Nous dissertons aimablement, sur ce forum, de la situation de l’autorité de l’Église et du statut de Vatican II ; nous procédons par objections et réponses ; par argument et contre-argument... mais ne perdons-nous pas de vue la réalité ?
Car Vatican II n’est pas seulement une collection de textes ; il est un événement qui a provoqué dans la sainte Église de Dieu un immense champ de ruine : de fait, ce concile a été une effrayante machine à détruire, qui en quelques années a envoyé à la casse des dizaines de milliers de prêtres, des centaines de milliers de foyers, des millions d’âmes.
La vie religieuse a été foudroyée, la vie chrétienne empoisonnée ; les catéchismes ont été minés par l’hérésie, les églises désertifiées, la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ niée et évacuée.
C'est aussi une réforme liturgique protestante : définition hérétique de la Messe au principe de son bouleversement, accord avec le protestants en la matière (et pas parce qu'ils se sont convertis), désacralisation universelle, acceptation (par Paul VI, pas par des abus) de la communion sacramentelle pour des hérétiques etc.
Cette destruction universelle a été voulue. L'abbé Berto, on ne peut plus romain, on ne peut plus soumis, écrivait quelque part : quand on réforme les séminaires et que cela les vide (numériquement, intellectuellement et spirituellement), et que malgré cela on maintient et même on aggrave cette réforme, c'est qu'on avait bien dessein de les vider. C'est bon sens. Et ce qui est vrai des séminaires est vrai du reste. Tout a été vidé, ruiné.
Le 24 mai 1976, Paul VI en a revendiqué la responsabilité : il n’a parlé que de la réforme liturgique, mais comme celle-ci est vraiment au cœur de la chute vertigineuse engendrée par Vatican II.
On peut prendre l'exemple de la morale conjugale. Pie XI et Pie XII avaient sans la moindre hésitation solennellement et définitivement condamné la contraception. Voici que durant Vatican II on annonce une commission d'étude sur la question : effet d'annonce qui sème le doute et qui le laisse planer pendant quatre ans. Une bonne partdes catholiques s'engouffre dans la faille et sombre dans le péché. Au bout de quatre ans, Paul VI (Humanæ Vitæ) affirme timidement la doctrine catholique, et laisse des conférences épiscopales (celle de France, par exemple) dire ouvertement le contraire. Duplicité. De toutes les façons, pour beaucoup il est trop tard, ils ne reviendront plus. Effet voulu.
Latin, grégorien, statues, chaires de vérité, autels : tout cela ne pouvait que tomber à son tour dans le gouffre.
Les âmes se perdent, les âmes se perdent, les âmes se perdent : voilà Vatican II ! Je sais bien qu’aucune âme ne se perd sans sa propre faute ; mais cette propre faute arrive mille fois plus facilement quand l’hérésie circule librement et est enseignée dans les catéchismes, quand les sacrement sont sabotés, quand les pays ne reconnaissent plus en Jésus-Christ leur roi, quand le climat ecclésiastique est un climat de non-résistance à l’erreur et au péché, quand les sacrements ont disparu.
Les âmes se perdent. Alors que nous importe que le Père Machin démontre en six volumes que la liberté religieuse peut finalement, vue l’élasticité de la matière grise, se concilier avec Quanta Cura : peu nous importe parce qu’entre-temps les derniers États catholiques ont disparu, et que les âmes se sont perdues.
Et ne baptisons pas « retour à la tradition », « fin de la crise », « divine surprise » des élections ou des publications qui laissent en place tout la nouvelle religion et la prolongent : dans le désert qu’elle a répandu partout, cette nouvelle religion peut se permettre d’être moins agressive ; avec le mouvement de balance qu’on observe dans toute révolution, elle peut apparaître dynamique ; mais c’est à la condition d’oublier tout ce qui a été perdu, d’oublier la sainte religion catholique.
Celle-ci a si profondément disparu des intelligences et des cœurs que ceux qui veulent la maintenir ou la restaurer sont contaminés par l’erreur. Ici, on avancera des théories qui sont négation du magistère et de l’unité de l’Église ; là, on acceptera d’hériter de Vatican II des doctrines suspectes et une succession sacramentelle douteuse ; ailleurs paraderont des esprits ignorants qui prennent leur courte vue pour la sagesse, leur science infirme pour de la théologie... « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ». C’est dire la profondeur des ravages.
C’est cela Vatican II. Ne l’oublions pas, ne l’acceptons pas, ne baissons pas la garde tant que ce chancre – qui défigurerait l’Église si cela était possible – n’aura pas été anathématisé.
Abbé Hervé Belmont
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