(Suite de l'étude du fond du débat Petrus-Tanoüarn)
- Pour expliquer sa position de non soumission à un Magistère qu'il affirme (pourtant) émaner de celui qu'il reconnaît comme Pape et de désobéissance à l'autorité qu'il reconnaît comme celle de l'Eglise, Monsieur l'Abbé de Tanoüarn fait appel à la notion (im)morale de la désobéissance.
Il faut reconnaître qu'il a raison sur le fait qu'il y a des cas où l'on est dispensé d'obéir. Les moralistes enseignent en effet qu'il y a deux causes qui nous excusent de l'obéissance due à l'autorité légitime : l'impossibilité physique et l'impossibilité morale. Or cette dernière inclut le cas où une autorité légitime donnerait un ordre injuste, c'est-à-dire qui s'oppose clairement à la morale, ou dont l'accomplissement constituerait un péché. Et dans ce cas, il est non seulement licite, mais même obligatoire de ne pas obéir : Ainsi il ne sera jamais licite à personne (catholique ou non) de suivre une loi de l'Etat ou un ordre d'un supérieur qui s'opposerait à un précepte divin...
Il est important de signaler que le statut d'exception de ces deux causes excusantes de l'obéissance due à l'autorité indiquent bien que dans tous les autres cas il faut obéir et que celui qui désobéirait ferait un acte peccamineux... Or combien de fois depuis son ordination Monsieur l'Abbé de Tanoüarn a-t-il réellement obéi à l'autorité de Jean-Paul II qu'il reconnaissait comme Pape ?
Notons en passant qu'en invoquant (à tort, nous le verrons) ce devoir de désobéissance, Monsieur l'Abbé de Tanoüarn admet que Vatican II et les "Papes" postérieurs ont donné des préceptes incompatibles avec la morale catholique !...
Il est cependant un point très important que Monsieur l'Abbé oublie de prendre en considération : bien qu'il soit licite (comme nous venons de le voir) de ne pas obéir à une autorité qui donne un ordre injuste, il est de Foi que l'Eglise – jouissant du privilège de l'infaillibilité dans sa triple fonction d'enseignement (par son Magistère), de sanctification (par son pouvoir d'Ordre) et de gouvernement (par son pouvoir de juridiction) – ne pourra jamais donner de loi générale injuste et il n'est donc jamais licite à aucun catholique de désobéir à un ordre de l'Eglise.
Avant de procéder plus avant, il ne sera pas inutile de préciser que si l'on doit obéissance à l'Eglise dans son gouvernement, on ne saurait parler « d'obéissance » à son enseignement (ou à son Magistère), comme on peut parfois l'entendre dire. Le Magistère a en effet pour objet les vérités de Foi. Or la Foi est une vertu surnaturelle qui inhère dans l'intelligence. Or nous n'obéissons pas avec notre intelligence, mais avec notre volonté, le but de l'intelligence étant de se conformer à la vérité. C'est pourquoi elle se soumettra (par la Foi) à l'enseignement infaillible en tant que l'enseignement de l'Eglise nous dit qu'il est véridique, mais elle n'y obéira pas... comme nous n'obéissons pas au professeur quand il nous explique le théorème de Pythagore, mais nous nous soumettons à son enseignement...
Maintenant que nous avons fini cette explication sur la soumission (et non l'obéissance) au Magistère infaillible de l'Eglise, nous allons pouvoir traiter du sujet qui fait l'objet de notre étude : est-il jamais licite à un catholique de refuser de se soumettre au Magistère de l'Eglise ou même seulement de refuser l'obéissance à l'autorité de l'Eglise ?
Or la réponse que donne l'Eglise à cette question est NON...
Pour commencer voyons la réponse du pauvre saint Robert Bellarmin, si maltraité par Monsieur l'Abbé de Tanoüarn, à « sept théologiens de Venise [qui,] pour justifier la résistance à un bref du Pape Paul V (17 avril 1606), affirmaient qu'avant d'obéir à tout ordre reçu, mêem du souverain Pontife, le chrétien doit examiner d'abord si le commandement est convenable, légitime et obligatoire. Saint Robert Bellarmin leur répond : "Cette proposition est hérétique (...) La discussion du précepte, quand il ne contient pas manifestement un péché, est réprouvé par les Pères, parce que celui qui discute le précepte se fait juge de son supérieur" (Auctarium bellarminum, ed. Le Bachelet, n°87 2) » [Brimborions, contributions à la vigilance de la Foi page 64, note 35, par Monsieur l'Abbé Belmont].
NON, parce que le Pape Boniface VIII a défini le dogme suivant : « Nous déclarons, disons et définissons que la soumission au Pontife Romain est, pour toute créature humaine, absolument nécessaire au salut » [Unam Sanctam, 18 novembre 1302, Denz. 469].
Et que « le Pape Pie XI enseigne aussi que personne n'est catholique sans obéissance habituelle à l'Autorité légitime : "Dans cette unique Eglise du Christ, personne ne se trouve, personne ne demeure, si, par son obéissance, il ne reconnaît et n'accepte l'Autorité et le pouvoir de Pierre et de ses légitimes successeurs" [Mortalium animos, 6 janvier 1928, Ens. Pont. L'Eglise, n°873] » [Brimborions, contributions à la vigilance de la Foi page 64, note 35, par Monsieur l'Abbé Belmont].
Enfin parce que l'Eglise dit qu'elle ne peut « négliger une vérité, ni s'y opposer, ni permettre un obscurcissement des vérités les plus graves sur la foi et les moeurs, ni traiter à nouveau de vérité déjà condamnées définitivement, ni changer le sens des dogmes, ni établir une discipline nocive ; il faut pour cela acquiécer même dans les choses qui n'ont pas encore été définies et pour ce faire, il ne suffit pas d'observer un silence obséquieux » [DB Index II f, exercitium infallibilitatis].
Pour ne nous en tenir qu'à la question de l'obéissance à l'autorité de l'Eglise (laissant ainsi de côté le Magistère dont nous avons déjà parlé auparavant), il faut constater qu'à cette occasion Monsieur l'Abbé de Tanoüarn semble avoir complètement oublié de prendre en considération (outre l'enseignement de l'Eglise à ce sujet) le fait qu'il n'y a pas univocité, mais analogie entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, entre le pouvoir de l'Eglise et celui de l'Etat. Or, rappelons-le, l'analogie comporte plus de différences que de similitude.
Une des différences principales entre l'autorité légitime humaine et celle de droit divin de l'Eglise est que si la première peut être sujet à erreur – et par là entraîner le devoir de ne pas obéir dont il est question –, cette éventualité est absolument impossible dans le cas de l'autorité de l'Eglise en raison de l'assistance du Saint-Esprit qui garantit l'infaillibilité pratique du gouvernement de l'Eglise, faisant qu'elle ne peut donner aucune loi qui se trouve en opposition avec la foi ou la morale ou même qui d'une façon quelconque nous détourne de la voie du Salut...
En un mot : ou il y a une autorité dans l'Eglise depuis Vatican II et il faut s'y soumettre en TOUT, ou il n'y en a pas, sachant que l'autorité de l'Eglise ne s'opposera jamais à une vérité définie par cette même Eglise...
Nous aborderons la prochaine fois la question de saint Robert Bellarmin...
En union de prière,
Abbé Jean-Eric de Guillebon de Resnes |