Chers amis,
Bien que je sois juge et partie, et puisque on ne se bouscule pas au portillon pour réagir au fameux débat du 17 mai dont je reste reconnaissant à l'abbé de Tanoüarn et à Maxence hecquart de l'avoir organisé (une preuve de plus de la bienfaisance de l'éclatement de la FSSPX, laquelle interdit tout débat d'idée, et pour cause!), je vous donne en vrac quelques impressions personnelles.
D'abord, quant à l'ambiance, je crois que dans l'ensemble elle a été bonne et les échanges courtois pour l'essentiel, bien que sans concession sur le fond de part et d'autre. La salle était elle-même quasiment pleine (elle contient 115 places assises), ce qui est un succès mais très relatif.
Quant à la forme de la discussion, il est incontestable que l'abbé de Tanoüarn avait plusieurs avantages objectifs sur votre serviteur : d'abord il est prêtre, a fait six ans de séminaire, a l'habitude des débats et des confrontations, dispose d'une voix forte et claire, a environ quinze ans de plus que moi et est infiniment plus cultivé et brillant. De plus il était chez lui, au Centre Saint-Paul devant un public qui lui était a priori majoritairement acquis, même si beaucoup de sédévacantistes se sont déplacés, ce dont je les remercie du fond du coeur.
Donc je pense que sur la forme il a gagné. C'est en tous cas l'impression que j'ai eue très honnêtement.
Sur le fond, comme vous vous en doutez, j'ai trouvé ces arguments faibles et peu convaincants. Cependant là où il a été très fort, c'est qu'il a réussi à déplacer le débat du terrain de la foi et des faits, du réel, du concret pour l'orienter sur un plan purement théologique (où à l'évidence il était plus à l'aise que moi qui reconnais sans peine sur ce sujet mes grandes faiblesses, n'étant pas spécialiste): la question du pape hérétique. Or, tel n'était pas le débat. Car il suffisait de démontrer (ce que je me suis attaché à faire) qu'il y avait contradiction entre l'enseignement préconciliaire et l'enseignement postconciliaire pour justifier la position sédévacantiste. Et ce n'est certainement pas un hasard si l'abbé de Tanoüarn n'a répondu à aucun des arguments sur l'infaillibilité de l'Eglise et du pape quant à la promulgation de lois universelles, tant liturgiques que disciplinaires (d'où le problème de la nouvelle messe, des nouveaux sacrements, du nouveau code de droit canon et du nouveau catéchisme), quant à la canonisation des saints (d'où le problème de la "canonisation" de Escriva de Balaguer, fondateur de l'Opus Dei et défenseur de la liberté religieuse), quant à la promulgation d'un concile oecuménique (d'où le problème de Vatican II avec la liberté religieuse, le subsistit in, la collégialité, le statut des religions non chrétiennes, etc).
Cependant son assurance, son habileté dans le maniement du débat ont pu en impressionner plus d'un, même si à mon sens il n'a fait qu'esquiver, fût-ce avec talent (il est de plus humainement très sympathique, fort séducteur et très attachant, ce qui n'est pas un mince avantage!), les objections sédévacantistes, ce qui à mon sens démontre une fois de plus la faiblesse doctrinale de l'argumentation lefebvriste qui est avant tout une praxis.
Pourquoi ai-je refusé de me lancer sur la question du pape hérétique? Eh bien tout simplement parce que cela ne me paraissait pas le sujet essentiel ce soir-là, que d'autre part les opinions des théologiens étant très diverses sur ce point, cela mettrait beaucoup de confusion dans les esprits et enfin parce que sur ce plan je ne voulais pas être pris en défaut par l'abbé de Tanoüarn qui évidemment a davantage lu et étudié que moi Cajetan et d'autres théologiens. Cependant l'avantage qu'il a momentanément pris sur cette question du pape hérétique a, je crois, totalement fondu avec la brillante et précise intervention de John Daly remettant les pendules à l'heure sur saint Robert Bellarmin. Et la citation de saint Thomas sur l'acte public d'hérésie que constitue le fait de vénérer le tombeau de Mahomet a été un coup de grâce car quelle différence y a-t-il en effet entre vénérer le tombeau de Mahomet et baiser le Coran?
De plus, le docte et coruscant abbé Belmont a bien recentré le débat sur l'essentiel, distinguant le domaine de la foi (que j'avais longuement abordé) et celui de la théologie (où je n'ai pas voulu trop m'aventurer, n'étant pas assez sûr de moi dans ce domaine et d'une façon générale, quand je ne maîtrise pas suffisamment une question, je préfère me taire que dire des bêtises ou des approximations d'où ma volonté de ne pas aborder l'oeuvre et la pensée de saint Robert Bellarmin que je ne connaissais que trop superficiellement).
Enfin, des amis m'ont reproché de ne pas avoir été assez offensif face à l'abbé de Tanoüarn. L'ami Lutefisk me fait en substance le même reproche. J'en suis d'accord sur le fond mais je ne voulais à aucun prix que le débat tournât à l'aigre. Et face à un redoutable rhéteur comme l'abbé de Tanoüarn, il est vain de chercher à le déstabiliser ou à le "tuer" car il est comme une anguille, arrivant à fuir les difficultés et à se rétablir, même au prix d'acrobaties verbales. Par conséquent, j'ai préféré en rester à un débat courtois, souriant sans faire de concession sur le fond. Je concède que par moments cela a davantage ressemblé à deux monologues qu'à un véritable débat mais encore une fois nous n'étions pas sur le même plan de l'argumentation : le domaine de la foi, de l'infaillibilité de l'Eglise et du pape et de la contradiction entre Vatican II et le magistère traditionnel de l'Eglise pour moi, le domaine du pape hérétique tel que vu par Cajetan pour l'abbé. D'où un dialogue de sourds mais qui, je crois, aura permis à chacun de se faire une idée, même si je comprends tout à fait que les gens soient restés sur leur faim mais à dire vrai pouvait-il vraiment en être autrement dans un débat de deux heures?
J'attends avec intérêt vos remarques, critiques, observztions et questions.
Amicalement vôtre.
Petrus.
PS : XA m'a assuré qu'il laissera ouvert plusieurs jours encore ce forum 24 heures sur 24. Donc nous pouvons continuer à échanger ce soir, tout demain et ces prochains jours. Ne nous en privons pas! En toute courtoisie bien sûr! D'autant que nous serons dopés, j'espère, par la victoire du non demain à 22 heures, bonne claque à tout le système politique, médiatique, culturel français et européen.
Haut les coeurs!
Petrus.
|