L’abbé Zins m’ayant interpellé hier soir à rendre compte de mes avis sur un post de l’abbé Belmont, comme je lui ai donné pleine satisfaction, je crois être en droit de lui poser quelques questions à mon tour.
L’occasion qui m’incite à les lui poser est très simple : l’abbé Zins soutient que je ne suis pas catholique. Il encourage d’autres catholiques, même de ma propre famille, à me traiter, avec mon épouse, comme un lépreux. Or, je suis prêt à accepter de bon cœur et sans toujours courir à me défendre le tarif ordinaire de calomnies qu’ont à soutenir les catholiques de nos jours de la part des épandeurs-à-fumiers ambulants du genre LHR. Mais quand il s’agit de l’accusation gravissime d’être hérétique, je crois que la défense s’impose, d’autant que c’est la foi elle-même qui est en jeu et pas seulement mon insignifiante personne.
En l’occurrence l’abbé Zins accuse injustement de milliers de catholiques d’être des hérétiques, pour la simple raison qu’il ne connaît pas les principes catholiques permettant de reconnaître l’hérétique. Il finit par rendre convertibles les termes « dogme de foi » et « conclusion tirée par l’abbé Zins en matière doctrinale ». Pour compléter la « démolition » déjà affichée, je lui pose ces quelques questions car il me semble impossible d’y répondre honnêtement sans voir que tout l’édifice qui fait de l’abbé Zins le Noé de nos temps n’est construit que sur du sable.
1. St Cyprien était-il hérétique pour avoir nié la validité du baptême des hérétiques, malgré les réprimandes du pape Etienne ?
2. Si non, pourquoi pas ?
3. St Jacques de la Marche, était-il hérétique pour avoir nié la divinité du Précieux Sang, ce dont il a été accusé devant l’Inquisition et qu’il a avoué ?
4. Si non, pourquoi pas ?
5. St Augustin était-il hérétique pour avoir nié que le propos « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » n’était pas adressé à St Pierre
6. Si non, pourquoi pas ?
7. Cajetan, Suarez et Jean de St Thomas, étaient-ils des hérétiques pour avoir tenu qu’un pape pouvait tomber en hérésie sans perdre automatiquement son office ?
8. Si non, pourquoi pas ?
9. Mgr Darboy était-il hérétique pour avoir tenu devant le sénat français le 16 mars 1865 un discours s’opposant clairement à la primauté divine du pontife romain sur l’Église entière (ce qui, à la différence de l’infaillibilité pontificale, appartenait déjà au corps de la doctrine catholique) et pour ne pas l’avoir rétracté même après que Pie IX lui signala que ses propos heurtaient l’enseignement du IVe concile du Latran ?
10. Si non, pourquoi pas ?
11. Acceptez-vous comme exacte et orthodoxe la citation suivante ?
« Ce serait donc…un abus du terme que de qualifier d’hérétique un catholique professant qui nierait ou douterait d’une doctrine laquelle il ne savait pas être comprise dans l’enseignement dogmatique de l’Église; une telle personne ne serait même pas un pécheur ‘matériel’, parce qu’il ne serait pas rebelle. » (Le Chanoine E J Mahoney : The Clergy Review, 1952, vol. XXXVII, p. 459)
12. Acceptez-vous comme exacte et orthodoxe la citation suivante ?
« Personne n’est hérétique tant qu’il est disposé de soumettre son jugement à l’Église, ou ignore que la vraie Église du Christ tient le contraire, même s’il défend mordicus son avis en conséquence d’une ignorance coupable voire crasse. » (St Alphonse de Liguori : Theologia Moralis, lib. III, n.19)
13. Acceptez-vous comme exacte et orthodoxe la citation suivante ?
« Un propos est appelé hérétique soit qu’il s’oppose directement, certainement et évidemment à une vérité révélée, définie par l’Église ; soit qu’il contredit une vérité contenue dans la Sainte Écriture ; soit qu’il a été explicitement condamné par l’Église comme hérétique. » (Herrmann : Institutiones Theologicae, vol. I, n. 33)
14. Acceptez-vous comme exacte et orthodoxe la citation suivante ?
« Les laïques ne sont pas des juges compétents en questions d’hérésie, même quant aux simples questions de fait. » (Smith, abbé S. B : Elements of Ecclesiastical Law, vol. 1, p. 362)
15. Acceptez-vous comme exacte et orthodoxe la citation suivante ?
« Pour l’hérésie, est exigée, de la part de la volonté, la pertinacité. C’est l’enseignement de tous, suivant St Augustin, Epître 262. Car la foi est perdue par l’hérésie, et non pas par une simple erreur, ce qui est manifeste dans le cas de plusieurs saints qui se sont trompés concernant diverses vérités de foi. Cette pertinacité consiste dans la volonté délibérée de différer d’une doctrine que l’on sait est tenue par l’Eglise catholique comme étant de foi certaine. » (Antoine : Theologia Moralis Universa, 1796)
16. Acceptez-vous comme exacte et orthodoxe la citation suivante ?
« Les catholiques qui pratiquent habituellement la méditation…ne sont pas seulement aussi exacts que les autres, mais même plus exacts, pour distinguer entre ce qu’il faut obligatoirement croire et ce qui n’est pas obligatoire ; témoin la circulation incessante et légère des mots hérésie et hérétique parmi les autres, en face de leur usage plutôt rare parmi les catholiques, du moins pour ce qui est des désaccords entre eux. » (Le Père F. W. Faber Cong. Orat : Essai Sur La Béatification et la Canonisation des Saints.)
17. Si donc les catholiques, surtout les plus dévots, devraient être signalés par leur lenteur à se servir des mots « hérésie » et « hérétique » à l’égard des catholiques dont il leur semble que les vues s’égarent, croyez-vous que cette tendance puisse se remarquer chez l’abbé Vincent-Marie Zins ?
Dans l’attente de vous lire, veuillez accepter, cher Monsieur l’abbé, l’expression de mes salutations aussi catholiques que bienveillantes.
JD
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