L’épikie est une bénigne interprétation de la loi, contre la lettre de la loi mais selon la volonté du législateur : cela afin que la loi ne se tourne pas contre la fin dans laquelle elle a été promulguée. Le législateur ne pouvant prévoir tous les cas, il peut être permis (permis dans la mesure où c’est nécessaire) de passer outre à des dispositions législatives.
Pour qu’on puisse recourir à l’épikie, il faut, en plus d’une raison grave (c’est-à-dire proportionnée à l’importance de la loi qu’on transgresse, à l’étendue et à la durée de la transgression) :
– qu’il ne s’agisse pas de la loi naturelle (loi naturelle de l’ordre naturel ou de l’ordre surnaturel) parce que dans ce cas Dieu, par l’universalité de la nature, atteint l’universalité des cas qui sont donc tous prévus ;
– que le recours au législateur ou a celui qui a pouvoir d’interpréter ou d’appliquer la loi soit impossible (impossible par manque de temps ou tout autre motif légitime) ;
– qu’il s’agisse vraiment d’une loi, et non pas de la constitution même de la société à l'intérieur de laquelle cette loi a cours (cela recouvre partiellement ma première condition).
Il va de soi, en outre, que l’épikie n’a de sens que pour ceux qui reconnaissent l’existence et la permanence de la loi.
Abbé Hervé Belmont
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