Chers amis, bonsoir à tous. Heureux de vous retrouver pour un nouveau marathon. Voici quelques réflexions sur la mort de Jean-Paul II et l'"élection" de Benoît XVI.
Avec le décès de Jean Paul II le 2 avril puis « l’élection » de Benoît XVI le 19 s’est ouverte une nouvelle page de la contre-Eglise de Vatican II. Que nous réservera-t-elle ? Il est sans doute encore trop tôt pour le savoir avec certitude mais il est permis de penser que l’élection du Bavarois Josef Ratzinger ne sera pas sans conséquences quant à la marche de l’église conciliaire et quant à l’avenir de la réaction traditionaliste. Jean Paul II dont le règne a duré près de vingt-sept ans n’avait laissé personne indifférent et de fait l’antipape polonais a eu droit à des funérailles grandioses, auxquelles ont assisté plusieurs dizaines de chefs d’Etat et de gouvernement, diverses têtes couronnées et un à deux millions de personnes place Saint-Pierre et dans les alentours tandis qu’un milliard de téléspectateurs ont pu voir en direct la cérémonie.
L’hommage planétaire à l’antipape défunt
Jean Paul II qui fut l’homme le plus photographié de la terre, qui a fait trente fois le tour du monde, visité 130 pays (dont huit fois la France et sa Pologne natale), rencontré quelque huit cents chefs d’Etat, rassemblé des foules immenses (plusieurs millions de personnes), et notamment de jeunes avec les très médiatiques Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) créées à Rome en 1985 a reçu un hommage quasiment unanime des quatre coins du globe, de Cuba à l’Italie (seules la Chine et la Russie sont restées discrètes, la première à cause de la question de Taïwan, pays reconnu par le Vatican au grand dam de Pékin et celle de l’Eglise clandestine, la seconde à cause des mauvais rapports entre le patriarche orthodoxe de Moscou et Rome), de toutes les confessions religieuses, des juifs aux mahométans, des protestants aux bouddhistes, de tous les partis politiques, des communistes à la droite nationale.
Cet unanimisme quelque peu soviétoïde s’explique d’abord par l’immense coefficient de sympathie suscité par Jean Paul II qui, en professionnel de la communication (il fut homme de théâtre et poète dans sa jeunesse), sut parfaitement utiliser les techniques modernes pour diffuser son message. Par ailleurs, dans un monde devenu complètement immoral voire amoral et profondément relativiste, le fait que l’antipape polonais ait souvent rappelé dans ses discours, fût-ce de manière naturaliste et purement théorique, des éléments de la morale concernant le mariage, la famille, l’interdiction de tuer, le refus de la contraception et du libertinage lui a certainement valu beaucoup de soutiens, au-delà même des baptisés, même si l’ultra-gauche et les plus progressistes lui en ont souvent fait grief.
Un bilan en trompe-l’œil
Cependant le long règne de Jean Paul II n’a nullement enrayé la déchristianisation de nos sociétés ni l’effondrement de la pratique religieuse et des vocations sacerdotales. La vérité oblige même à dire que les multiples et détestables manifestations d’œcuménisme et les sempiternelles repentances de Karol Wojtyla ont objectivement favorisé l’apostasie générale. Comment oublier le scandaleux baiser au Coran le 14 mai 1999, la prédication dans la grande synagogue de Rome le 13 avril 1986 où il dit des juifs qu’ils sont « les frères aînés et les frères préférés » des catholiques, le pèlerinage sur les pas de Luther le 17 novembre 1980 et la participation active à un office luthérien le 11 décembre 1983, la réception sur le front d’un signe « sacré » , le Tilak, des mains d’une « prêtresse » hindoue le 2 février 1986, l’assistance à des rites animistes le 8 août 1985 ou encore les réunions syncrétistes d’Assise le 27 octobre 1986 et le 24 janvier 2002 ? Et que dire de stupéfiantes déclarations comme celles faites à Casablanca aux musulmans le 19 août 1985 : « Nous avons le même Dieu », ou en Palestine en mars 2000 « Que saint Jean-Baptiste bénisse l’islam ! » ? Comment taire la septuple repentance le 12 mars 2000 condamnant vingt siècles d’Eglise catholique, la réception le 17 avril 1984 de la secte maçonnique juive des B’nai B’rith, qualifiée de « rencontre entre frères », l’introduction dans le mur des Lamentations, après un pèlerinage à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah, d’un papier de supplication et de pardon au peuple juif, geste qu’un rabbin qualifie de croyant puisque, explique-t-il, sa mère née Katz était juive ?
