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Espérance par N.M. (2005-11-11 15:26:23) Imprimer

Cher Rikiki,

Sommes-nous désespérés ?

"L'espérance est une vertu héroïque. On croit qu'il est facile d'espérer. Mais n'espèrent que ceux qui ont eu le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu'ils prenaient faussement pour de l'espérance."
Georges Bernanos, "La Liberté pour quoi faire ?"

En qui devons-nous mettre notre espérance, sinon en Notre Seigneur Jésus-Christ ? En quoi pouvons-nous mettre notre espérance, sinon dans le Corps mystique du Christ, cette Eglise catholique qui ne peut ni se tromper, ni nous tromper ?

Est-ce vraiment espérer que mettre en toute connaissance de cause notre confiance en une "autorité" qui se trompe et nous trompe ? Est-ce vraiment espérer que de reconnaître dans l'enseignement et le gouvernement quotidien de Benoît XVI et des évêques conciliaires l'enseignement et le gouvernement même du Christ, alors que nous nous refuserions à recevoir cet enseignement dans son entièreté ainsi qu'à obéir ?

D'un autre côté, est-ce vraiment espérer que de désespérer du Christ au point de faire violence à la divine constitution de l'Eglise, en attribuant ou en s'attribuant de son propre chef l'épiscopat, alors que le pouvoir de nommer et d'instituer les évêques appartient au Pontife Romain (CJC canons 329, § 2 et 332, § 1) ? Certes, nous avons tous besoins de prêtres, mais - de grâce - pas à n'importe quel prix !

Espérer, ce n'est pas - contre toute évidence - prendre Josef Ratzinger pour un chevalier blanc en croisade contre Vatican II, ses pompes et ses oeuvres. Espérer, ce n'est pas reconnaître en ce même Benoît XVI un pape auquel il faudrait résister en tout et pour tout, car un tel "pape" est un cercle carré. Espérer, ce n'est pas édifier une "église parallèle" avec des évêques par génération spontanée et une prétendue juridiction émanant comme "à l'insu de son plein gré" de ce même fantôme de "pape".

Alors... quelle(s) solution(s) ?

Nul doute qu'une vacance du Siège apostolique - quelle qu'en soit la cause - est chose normale, fréquente, courante, dans le cheminement multi-séculaire de l'Eglise. Nul doute que la vacance - de soi - ne remet en cause ni l'apostolicité, ni la visibilité de l'Eglise. Nul doute aussi qu'il n'y a pas de délai-vacance à respecter : on a vu de telles situations se résorber en l'espèce de quelques jours, mais aussi se prolonger démesurément (aux yeux des hommes).

Certes la présente vacance est de forme inédite ; elle se caractérise par une désertion de l'Autorité pontificale par Paul VI et ses successeurs au profit de la prédication d'une religion de Mouvement d'Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle (MASDU).

Pour autant, ladite vacance - ou son hypothèse, pour ceux qui ne veulent pas la reconnaître - ne peut être assimilée à une déshérence de l'Eglise Romaine.

Tout d'abord, il reste des évêques catholiques. En dernier recours - en 1417 - ce furent les évêques, et non pas les cardinaux (douteux) qui procédèrent à l'élection de Martin V mettant fin au "Grand Schisme d'Occident". Ces évêques catholiques qui demeurent encore au jour d'aujourd'hui, ce sont - toujours dans la perspective "sédévacantiste" largo sensu - les évêques appelés à l'épiscopat par le Vicaire du Christ, c'est-à-dire par un Pape authentique ; en l'espèce : les évêques appelés avant Paul VI. Il en reste une soixantaine éparpillés aux quatre coins du monde. Dans la présente situation, leur mission est de demander raison à l'actuel occupant du Saint-Siège de ses erreurs doctrinales, de son MASDU, de sa désertion objective de l'Autorité pontificale.

Ensuite, il est une autre solution - non exclusive de la première : que l'occupant du Saint-Siège adonné au MASDU, rompe avec quarante années de rupture et se saisisse du gouvernail de la Barque de Pierre ; que l'occupant assume l'Autorité pontificale. La thèse de Cassiciacum - thèse du R.P. Guérard des Lauriers - explique que si Paul VI avait objectivement déserté l'Autorité pontificale, cette désertion signifiait qu'il n'était pas Pape, mais ne consignifiait pas qu'il avait ce faisant perdu tout titre à devenir Pape : il n'était pas Pape en acte, il l'était en puissance. Les élections de Jean-Paul Ier et de Jean-Paul II doivent être considérées comme "validées" par les cardinaux non-douteux ayant acquiescé auxdites élections, et par l'acceptation desdites élections tant par Albino Luciani que par Karol Wojtyla. La désertion objective de l'Autorité pontificale s'est néanmoins perpétuée. Même conclusion : Jean-Paul II n'est pas Pape en acte ; il est en puissance de le devenir. Certes, l’élection de Benoît XVI semble plus problématique. Qui donc a pu "valider" ladite élection ? L'acquiescement implicite des soixante indubitables évêques catholiques (à défaut des cardinaux non-douteux subsistant en 1978).

Dans la perspective d'un "sédévacantisme" dit "complet" - et qui se refuse à reconnaître la pertinence de la thèse de Cassiciacum - restent de toutes façons les soixante évêques catholiques non-douteux.

Evidemment les soixante évêques en question - ce dernier carré - se fait avant tout remarquer par son silence. Bien plus, il s'agit là de la génération qui a fait Vatican II, et qui par conséquent est fort attachée à son oeuvre.

Pareillement, à vue humaine, il semble peu probable que ce même Benoît XVI, qui ne se prive pas de manifester sa continuité avec Vatican II, en vienne à brûler ce qu'il adore hic et nunc.

Pourra-t-on néanmoins longtemps continuer à ne pas reconnaître que les fruits pourris qui empoisonnent les baptisés viennent de l'arbre Vatican II ? Pourra-t-on encore longtemps se payer le luxe de faux diagnostics et de faux remèdes ?

On peut légitimement penser que la rupture avec la rupture qui a pour nom Vatican II apparaîtra toujours plus pressente au fil du temps.

La Parousie n'est donc pas la seule "solution". Cependant, pourquoi "désespérer" devant la perspective du retour glorieux du Christ ? Une telle espérance n'a-t-elle pas précisément animé tout le pèlerinage terrestre de l'Eglise militante, de l'Ascension à nos jours ?

Cordialement

N.M.
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