Votre message, cher Fidèle, appelle de ma part une double réponse.
1] Un mauvais pape est un Pape. Ce qui revient à dire que :
• il jouit de l’assistance habituelle du Saint-Esprit pour le gouvernement de l’Église de telle sorte qu’on peut dire que son gouvernement est, dans son ensemble, celui de Jésus-Christ ;
• il jouit de l’assistance absolue du Saint-Esprit pour les cas dont l’infaillibilité est garantie :
– infaillibilité doctrinale de l’enseignement ex cathedra ;
– infaillibilité doctrinale lorsqu’il s’adjoint l’ensemble des évêques ;
– infaillibilité pratique (et dans une certaine mesure doctrinale) dans la promulgation des lois de l’Église universelle, la reconnaissance des ordres religieux, la canonisation des saints, la constitution des rites liturgiques ;
• il est la source de toute juridiction dans l’Église ;
• tout fidèle est immédiatement soumis à sa juridiction ; lui doit obéissance ; n’appartient à l’Église catholique et ne se dirige vers le salut éternel que dans la mesure de sa soumission habituelle.
Appliquez-vous cela (schématiquement résumé) à Benoît XVI, et le faites-vous comme vous le feriez à saint Pie X ?
2] La foi s’exerce dans l’instant présent. C’est hic et nunc qu’il faut confesser la foi de l’Église, sans en rien omettre, sans en rien nier. En appeler à l’avenir ne dispense pas de cette obligation présente.
Et c’est là qu’est le nœud de la question. Aujourd’hui, 1 juillet 2005, il est impossible de reconnaître en Benoît XVI le Pape de l’Église catholique sans nier, directement ou indirectement, quelque point de la foi catholique.
Si j’accepte Vatican II, je professe la liberté religieuse, je nie la nécessité de la Rédemption, l’identité parfaite de l’Église catholique et du Corps mystique de Jésus-Christ, la réprobation du peuple juif.
Si je refuse Vatican II, je nie l’infaillibilité et l’autorité du Magistère ordinaire et universel.
Si j’accepte la réforme liturgique, j’accepte des rites désacralisés, protestantisés, équivoques.
Si je la refuse, je méprise les rites de l’Église et nie leur orthodoxie.
Si je vais à ma paroisse, j’adhère à tout (doctrine, liturgie, etc.) ce qui vient de Vatican II.
Si je fréquente une chapelle « Saint-Pie-X », je nie la juridiction du Pape, la nécessité du mandat apostolique pour les sacres épiscopaux ; je me soustrais à la juridiction de l’ordinaire.
Je résume tout cela à gros traits, plus pour manifester une situation générale que pour bâtir un argument en forme, ce qui a été amplement fait par ailleurs.
C’est pour manifester (laissons-nous aller à un langage pro-pro) l’aujourd’hui de la foi, et de l’intégrité de la foi.
Tout cela vaut qu’on y réfléchisse très sérieusement.
Abbé Hervé Belmont
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