Sur le plan politique, le bilan de Jean Paul II semble tout aussi calamiteux car il ne s’est nullement opposé au mondialisme qu’il a au contraire favorisé par ses démarches syncrétiques, son apologie de l’ONU, ses sempiternelles condamnations d’un racisme confondu avec la légitime protection des identités et souverainetés nationales, son soutien explicite à l’Union européenne dont il contribua à l’élargissement à l’Est en soutenant la candidature des pays de l’Europe centrale et orientale, dont sa Pologne natale.
L’image conservatrice de Josef Ratzinger
Son successeur, Josef Ratzinger, qui fut vingt-quatre ans durant son fidèle second comme « Préfet de la Congrégation pour la foi », poursuivra-t-il son œuvre dans tous les domaines ou s’orientera-t-il vers des positions religieuses plus traditionnelles et politiquement plus « droitières » ? Il est certain que Benoît XVI jouit d’une image encore plus conservatrice que Jean Paul II d’où la déception d’un Mgr Gaillot ou du groupe Golias à l’annonce de son élection. Chargé du maintien de la doctrine de 1981 à 2005, Ratzinger a en effet été amené à condamner la théologie de la libération, à sanctionner son compatriote Hans Küng, à s’opposer à l’ordination des femmes, au mariage des prêtres, à la contraception, à l’avortement, à l’homosexualité, au communisme, à la musique rock et plus récemment à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Par ailleurs, tout en ayant joué un rôle actif lors de Vatican II où il fut le jeune conseiller théologique du très moderniste archevêque de Cologne, Josef Frings, Ratzinger a très mal vécu Mai-68 et s’est souvent interrogé sur les fruits de ce conciliabule. Sans jamais toutefois le remettre en question et c’est bien là l’essentiel.
Dans son livre Entretien sur la foi et qui fit à l’époque beaucoup de bruits, le cardinal bavarois confiait : « Les résultats qui ont suivi le Concile semblent cruellement opposés à l’attente de tous, à commencer par celle du pape Jean XXIII, puis de Paul VI (...). Les papes et les Pères conciliaires s’attendaient à une nouvelle unité catholique et, au contraire, on est allé vers une dissension qui, pour reprendre les paroles de Paul VI, semble être passée de l’autocritique à l’autodestruction. On s’attendait à un nouvel enthousiasme, et on a trop souvent abouti au contraire à l’ennui et au découragement. On s’attendait à un bond en avant et l’on s’est trouvé au contraire face à un processus évolutif de décadence (...) Déjà, lors des séances, puis de plus en plus durant la période qui a suivi, s’est opposé un prétendu "esprit du Concile" qui, en réalité, en est un véritable "anti-esprit". Selon ce pernicieux Konzils-Ungeist, tout ce qui est "nouveau" (ou présumé tel : combien d’anciennes hérésies en ces années, présentées comme des nouveautés !) serait toujours, quoi qu’il en soit, meilleur que ce qui a été ou que ce qui est. C’est l’anti-esprit selon lequel l’histoire de l’Eglise devrait commencer à partir de Vatican II, considéré comme une espèce de point zéro. »
L’a priori favorable de la Fraternité Saint-Pie X
Par ailleurs, le futur Benoît XVI s’est à plusieurs reprises montré très critique sur la radicalité de la réforme liturgique dite de Paul VI et s’est même prononcé pour « une réforme de la réforme ». En outre, chargé cette année par Jean Paul II de rédiger les textes de méditation du chemin de Croix pour la Semaine Sainte, il a fustigé « les souillures », « l’orgueil » et « l’autorité » au sein de l’institution : « Souvent, Seigneur, ton Eglise nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toutes parts ». Enfin, dans son homélie le 19 avril précédant l’entrée en « conclave », celui qui avait été désigné par Jean Paul II « doyen du Sacré Collège » stigmatisait « une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui ne retient comme ultime critère que son propre ego et ses désirs ».
