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Revenons au fond du débat par abbé Zins (2005-05-31 01:18:45) Imprimer



1. Revenons au fond du débat, en nous élevant au-dessus des passions qui viennent étonnamment de se faire jour, en montrant où se trouve l’erreur dans l’argumentation et dans la logique.
Revenons pour cela au syllogisme proposé à Réginald et à sa réponse.

2. Mais, auparavant, levons une ambiguïté qui vous a servi d’habile ou d’inconsciente mais passionnée échappatoire.

a) Voici les divers sens du mot éternel indiqués par le célèbre dictionnaire de la langue française, le Littré :
b) « Eternel, elle : 1. Qui n’a pas eu de commencement et n’aura point de fin…. Dieu est éternel. Le Père éternel. Le Verbe éternel…. 2. Qui n’aura point de fin. Le bonheur éternel du paradis…. 3. Par extension, dont on ne peut pas prévoir la fin, fixer le terme…. 4. Par exagération, qui semble ne pas finir, qui fatigue, qui ennuie…. »
c) De ces quatre sens, les deux premiers sont propres, le 1. comme sens principal, le 2. comme sens participé ; les deux suivants impropres ou seulement analogiques.

d) De ces deux sens propres, John rejette arbitrairement le premier, ce dont nous lui laissons la responsabilité. (A cause de son accusation gravement injuste à mon encontre, il me faut tristement préciser qu’il partageait autrefois complètement mon argumentation en la matière. Il en a changé en partie ensuite, après avoir épousé quelqu’un d’une famille les partageant de même. C’est son changement subséquent qui a mis une certaine division temporaire en cette famille. Il m’a donc accusé d’une chose – qu’il a mise en plus au pluriel – qui est son fait et non le mien. C’est une peine de devoir le préciser ici.)

e) Ces deux sens sont par contre retenus et admis par M. l’Abbé Belmont, qui a de plus le mérite d’appuyer le second par une citation de Saint Thomas, mais en relativisant le second comme impropre, ce qui n’est pas le cas. Ce qu’il convient de dire, c’est que le premier est principal et le second seulement participé.

f) Cette ambiguïté étant levée, revenons-en au syllogisme proposé, à son imitation, à Réginald, et à sa réponse à la difficulté soulevée.

2. Le syllogisme proposé.

a) Dans quel sens le mot éternel était-il employé en ce syllogisme ? Sa teneur le manifeste clairement. Citons-le : Le Christ est éternel. Or ce qui est éternel ne saurait mourir. Donc le Christ n’est pas mort.
b) Le contexte indique donc très clairement le sens dans lequel le terme éternel est pris ici. Ou, pour parler en terme technique, quelle en est la « suppositio » exacte et précise. Qu’est-ce qui, dans ce qui est « éternel », fait qu’en soi celui qui est est tel « ne saurait mourir ». Est-ce le fait de n’avoir pas eu de commencement ? Evidemment non ! Mais c’est le fait de devoir ne pas avoir de fin.

c) Le sens exact et précis de ce terme en ce syllogisme, sa « suppositio » est donc bien évidemment le fait de devoir ne pas avoir de fin.
d) Le prendre dans l’autre partie du sens, possible en soi mais ici écarté de fait, serait faire une erreur d’appréciation de sa « suppositio » exacte en ce syllogisme.

3. L’erreur du raisonnement de Réginald.

a) Or, quelle a été la réponse de Réginald à la difficulté soulevée ? La voici : Il faut distinguer. Le Christ est éternel, en tant que Dieu, concedo ; en tant qu’homme, nego. Or ce qui est éternel ne peut pas mourir, concedo. Donc le Christ ne peut pas mourir, en tant que Dieu, concedo, en tant qu’homme, nego.

b) Montrons l’erreur du raisonnement, le glissement erroné ou sophistique dans la logique. La « suppositio » dans la mineure est évidemment le fait de devoir ne pas avoir point de fin. Car du seul fait de n’avoir pas eu de commencement, on ne conclut pas en soi ce qui est conclu.
c) Alors, de deux choses, l’une.
1/ Ou bien le terme « éternel » est bien pris aussi en la majeure dans le sens de la « suppositio » de la mineure, comme mon raisonnement subséquent l’a supposé comme allant de soi, et alors on a bien, par la négation du dernier membre de la majeure, la matière d’hérésie (qu’on ne m’accuse pas à tort d’avoir dit plus !) signalée dans mon intervention subséquente.
2/ Ou bien, ce que votre réaction consensuelle semble donner à entendre à présent, le terme « éternel » est pris dans la majeure dans un autre sens que celui de la « suppositio » évidente de la mineure. Ce serait alors le sens principal, que l’on peut nier en son premier terme (qui n’a pas eu de commencement) du Christ en tant qu’homme mais non en son second (le fait de devoir ne pas avoir de fin) . Et alors ? Réginald et ses approbateurs ! Et alors, on a une erreur dans la logique du raisonnement par le glissement erroné ou sophistique d’une « suppositio » plus étendue dans la majeure que dans la mineure. Ce que, ma considération pour la rigueur de logique philosophique de Réginald m’avait fait repousser comme inconvenant à lui attribuer.

4. Résumons la démonstration de l’erreur de raisonnement sous une autre forme, pour ceux qui auraient quelque mal à suivre.

a) La « solution » de la difficulté préconisée par Réginald revient à dire : « C’est parce qu’il n’est pas éternel en tant qu’homme que le Christ a pu mourir ».
b) Or, ce qui dans l’éternité devrait empêcher la possibilité de cette mort, ce n’est pas le fait de « ne pas avoir eu de commencement » mais celui de « devoir ne pas avoir de fin ». C’est donc bien cet aspect-là de l’éternité qui a été nié au Christ en tant qu’homme, et non celui de l’absence de commencement qui n’a pas de rapport avec la question posée ou la difficulté soulevée..

c) Conclusion : L’erreur de raisonnement ou la matière d’hérésie (rien de plus n’a été écrit !), est donc bien du côté de Réginald, et non du mien.
d) La solution de la difficulté réside donc bien dans la distinction de la mineure de mon syllogisme, comme cela a été montré en ma précédente explication.

5 Quoi qu’il en soit, d’une de ces deux possibilités, la question qui lui a été posée garde donc toute sa pertinence, sa justesse et sa force :
a) Oseriez-vous nier qu’il soit contraire à la Foi de prétendre que la nature humaine du Christ puisse ne pas durer pour l’éternité ?
b) Fera-t-il la réponse négative, qui s’impose, explicitement, ou seulement implicitement en le reconnaissant indirectement par son silence ? La suite du débat nous l’apprendra.

Quant aux remarques étonnamment passionnées qui ont fait surface à mon encontre, ne sont-elles pas une regrettable manifestation de ce qu’il n’y a pas de plus noble dans certains cœurs ?
Volontiers, j’accorde le pardon aux auteurs des injures reçues et tâcherai de mon mieux de n’y point attacher d’importance pour l’avenir.

Que le Père Eternel, dont Elles émanent, fasse triompher la Vérité en nos intelligences et la Charité en nos cœurs.

Abbé V.M. Zins

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