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Chose promise, chose due (à Ion), par Abbé Hervé Belmont (2005-05-30 13:23:14) Imprimer

Cher Ioan,
comme je vous l’ai promis, je reviens sur le sujet du mariage, en m’efforçant de le faire avec clarté.

1. Vatican II n’enseigne pas d’une façon formelle et constante l’inversion des fins du mariage : il les embrouille, les dissocie, les délie du lien de subordination.
Vous citez « Gaudium et Spes » ; il y a aussi « Lumen Gentium » qui cite les deux fins en ordre inversé, suivi par le code de 1983 ; il y a le CEC qui cite les trois documents. Au final, tout est mélangé.
Ce n’est pas de la formelle inversion des fins, c’est de la simple insubordination des fins que Pie XII disait le 3 octobre 1941 : « [… Erreur] qui considère la fin secondaire comme également principale, la déliant de son essentielle subordination à la fin primaire, ce qui, par nécessité logique, conduirait à de funestes conséquences ».
La marée d’immoralité matrimoniale qui a suivi Vatican II suit donc en « nécessité logique » l’embrouillamini conciliaire.

2. Le mariage chrétien possède une triple sainteté :
– une sainteté naturelle ; c’est son caractère sacré d’institution divine – participation à l’œuvre de la création – qui comporte nécessairement ses propriétés essentielles (unité, indissolubilité, fécondité) et ses fins subordonnées ;
– une sainteté sacramentelle ; il est élevé à la dignité de sacrement et institué instrument de grâce ;
– une sainteté mystique ; il est comme le dit saint Paul, l’image de l’union de Jésus-Christ et de son Église.

L’enchaînement de ces trois saintetés suit un ordre nécessaire : il n’y a pas de mariage sacramentel s’il n’y a pas un contrat naturel valide (et donc conforme à sa nature, ses propriétés, ses fins) ; il n’y a pas de signification mystique s’il n’y a pas le sacrement qui introduit le mariage dans l’ordre de la grâce surnaturelle.

3. Il est louable, salutaire, indispensable même (et pour ma part je crois qu’on l’oublie trop souvent) de méditer sur la sainteté mystique du mariage et d’en tirer des conséquences, tant pour se comporter dans la vie matrimoniale si l’on vit en cet état, que pour se souvenir de l’intimité et des exigences des noces que la sainte Trinité veut établir avec chaque âme. C’est, par exemple, la signification du livre du Cantique des cantiques.
Mais il serait illusoire (et destructeur) de mettre cette signification mystique à la place de la fidélité à nature du mariage, d’imaginer qu’elle telle élévation dispense des strictes et humbles exigences naturelles, et de la rectitude de la considération des fins.

Cela me fait penser à l’histoire des « amitiés spirituelles » qui se croient affranchies de la vertu de prudence et de toute stricte règle de conduite à l’égard de l’âme sœur. On la raconte sur un mode humoristique, mais elle triste et multipliée expérience :
« On récite côte à côte le symbole des Apôtres... on arrive à la résurrection de la chair... et on oublie la vie éternelle ! »

4. On peut dire aussi que Vatican II a enseigné l’indissolubilité du mariage : c’est parfaitement vrai. Et pourtant le concile a été le signal de départ de dizaines voire centaines de milliers de « reconnaissances de nullité » qui ont scandalisé les âmes, dégradé le mariage et donné un spectacle abominable qui donne le haut-le-cœur. Comme quoi, dès qu’on touche à l’essence de ce sacrement, on libère toutes les forces mauvaises de la nature déchue. Et on comprend dès lors pourquoi l’Église s’était constituée la gardienne si vigilante du saint Mariage. Aux yeux de certains, elle était inhumaine : en vérité elle seule est humaine en la matière.

Voilà quelques considérations, cher Ioan, qui me font dire que les paroles de Jean-Paul II, quelque soit l’élavation qu’on leur trouve, ne viennent pas réparer l’atteinte portée au mariage par Vatican II et n’empêchent en rien « les funestes conséquences », comme dit Pie XII.

Abbé Hervé Belmont

P.S. Vous me sollicitez de vous répondre sur la vie spirituelle et la dévotion mariale de Jean-Paul II. Je vous prie de m’en dispenser. Réellement, je craindrais de vous contrister profondément, et j’y répugne.
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