Autant de déclarations qui ont naturellement plu aux conservateurs et à quantité de traditionalistes qui avaient déjà accueilli de manière extatique en octobre 1978 « l’élection » de Jean-Paul II. D’où l’a priori favorable du supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, Mgr Bernard Fellay qui, dans un communiqué publié le 19 avril, voyait en l’avènement de Benoît XVI « une lueur d’espérance dans la crise qui secoue l’Eglise catholique depuis le concile Vatican II », tandis que l’abbé Régis de Cacqueray, supérieur du district de France de cette même Fraternité, faisait preuve dans Le Figaro du 21 avril du même optimisme : « Nous avons bon espoir que la messe de saint Pie V sera rétablie dans tous ses droits : à plusieurs reprises par le passé, le cardinal s’est, en effet, montré sensible à sa beauté ». Et l’abbé de préciser : « Benoît XVI connaît très bien la Fraternité Saint-Pie X. Il sait qu’elle représente une force de vie exceptionnelle – plusieurs centaines de prêtres âgés de quarante ans en moyenne – qui pourra l’aider dans la tâche considérable qui l’attend. » On croirait lire Mgr Lefebvre qui espérait, au début du règne de Jean-Paul II, que ce dernier lui laisserait « faire l’expérience de la Tradition » ! Les hommes changent à la FSSPX mais les illusions demeurent.
Le fidèle continuateur de Vatican II
Le premier discours de Benoît XVI aux cardinaux, le 20 avril, le lendemain de son « élection » au quatrième tour de scrutin et après vingt-cinq heures seulement de « conclave », aurait pourtant dû être de nature à modérer bien des enthousiasmes : faisant référence onze fois à Jean Paul II et cinq fois à Vatican II, défendant la collégialité, l’œcuménisme et la liberté religieuse, Josef Ratzinger affirme clairement : « Nous voulons donc, nous aussi, au moment d’entreprendre ce service de Successeur de Pierre, déclarer notre volonté ferme et certaine de continuer l’exécution du concile Vatican II sur les traces de nos prédécesseurs et dans la fidèle continuité avec la tradition bimillénaire de l’Eglise. Justement, cette année, on fêtera le quarantième anniversaire de la conclusion de ces assises conciliaires (8 décembre 1965). Les années passant, les Documents conciliaires restent d’actualité, leurs enseignements se révèlent particulièrement pertinents pour les nouvelles instances de l’Eglise et la société actuelle devenue globale. »
Or, dans J’accuse le Concile du 27 août 1976, Mgr Marcel Lefebvre écrivait: « Un pape digne de ce nom et vrai successeur de Pierre ne peut pas déclarer qu’il se donnera à l’application du Concile et de ses réformes. Il se met, par le fait même, en rupture avec tous ses prédécesseurs et avec le Concile de Trente en particulier. (…) De cette Eglise conciliaire nous ne voulons pas faire partie...Cette Eglise conciliaire n’est pas catholique. Dans la mesure où le pape, les évêques, prêtres ou fidèles adhèrent à cette nouvelle Eglise, ils se séparent de l’Eglise catholique et entrent dans le schisme. » Et en effet l’église conciliaire n’est pas l’Eglise catholique et les occupants du siège de Pierre depuis Jean XXIII ne sont pas les vicaires du Christ mais des antipapes, des imposteurs, des usurpateurs, des antichrists.
