Nouveau message | Retour à la liste des messages
moins de 2 heures moins de 2 heures moins de 24 heures moins de 24 heures  
-> Messages récents
Afficher la discussion

Encore un dernier mot... par Abbé Jean-Eric de Guillebon de Resnes (2005-05-30 20:47:03) Imprimer

...sur la question de saint Robert Bellarmin, car je trouve que Monsieur l'Abbé de Tanoüarn condamne un peu à la légère un docteur de l'Eglise...
Je signale ne pas me prononcer pour l'instant sur la question de l'hérésie personnelle des Papes de Vatican II : cette question, importante il est vrai, n'est pas essentielle pour prouver la vacance du siège... mon intention est ici simplement de défendre le grand Docteur de l'Eglise.

Sachant qu'il y a sur ce forum un grand connaisseur de ce grand saint, je soumets mon jugement à sa critique, qui ne pourra que faire avancer le sujet, signalant – et déplorant tout ensemble – que le peu de culture que j'ai sur l'oeuvre de ce dernier se limite à la présentation que fait Monsieur l'Abbé Bernard Lucien de sa position sur l'hypothèse du Pape hérétique dans son livre La situation actuelle de l'Autorité dans l'Eglise...

Il est vrai que saint Robert dit que son opinion personnelle est qu'il est impossible qu'un Pape soit hérétique... mais admet qu'il ne peut le prouver...
Aussi, étant un théologien sérieux, commence-t-il à examiner consciencieusement la possibilité de la thèse opposée. On peut d'ailleurs voir le travail profond qui a été le sien par l'énonciation des différentes positions qu'il apporte au début de son étude sur la possibilité éventuelle d'un Pape hérétique.
Les cinq positions que relate Xavier Arnaldo Da Silvera dans son livre La nouvelle messe de Paul VI : Qu’en penser ? sont reprises en effet par lui dans les oeuvres de saint Robert tout simplement, (quoi qu'on puisse penser de la relation que Da Silvera en fait personnellement).

Voyons maintenant combien est injuste l'accusation de Monsieur l'Abbé de Tanoüarn à l'égard de saint Robert affirmant qu'il n'admet pas l'hypothèse du Pape hérétique pour la simple raison qu'il est jésuite :

« Oui mais lisez-le complètement car Bellarmin est un jésuite et pour un jésuite un pape ne peut pas être hérétique. Donc il ne pourrait même pas être amené théoriquement à votre position ».



Saint Robert dit en effet :

« La cinquième opinion est donc la vraie : le pape hérétique manifeste cesse par soi d'être pape et tête, de même qu'il cesse par soi d'être chrétien et membre du corps de l'Eglise ; et c'est pourquoi il peut être jugé et puni par l'Eglise. C'est la position de tous les anciens pères qui enseignent que les hérétiques manifestes perdent aussitôt toute juridiction... » [De Romano Pontifice, lib. II, cap. XXX, note 72]



Il répond même à la position de Cajetan, qu'il estime ne pas respecter suffisament la primauté universelle du Pape :

« La quatrième opinion est de Cajetan dans le traité sur l'autorité du pape et du concile, ch. 20 et 12, où il enseigne que le pape hérétique manifeste n'est pas déposé par le fit mêem, mais peut, et doit être déposé par l'Eglise : opinion qui, à mon avif, ne peut être défendue. Car, tout d'abord, le fait que l'hérétique manifeste est par le fait même déposé se prouve par voie d'autorité et de raison. Lautorité est celle du bienheureux Paul qui, dans l'épître à tite, ch. II, ordonne d'éviter l'hérétique après deux réprimandes, c'est-à-dire après qu'il sera apparu manifestement pertinace, et il comprend avant totue excommunication et sentence du juge : comme écrire Jérôme, en ce lieu, où il dit que les autres pécheurs sont exclus de l'Eglise par sentence d'excommunication, alors que les hérétiques s'éloignent et se coupent par eux-mêmes du corps du Christ ; mais on ne peut éviter le pape restant papre : comment en effet éviterions-nous notre tête ? Comment nous écarterions-nous d'un membre uni à nous ? » [Loc. Cit., note 72]



Enfin Jean de Saint-Thomas note que l'opinion de saint Robert (preuve qu'il en a une) à ce même sujet du pape hérétique est la suivante :

« C'est pourquoi Bellarmin et Suarez estiment que le pape, par cela même qu'il est hérétique manifeste et déclaré incorrigible, est déposé immédiatement par le Christ Seigneur, et non par quelque autorité de l'Eglise » [Cursus Theologicus, T. VII, Disp. II, art. III, note 76, n°XX].


