Cher Ion,
Je ne sais plus quel extrait de mon texte a été publié par « Sodalitium » ; je n'ai fait que survoler la lettre de M. Morlier, et je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire ni où il voulait en venir. Aussi, je vous réponds à partir de mon original, dont je placerai la partie qui vous a heurté à la suite de mes explications.
Nulle part, je ne parle de la foi de Josef Ratzinger, je veux dire de la présence en son âme de la vertu de foi théologale : je ne suis pas Dieu le Père, et un tel jugement est totalement hors de mon propos.
Ce que je veux dire (et je crois que c’est ce que j’ai effectivement dit), c’est que la première homélie de Benoît XVI confirme un phénomène qui existe dans toute passation de pouvoir, dans toute prise de fonction, dans toute succession (que la société soit naturelle ou surnaturelle) : la présomption de continuité.
C’est vrai dans l’Église catholique : un nouveau Pape héritant de l’autorité vicaire prend à son compte et maintient les actes de ses prédécesseurs, puisqu’il ne délie pas tout ce qui est maintenu lié dans les cieux par l’autorité première : Jésus-Christ.
C’est vrai dans toute société : tant que le nouveau chef n’a pas changé les hommes, les ordres, les procédures etc., tout demeure comme avant (heureusement, sinon quel bazar !).
C’est vrai dans la succession entre Jean-Paul II et Benoît XVI. Je me contente de dire que Benoît XVI a renforcé cette présomption de continuité d’une vigoureuse déclaration de continuité. Et donc qu’il n’y a aucun doute que Benoît XVI prend à son compte et maintient les actes de son prédécesseurs, et qu’il en sera ainsi tant qu’il ne les aura pas modifiés.
Je crois que personne ne peut contester cela.
Si maintenant la foi me manifestait clairement une incompatibilité entre les actes de Jean-Paul II d’une part et la présence en lui de l’autorité pontificale d’autre part, je suis fondé à dire qu’en cela aussi rien n’a changé.
Rien n’a changé parce que Benoît XVI n’a rien changé. C’est tout.
Bien sûr, il arrive avec une autre personnalité, une autre expérience, une autre forme d’esprit, d’autres idées etc. mais cela demeure accidentel à la question de l’autorité.
Peut-être qu’il changera beaucoup de choses, qu’il ôtera ces incompatibilités etc. Peut-être. Je le souhaite de tout mon cœur. Mais aujourd’hui je dois exercer la foi, me soumettre à l’autorité légitime... et aujourd’hui rien n’a changé.
Et puis ensuite, dans mon texte, je prends acte de déclarations d’intentions qui semblent de bon augure... mais qui pour l’instant n’ont rien changé.
Cela aussi, personne ne peut le contester.
Je ne vous convaincrai, cher Ion, mais je voudrais simplement vous montrer l’exigence du point de vue de la foi auquel j’entends me placer.
Bien cordialement,
Abbé Hervé Belmont
Mon texte :
Au regard de la foi, rien n’a changé :
1] dans toute succession, il y a présomption de continuité. Cela est vrai de toute société, et en particulier de l’Église catholique, où chaque Pape ne promulgue pas à nouveau tout ce qu’ont fait ses prédécesseurs, où tout ce qui n’est pas changé reste acquis. Dans le cas présent, il n’y a plus simplement présomption, il y a intention et déclaration de continuité : il suffit de noter que le premier discours de Benoît XVI fait onze fois référence à Jean-Paul II et cinq fois à Vatican II. Ce n’est donc pas simple rhétorique ni pure piété ou politesse, c’est l’affirmation d’une volonté ;
2] notre précédent refus de reconnaître en Jean-Paul II l’autorité de Jésus-Christ ne se fondait pas sur des motifs qui tenaient à sa personne, mais sur des impossibilités qui ressortissent à l’ordre de la foi. Or ces impossibilités demeurent, car aucune des contradictions entre : d’une part l’enseignement de Vatican II et les réformes qui ont suivi ; et d’autre part la foi catholique et la tradition sacramentelle, n’a cessé d’être. La rupture avec l’Église demeure, et la rupture avec la rupture n’est pas [encore] intervenue.
Ces contradictions sont particulièrement sensibles en deux points du discours inaugural, points dans lesquels Benoît XVI énonce une intention franchement catholique… grevée de son contraire :
• « Nous aussi, par conséquent, alors que Nous nous préparons au service qui est propre au successeur de Pierre, Nous voulons affirmer avec force Notre ferme volonté de poursuivre l’engagement de mise en œuvre du Concile Vatican II, dans le sillage de Nos prédécesseurs et en fidèle continuité avec la tradition bimillénaire de l’Église. »
Nos quoque propterea munus ingredientes quod est proprium Successoris Petri, firmam certamque voluntatem declarare volumus Concilii Vaticani Secundi continuandi exsecutionem, Praegredientibus Decessoribus Nostris, atque in fideli perpetuitate duorum milium annorum Ecclesiae traditionis.
Benoît XVI veut in recto poursuivre Vatican II, et in obliquo être fidèle à la Tradition de l’Église : or il se trouve qu’il y a, en plusieurs points graves sur lesquels je ne reviens pas ici, opposition de contradiction entre les deux. Un tel conflit, s’il n’est pas rapidement dissous, ne peut profiter qu’à l’erreur.
• « Nous demandons à tous d’intensifier dans les mois à venir l’amour et la dévotion à Jésus Eucharistie et d’exprimer de façon courageuse et claire la foi dans la présence réelle du Seigneur, en particulier par la solennité et la rectitude des célébrations. »
Ab omnibus propterea rogamus ut proximis mensibus amorem pietatemque erga Iesum in Eucharistia multiplicent ac fortiter et luculenter fidem suam declarent in realem Domini praesentiam, imprimis per sollemnitatem et rectitudinem celebrationum.
Réclamer la rectitude et la dignité des cérémonies pour l’amour de Jésus eucharistie est une demande saintement opportune… mais est-elle compatible avec le maintien d’une réforme liturgique qui détruit la rectitude des sacrements, qui fut instaurée pour désacraliser, qui est gangrenée de protestantisme, une réforme qui a publié des rites sur la validité desquels pèsent de sérieux doutes ?
Tant que ces contradictions ne sont pas résolues, la foi ne peut pas reconnaître en Benoît XVI le Vicaire de Jésus-Christ ; bien plus, elle empêche de le faire. Le témoignage de la foi oblige à clairement dire que Benoît XVI n’est pas Pape, à tout le moins qu’il n’est pas Pape formaliter, c’est-à-dire qu’il est dépourvu de l’être avec Jésus-Christ qui constitue l’autorité pontificale.
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