Une habile synthèse hégélienne
Déjà, dans Entretien sur la foi, Ratzinger confiait : « J’ai toujours voulu rester fidèle au concile Vatican II, cet aujourd’hui de l’Eglise, sans nostalgie pour un hier irrémédiablement passé, sans impatience pour un demain qui ne nous appartient pas. »
Dans ce même ouvrage fondamental pour bien comprendre les idées et le profil du successeur de Jean Paul II, Ratzinger se déclare favorable à une voie médiane, entre la position catholique traditionnelle et le progressisme : « Défendre aujourd’hui la vraie Tradition de l’Eglise signifie défendre le Concile. C’est aussi notre faute si nous avons parfois donné prétexte, tant à la droite qu’à la gauche à penser que Vatican II ait pu constituer une rupture et un abandon de la Tradition. Il y a eu au contraire une continuité qui ne permet ni retour en arrière ni fuite en avant…C’est à l’aujourd’hui de l’Eglise que nous devons rester fidèles et non à l’hier ni au demain. »
Dans un livre précédent, Le nouveau Peuple de Dieu, paru en Allemagne en 1969 et en Italie en 1971, le Bavarois écrit : « Enfin la nouvelle théologie se réconcilie pleinement avec le monde, lui reconnaissant sa complète autonomie, en harmonie avec la transparence du discours d’ouverture de Jean XXIII au Concile: (…) jusqu’ici c’était habituel de considérer le Moyen Age comme l’époque chrétienne idéale, et l’on aspirait à la pleine identification entre l’Eglise et le monde comme à une fin; par contre, l’ère moderne était vue comme la grande chute, comparée au récit du fils prodigue qui sort de la maison paternelle en emportant tous ses biens, et se trouve ensuite à désirer (la seconde guerre mondiale) les gland des porcs; dans ces comparaisons résonnait déjà l’espoir d’un proche retour. (…) C’est dans Jean XXIII, peut-être, que l’on peut trouver la plus forte critique du romantisme médiéval, ce regard en arrière qui voit toujours un glissement des choses vers le pire (…) et ceci conduisit le Pape du Concile à une théologie de l’espérance qui nous paraît presque à la limite d’un optimisme ingénu. (…) Unité de l’Eglise ne doit pas nécessairement signifier église unitaire…De même que l’on pourrait aussi penser, sans doute, à une forme spéciale de chrétienté, réformée dans l’unité de l’unique Eglise; enfin, sous peu, il faudra réfléchir sur la façon de donner à l’Eglise d’Asie et d’Afrique, ainsi qu’à celles d’Orient, une forme qui leur soit propre comme des Patriarcats ou grandes Eglises autonomes. »
Vraie ou fausse restauration ?
La volonté de réforme liturgique de Benoît XVI n’est pas non plus totalement rassurante car, plutôt que de revenir au rite traditionnel, à la messe tridentine, il s’agit d’agir le sens d’une synthèse hégélienne de la dialectique conciliaire. Il y a eu la thèse de Vatican II, puis l’antithèse des progressistes trop pressés, vient maintenant l’heure de la synthèse de Benoît XVI qui incarne le flanc droit de l’église conciliaire. De même qu’après la Convention il y eut le Directoire, de même après la révolution de Vatican II il s’agit de préserver et de consolider l’héritage conciliaire en traditionalisant, en apparence évidemment, le discours ? Entretien sur la foi, Ratzinger donne sa conception personnelle de la réforme liturgique et disciplinaire dont il sera l’artisan : « Si par « restauration » l’on entend un retour en arrière, alors aucune restauration n’est possible. L’Eglise marche vers l’accomplissement de l’histoire elle regarde en avant vers le Seigneur qui vient. Non, on ne retourne pas en arrière et on ne peut y retourner, aucune « restauration », donc en ce sens-là. Mais si, par « restauration » on entend la recherche d’un nouvel équilibre, après les exagérations d’une ouverture au monde sans discernement, après les interprétations trop positives d’un monde agnostique et athée, eh bien, alors une « restauration » entendue en ce sens-là, c’est-à-dire un équilibre renouvelé des orientations et des valeurs à l’intérieur de la catholicité tout entière, serait tout à fait souhaitable, et est du reste déjà amorcée dans l’Eglise. En ce sens, on peut dire que la première phase après Vatican II est close. »
