Tout d'abord, une brève présentation.
27 ans, je finis un doctorat en mathématiques appliquées au pays des fjords, des élans et des mangeurs de baleines (slurp !). Je vais à la messe tradi depuis mon enfance même si je n'ai découvert la FSSPX qu'à la mort de notre vieux prêtre indépendant. Le sédévacantisme, aussi tentant soit-il et non-dénué d'arguments de valeur, ne me semble pas être la solution adéquate à la crise de l'Eglise. J'ai d'ailleurs effectué une retraite de St Ignace durant la semaine sainte pour y voir plus clair à ce sujet. Je me range donc, encore et toujours, derrière la voie prudentielle de la FSSPX. J'ajoute cependant que je me sens beaucoup plus proche spirituellement des sédévacantistes que des conciliaires. Je profite ici pour renouveler mes remerciements envers LHR qui m'a fait découvrir les auteurs anti-libéraux dont je m'abreuve régulièrement avec grand profit.
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Un passage que je trouve éclairant dy R-TH Calmel O.P. extrait de "De l'Eglise et du Pape en tous temps et en notre temps".
Mais pour avoir cette confiance dans le chef invisible et souverain de la Sainte Eglise [Jésus] sans nous contraindre pour cela à nier les défaillances graves dont n'est pas de soi exempt, malgré ses prérogatives, le vicaire visible, l'évêque de Rome, le clavigère du Royaume des Cieux - pour mettre en Jésus cette confiance réaliste qui n'élude pas le mystère du successeur de Pierre avec ses privilèges garantis d'en haut comme avec sa défectibilité humaine - pour que la détresse qui peut nous venir par le détenteur de la papauté soit absorbée par l'espérance théologale que nous placons dans le souverain Prêtre, il faut de toute évidence, que notre vie intérieure soit référée à Jésus-Christ et non au pape; que notre vie intérieure, embrassant le pape et la hiérarchie, cela va sans dire, soit établie non dans la hiérarchie et le pape, mais dans le Pontife divin, dans ce prêtre-là qui est le Verbe incarné rédempteur, dont le vicaire visible suprême dépend encore plus que les autres prêtres; plus que les autres, en effet, il est tenu dans la main de Jésus-Christ en vue d'une fonction sans équivalent chez les autres. Plus que tout autre, à un titre supérieur et unique, il ne saurait laisser de confirmer ses frères dans la foi, lui-même ou son successeur.
L'Eglise n'est pas le corps mystique du pape : L'Eglise avec le pape est le corps mystique du Christ. Lorsque la vie intérieure des chrétiens est de plus en plus référée à Jésus-Christ ils ne tombent pas désespérés, même lorsqu'ils souffrent jusqu'à l'agonie des défaillances d'un pape, que ce soit Honorius Ier ou les papes antagonistes de la fin du Moyen-Age; que ce soit, à l'extrême limite, un pape qui défaille selon les nouvelles possibilités de défaillance offertes par le modernisme. Lorsque Jésus-Christ est le principe et l'âme de la vie intérieure des chrétiens ils n'éprouvent pas le besoin de se mentir sur les manquements d'un pape pour demeurer assurés de ses prérogatives; ils savent que ces manquements n'atteindront jamais à un tel degré que Jésus cesserait de gouverner son Eglise parce qu'il en aurait été efficacement empêché par son vicaire. Tel pape peut bien s'approcher du point-limite où il changerait la religion chrétienne par aveuglement ou par esprit de chimère ou par une illusion mortelle sur une hérésie telle que le modernisme. Le pape qui en arriverait là n'enlèverait pas pour autant au Seigneur Jésus sa régence infaillible qui le tient encore en main lui-même, pape égaré, qui l'empêche de jamais engager jusqu'à la perversion de la foi l'autorité qu'il a recue d'en haut.
Une vie intérieure référée comme il se doit à Jésus-Christ et non au pape ne saurait exclure le pape, sans quoi elle cesserait d'être une vie intérieure chrétienne. Une vie intérieure référée comme il se doit au Seigneur Jésus inclut donc le Vicaire de Jésus-Christ et l'obéissance à ce Vicaire, mais Dieu premier servi; c'est dire que cette obéissance, loin d'être inconditionnelle, est toujours pratiquée dans la lumière de la foi théologale et de la foi naturelle.
