu, et à travers ce don, la procréation. On ne peut donc dissocier le don de la procréation ; de ce point de vue, il n’y a plus de hiérarchie. Pour le Pape, l’homme réalise pleinement sa vocation en se donnant. A chaque fois que l’homme se donne à son épouse, il accomplit le plan de Dieu. Et Dieu nous donne l’exemple en donnant le corps de Son fils dans le « lit nuptial » qu’est la Croix.

Voilà la perspective du mariage chrétien. Jean-Paul II, à travers sa pensée originale, a voulu poser le mariage comme sacrement « primordial », œuvre de sainteté pour l’homme. La notion de don, dans l’enseignement du Pape est fondamentale. En fait elle dépasse tout, il n’est dès lors plus nécessaire, devant cette grandeur du plan de Dieu sur l’homme, d’insister sur les fins « premières », « secondaires » et « accidentelles » du mariage telles qu’enseignées par St Thomas.

Il n’y a donc pas inversion … tout simplement car cela n’est même pas nécessaire tant on a "élevé le débat".

Bien à vous.

Ion
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