Ce que pense Benoît XVI des traditionalistes, il l’a confié à la revue Il Regno en avril 1994: « Le phénomène lefebvriste est en expansion, même si l’on n’en parle pas beaucoup. Quant aux perspectives d’avenir, d’une part je vois un durcissement croissante de la part des responsables (je pense, par exemple, à leur critique très âpre du catéchisme) ainsi que d’autres phénomènes qui laissent bien peu d’espoir de reprendre un nouveau dialogue; d’autre part, je vois également que de nombreux laïcs, avec souvent une certaine formation culturelle participent à leur liturgie sans s’identifier avec le mouvement. Il faut donc distinguer entre les responsables, très sûrs d’eux, qui disent: cette fois ce ne sera plus Rome qui posera les conditions mais nous; qui montrent une dureté surprenante et préoccupante; et, d’autre part, un nombre de personnes qui participent à leur liturgie, sans identification, avec la conviction de rester en pleine communion avec le Pape et de ne pas s’éloigner de la communion de l’Eglise. Cette ambiguïté des situations rend difficile une action future. On peut toujours essayer d’aider ceux qui veulent être catholiques, en communion avec les évêques et avec le Pape, à s’intégrer dans l’Eglise, à trouver leur demeure dans l’Eglise sans avoir besoin de recourir ailleurs, et, d’autre part, clarifier les conditions réelles d’appartenance à l’Eglise catholique…Ce n’est qu’en construisant des ponts pour aider au dialogue que l’on pourra en définir plus précisément aussi les limites. »
Déjà, dans le discours qu’il prononça devant les évêques du Chili et qui fut retranscrit par la revue Concilium en 1988, le futur Benoît XVI expliquait : « Ainsi nous pourrions ouvrir un espace à ceux [des traditionalistes] qui cherchent et qui demandent dans l’Eglise, nous parviendrions ainsi à convertir le schisme à l’intérieur même de l’Eglise et à le rendre superflu.(…) Un certain nombre de gens cherchent refuge dans l’ancienne liturgie : il faut récupérer la dimension sacrée de la liturgie ». Et le « préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi » d’ajouter fort clairement : « Il faut défendre le Concile Vatican II contre Mgr Lefebvre, comme un devoir qui oblige vis-à-vis de l’Eglise et comme une nécessité permanente. (…) Maintenant, laissant de côté la question liturgique, le point central du conflit se situe dans l’attaque contre la liberté religieuse et contre le prétendu esprit d’Assise. (…) Tout cela porte beaucoup de personnes à se demander si l’Eglise d’aujourd’hui est réellement encore la même que celle d’hier, ou si l’on ne l’aurait pas changée contre une autre sans prévenir. » Il ne faut pas oublier que la cardinal Ratzinger joua un rôle clé dans l’excommunication de Mgr Lefebvre, de Mgr de Castro Mayer et des quatre évêques sacrés, ce qui relativise sérieusement la portée des discours selon lesquels il serait très favorable au courant dit traditionaliste. Même si bien sûr la façon dont ses sacres furent faits ne pouvait en aucune manière être approuvée dès lors que Mgr Lefebvre reconnaissait publiquement l’autorité de Jean Paul II, il reste que l’excommunication du prélat d’Ecône par les modernistes n’avait d’autre objectif que de diviser et d’affaiblir les traditionalistes.
Le soutien des juifs et des néo-conservateurs
En ce qui concerne précisément la liberté religieuse, Josef Ratzinger s’inscrit là aussi dans la continuité de Jean Paul II qu’il a d’ailleurs accompagné à Assise le 24 janvier 2002. Il avait dit à Mgr Lefebvre, lors des fameuses négociations finalement infructueuses en 1987 et 1988 visant à la régularisation canonique de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, que « Vatican II est un Contre-Syllabus » et que, la société et le monde ayant changé, il n’était plus possible de défendre la doctrine de la royauté sociale du Christ. Au reste, dans Le Figaro Magazine du 13 août 2004, le « cardinal » bavarois défendait le principe de laïcité et de neutralité de l’Etat, même s’il s’opposait au « laïcisme idéologique » : « Nous sommes pour la laïcité, bien entendu. (…) Il faut comprendre – dans un plein respect du pluralisme culturel, de la liberté religieuse et d’une saine laïcité – que la foi chrétienne a quelque chose à dire pour la morale commune et pour la composition de la société. » Le fait qu'il ait nommé le très modéré (notamment contre l'avortement), très oecuméniste et anglicanophile "Mgr" Levada comme "préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi" en dit long également sur les intentions du successeur de Jean-Paul II qui s'inscrit là aussi dans la voie de l'oecuménisme montinien et wojtylien.