Nous vivons par et pour Jésus-Christ, grâce à son Eglise, laquelle est gouvernée par le pape, à qui nous obéissons en tout ce qui est de son ressort. Nous ne vivons point et pour le pape comme s'il nous avait acquis la rédemption éternelle; voilà pourquoi l'obéissance chrétienne ne peut ni toujours ni en tout identifier le pape à Jésus-Christ. Ce qui arrive ordinairement, c'est que le Vicaire du Christ gouverne suffisamment dans la conformité à la tradition apostolique pour ne point provoquer, dans la conscience des fidèles dociles, des conflits majeurs. Mais il peut en être quelques fois autrement. Encore que ce soit très exceptionnel, il peut arriver au fidèle de se demander légitimement : comment garderais-je encore la tradition si je suivais les directives de ce pape ?
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La vie intérieure d'un fils de l'Eglise qui mettrait de côté les articles de foi relatifs au pape, l'obéissance à ses ordres légitimes et la prière pour lui, une telle vie intérieure aurait cessé d'être catholique. D'autre part une vie intérieure qui inclut d'être agréable au pape inconditionnellement c'est à dire à l'aveugle, en tout et toujours, est une vie intérieure qui est nécessairement livrée au respect humain, qui n'est pas libre à l'égard de la créature, qui s'expose à bien des facilités et des complicités. Dans sa vie intérieure le vrai fils de l'Eglise, ayant recu de tout son coeur les articles de foi qui se rapportent au vicaire du Christ prie fidèlement pour lui et lui obéit volontiers, mais seulement dans la lumière, c'est à dire étant sauve et intacte la tradition apostolique et bien entendu la loi naturelle. Il parait certain que, trop souvent, on a prêché un type d'obéissance à l'égard du pape plus soucieuse d'efficacité, de réussite dans les mouvements d'ensemble que de simple fidélité à la lumière, quoi qu'il en soit des réussites spectaculaires. Non sans doute que fut absent le souci de rester dans la tradition apostolique et dans la fidélité à Jésus-Christ. Mais ce qui était le plus important, le plus actif, le plus pressant, c'était quand même de donner satisfaction à un homme, de s'attirer ses faveurs, parfois de faire carrière, de préparer sa tête pour le chapeau cardinalice ou de donner du lustre à son Ordre ou sa Congrégation. Mais Dieu ni le service du pape n'ont besoin de notre mensonge : Deus non eget nostro mendacio.
Souvenons-nous de la grande prière du début du canon romainque Paul VI n'a pas hésité à ravaler au niveau de prières polyvalentes accomodées aux cènes calvinistes. (or équiparer de la sorte le canon romain n'a pas le moindre fondement dans la tradition apostolique et s'oppose du front à cette tradition imprescriptible). Donc le prêtre dans le canon romain après avoir instamment supplié le Père très clément par son Fils Jésus-Christ, de sanctifier le sacrifice sans tache offert en premier pro Ecclesia tua sancta catholica... continue ainsi : una cum famulo tuo Papa nostro... et Antistite nostro... L'Eglise n'a jamais envisagé de faire dire : una cum SANCTO famulo tuo Papa nostro et SANCTO Antistite nostro alors qu'elle faite dire pro Ecclesia tua SANCTA. Le pape à la différence de l'Eglise n'est pas saint obligatoirement. L'Eglise est sainte avec des membres pécheurs, dont nous-mêmes; des membres qui tous hélas ! ne tendent pas ou ne tendent plus à la sainteté. Il peut bien arriver que le pape lui-même figure dans cette triste catégorie. Dieu le sait. En tout cas, la condition du chef de la sainte Eglise étant ce qu'elle est, c'est-à-dire n'étant pas nécessairement la condition d'un saint, il ne faut pas nous scandaliser si des épreuves, parfois de très cruelles épreuves, surviennent à l'Eglise par son chef visible en personne. Il ne faut pas nous scandaliser de ce que, sujets du pape, nous ne puissions quand même pas le suivre en aveugles, inconditionnellement, en tout et en toujours. Dans la mesure où notre vie intérieure sera référée au chef invisible de l'Eglise, au Seigneur Jésus, souverain Prêtre; dans la mesure où notre vie intérieure sera nourrie de la tradition apostolique avec les dogmes, le missel et le rituel de la tradition, avec la tendance à l'amour parfait qui est l'âme de cette tradition très sainte, dans cette mesure même nous accepterons beaucoup mieux d'avoir à nous sanctifier dans une Eglise militante dont le chef visible, s'il est préservé de faillir dans certaines limites précises, n'est point toutefois soustrait à la commune condition du pécheur.
"De l'Eglise et du Pape en tous temps et en notre temps" (p. 5-9) |