Je voudrais revenir brièvement ici sur l’infaillibilité des lois universelles de l’Eglise en apportant un témoignage de poids : celui de saint Thomas.
Dans la Somme de Théologie, à l’endroit du traité sur l’eucharistie, qui est véritable chef-d’œuvre du point de vue dogmatique, Saint Thomas d’Aquin examine à la question 83 les différents rites qui sont en usage dans la célébration du sacrement. Cette question est malheureusement peu connue, mais elle vaut la peine d’être lue, car l’on tient ici une véritable explication des rites du Saint Sacrifice de la Messe. Après avoir traité du lieu où l’on célèbre ce sacrement et des paroles qu’on y prononce (a.3 et 4), le Docteur Angélique examine plus spécifiquement « les actions qui accompagnent la célébration de ce mystère », à savoir des rites eux-mêmes. Suit alors toute une série d’objections sur les rites en usage : les signes de croix, l’usage de l’encens, les ablutions, etc.
Avant de répondre et de justifier un à un les différents rites en usage, saint Thomas donne un argument d’autorité. Cet argument le voici : « En sens contraire, il y a la coutume de l’Église, laquelle ne peut se tromper, étant instruite par le Saint-Esprit » (III, 83, 5, sed contra)
On voit par là que, dès le Moyen-Age, l’infaillibilité des décisions relatives au culte et à la dispensation des sacrements était une vérité enseignée et tenue par les théologiens. Ceci est d’autant plus remarquable qu’à l’époque de Saint Thomas les rites ne faisaient pas l’objet d’une promulgation solennelle dans les AAS [qui n'existaient pas encore], mais étaient tacitement approuvés par l’Eglise. On peut ainsi conclure du texte cité plus haut qu’à partir du moment où l’Eglise utilise un rite, elle le couvre de son infaillibilité, étant assistée du Saint Esprit. Ce rite par conséquent ne saurait rien contenir de contraire à la Foi ou au mœurs.
Si néanmoins l’on persisterait d’affirmer qu’un rite est intrinsèquement mauvais et qu’il n’est jamais permis d’y assister, la seule façon de le faire serait de conclure que ce rite n’est pas un rite de l’Eglise catholique et donc que celui qui l’a promulgué n’avait pas l’autorité pour le faire.
Réginald
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