Enfin, le fait que Josef Ratzinger soit Allemand et qu’il ait fait partie, comme presque tous les adolescents de son âge, des Jeunesses hitlériennes puis qu’il ait porté l’uniforme de la Wehrmacht, risque de le conduire à des repentances particulièrement pénibles. N’oublions pas qu’il fut le premier à reconnaître la prétendue responsabilité de l’Eglise catholique dans l’ « Holocauste » et qu’il est comme son prédécesseur un fidèle ami des juifs.
Immédiatement après « l’élection » de Benoît XVI, le ministre des Affaires étrangères israélien, Silvan Shalom, a exprimé « l’espoir que ce pape, compte tenu de son expérience historique, soit particulièrement attaché à une lutte sans compromis contre l’antisémitisme ». Et Benoît XVI a multiplié les gestes d'allégeance envers les juifs, faisant annoncer par la presse israélienne sa visite de la synagogue à Cologne en marge des abominables JMJ qu'il a naturellement maintenus et redisant ad nauseam son horreur de la "barbarie nazie".
Le Grand rabbin de Tel-Aviv, Israël Méïr Lau, ne s'y est pas trompé, déclarant que Benoît XVI « est connu comme un ami du peuple juif » : « Je lui souhaite de suivre l’exemple de Jean-Paul II dans son amitié envers les juifs du monde et de l’Etat d’Israël en particulier », a-t-il ajouté. « Nous avons de bonnes relations avec lui », a affirmé pour sa part l'ambassadeur d'Israël au Vatican, Oded Ben-Hor, en notant que « le vrai test viendrait avec le temps ». Et le Conseil représentatif des institutions juives a condamné fermement le sketch des Guignols de l’info sur Canal + qui avait irrespectueusement baptisé Benoît XVI du nom d’Adolf II à cause de ses engagements de jeunesse.
Par ailleurs, le courant néo-conservateur semble avoir joué un grand rôle dans « l’élection » de Josef Ratzinger, ce qui expliquerait les réactions très enthousiastes de l’administration américaine. Alors que trois présidents américains, George Bush père, Bill Clinton et George W. Bush, s’étaient recueillis devant la dépouille de Jean Paul II avant d’assister à ses obsèques, le porte-parole adjoint du département d’Etat, Adam Ereli, a déclaré dès « l’élection » de Benoît XVI :
«Nous avons hâte de travailler avec Sa Sainteté et le Saint-Siège pour renforcer notre collaboration bilatérale déjà excellente et pour promouvoir la dignité humaine dans le monde». Que le camp américano-sioniste se montre si enthousiaste devant l’avènement de Josef Ratzinger et lui manifeste une telle confiance devrait là aussi inciter à la plus extrême défiance.
Vers la neutralisation du courant traditionaliste
Dans un article de la revue mensuelle Ecrits de Paris de novembre 1978, la journaliste Camille Galic avait esquissé un parallèle entre Jean Paul II et De Gaulle, parangon d’ambiguïté qui, avec le masque d’un homme de droite et l’image d’un catholique et patriote, réussit jusqu’à sa mort à séduire des pans entiers de l’électorat conservateur tout en étant le cynique et redoutable fossoyeur de la nation, de la famille, de l’armée et de la morale. Or, Jean Paul II, cultivant son image de Polonais anticommuniste, patriote et réactionnaire, parvint à neutraliser une grande partie de la résistance traditionaliste sans rien céder sur l’essentiel des « acquis » de Vatican II. La comparaison de Josef Ratzinger avec De Gaulle semble a priori tout aussi recevable. Tout laisse à penser que l’Allemand de soixante-dix-huit ans, au profil (faussement) conservateur et ayant choisi le sympathique nom de Benoît, père de l’Europe et patron de l’Occident, va achever l’élimination de la réaction traditionaliste tout en poursuivant, comme ses prédécesseurs depuis Jean XXIII, le grand œuvre de Vatican II, cette fameuse « nouvelle Pentecôte » tant vantée par Paul VI.
Petrus.
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