La divergence saint Robert – Cajetan ne porte en effet que sur le fait de se demander s'il faut ou non une déposition du Pape après la preuve de la pertinacité...



- Enfin, pour conclure cette étude du débat (du moins pour cette fois-ci), il reste vraiment surprenant reste Monsieur l'Abbé de Tanoüarn n'ait pas répondu à deux questions directes qui lui ont été posées et qui sont pourtant essentielles dans ce débat :
- celle de Monsieur John Daly lui demandant quelle différence il y a (au point de vue de la Foi) entre vénérer le tombeau de Mahomet et baiser le Coran :

« Mais pour parler de Jean-Paul II, en tant que particulier, vous avez dit : est-ce une hérésie de baiser le Coran ? Eh bien les théologiens disant que l’hérésie peut s’exprimer soit par des paroles, soit par des gestes, soit même en certains cas par des silences au cas où c’est une expression non équivoque du fait que l’on n’accepte plus le magistère de l’Eglise catholique comme règle de foi, je me permets de vous rappeler que saint Thomas d’Aquin donne un exemple concret pour dire que l’on peut s’éloigner de l’Eglise catholique, sortir de l’Eglise catholique par un acte et non pas seulement par des paroles. Saint Thomas donne un exemple : l’exemple d’aller vénérer le tombeau de Mahomet. Alors ma question, puisque je dois poser une question, est la suivante : quelle différence faites-vous donc entre le fait de vénérer le tombeau de Mahomet et le fait de baiser le Coran puisque pour moi je n’en vois pas ? »


- et celle de son ami Joseph Quillard lui demandant s'il est licite aux catholiques de baiser le Coran si on le leur met sous le nez pour sauver leur propre vie, en disant que le pape l'a fait :

« Et moi je pense que dans dix ans, dans quinze ans, si l’on est par exemple probable martyr de l’islam et que l’on me met sous le nez le Coran en me disant : « si tu baises le Coran, tu gardes la vie », est-ce que je pourrai baiser le Coran en disant le pape l’a fait, donc je vais sauver ma vie ? »





- Je termine en remerciant Monsieur l'Abbé Belmont pour son explication claire au sujet de la création spontanée tout en m'interrogeant si, au fond, ce n'est pas l'explication que Monsieur l'Abbé de Tanoüarn adopte par moment, ainsi quand il dit (en réponse à l'intervention du même Abbé Belmont) :

« Le coeur de votre raisonnement est le suivant dans ce que vous venez de dire, je ne parle pas d’autre chose : vous me dites : je ne peux pas reconnaître que cela vient de l’Eglise et nous sommes tout à fait d’accord, personne ne le nie ».


On trouve d'ailleurs le même problème dans les réponses aux interventions de Monsieur l'Abbé Ricossa :

Abbé Francesco Ricossa : Ce n’est pas l’Eglise qui nous oblige à dire la nouvelle messe ! Cela n’est pas possible.
Abbé Guillaume de Tanoüarn : On est bien d’accord là-dessus. Mais cela ne signifie pas pour autant que de cette négation vous puissiez tirer : c’est un non-Eglise qui nous oblige. Là, il y a un paralogisme. Ce n’est pas l’Eglise qui nous y oblige mais vous ne pouvez pas tirer de « ce n’est pas l’Eglise qui nous y oblige », « c’est une non-Eglise qui nous y oblige »



Or je me pose la question de savoir si cela ne vient pas de l'Eglise, ni d'une Eglise parallèle, d'où Monsieur l'Abbé de Tanoüarn pense-t-il donc que cela vient ? D'une génération spontanée ?

Au revoir encore chers amis, et que Dieu vous ai en sa Sainte Garde...

Je prie pour vous tous,

Abbé Jean-Eric de Guillebon de Resnes
Ce message a été lisu 240 fois

La discussion

images/icones/vatican.gif Encore un dernier mot... par Abbé Jean-Eric de Guillebon de Resnes (2005-05-30 20:47:03)
     images/icones/1a.gif Juste un mot par N.M. (2005-05-30 23:31:20)