Au fil de mes lectures, je suis tombé sur la biographie de Jean-Paul II par Bernard Lecomte (Biographies nrf Gallimard, 2003).
Arrivé à la page 446, le livre en question m’est comme tombé des mains. On a beau savoir que Jean-Paul II était l’apôtre de la religion nouvelle - et en tirer toutes les conséquences : son absence d’autorité – on est parfois suffoqué par la teneur des choses : les « conciliaires » sont donc tombés si bas ???
Certes, Bernard Lecomte se garde bien de citer ses sources (ce qui est fâcheux lorsque l’on avance quelque chose). Toutefois, lorsque l’on compulse les écrits et discours officiels de Jean-Paul II traitant de Jean Hus, on a peu de peine à voir la continuité entre les faits rapportés par Bernard Lecomte et lesdits écrits et discours.
« Rome, décembre 1985. Un peu avant Noël, au troisième étage du palais apostolique, Jean-Paul II partage son petit déjeuner avec son ancien professeur et ami Stefan Swiezawski, thomiste réputé et spécialiste de la philosophie au XV° siècle. […]
« Entre le café et les petits pains ronds, le pape interroge son ancien maître sur ses travaux. Swiezawski lui raconte qu’il étudie le procès de Jan Hus, le principal réformateur tchèque précurseur du protestantisme qui fut excommunié et brûlé vif par les catholiques lors du concile de Constance en 1415. Le vieil homme s’échauffe :
- Sais-tu que la vision de Jan Hus était assez proche de celle de Vatican II ?
Jean-Paul II est passionné. Il saisit le bras de Swiezawski et lance :
- Il faut dire cela !
Stanislas Dziwisz, le secrétaire, qui connaît par cœur les deux hommes, se penche vers le vieux professeur :
- Et si vous commenciez par écrire quelque chose là-dessus dans le « Tygodnik Powszechny » ?
« L’article paraîtra dans le numéro du 9 février de l’hebdomadaire cracovien sous le titre « Jan Hus, hérétique ou précurseur de Vatican II ? ». Il fait sensation dans les milieux dissidents tchèques. A l’époque, qui pouvait imaginer que Jean-Paul II se rendrait un jour à Prague, à l’invitation de l’ex dissident Vaclav Havel devenu président de la République, et qu’il aurait ainsi l’occasion de demander pardon aux protestants tchèque pour ce crime odieux qui a fait de la Bohême le pays le plus « anticatholique » et « antipapiste » d’Europe ? « Alors que Jan Hus était un saint, un martyr, un précurseur des changements de l’Eglise ! » insiste Swiezawski.
« En mai 1995, lors de son deuxième voyage en République tchèque, Jean-Paul II participera à un service œcuménique à la cathédrale Saint-Guy de Prague, en compagnie de Pavel Czerny, héritier de Jan Hus et chef de l’Eglise évangélique des Frères de Bohême. Une façon de refermer spectaculairement cette blessure historique. »
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