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La thèse n'est pas morte par N.M. (2005-11-14 07:43:15) Imprimer

Cher Jean Fregis,

Josef Ratzinger est-il "pape materialiter" ?

La question mérite en effet d'être posée. Vous le faites à bon droit, et y répondez avec mesure. Je ne suis pas certain que les anti-"guérardiens" de longue ou fraîche date qui vous répondent soient dans les mêmes dispositions... Passons.

Je me permets de reproduire ci-après quelques réflexions données en leur temps sur un autre forum.

On peut employer le terme de "sédéprivatisme" (l'Eglise est privée de Pape) pour distinguer la thèse de Cassiciacum du "sédévacantisme" stricto sensu (le Siège de Pierre est vacant), même si l'on peut considérer que le "sédéprivatisme" appartient au "sédévacantisme" largo sensu.

Là encore, excusez-moi de me répéter quelque peu.

"Sédéprivatisme" et "sédévacantisme" s'accordent dans le constat minimum suivant : l'oecuménisme conciliaire, la liberté religieuse de "Dignitatis humanae", la nouvelle théologie de la messe inhérente au novus ordo missae, ainsi que l'étrange théologie de l'Incarnation de Jean-Paul II constituent chacun et tous ensemble une rupture avec le Donné Révélé, il va sans dire que - en acte - le "visible Jean-Paul II" ne rend pas présent l'Invisible : objectivement, le troupeau n'est ni enseigné, ni sanctifié, ni gouverné - et ne peut aucunement l'être - par un pseudo "visible" qui manque à l'Invisible. Jean-Paul II ne confirme pas ses frères dans la Foi ; il n'est pas Pape.

Mais "sédéprivatisme" et "sédévacantisme" stricto sensu divergent quant au rapport soutenu par Jean-Paul II vis-à-vis de la Papauté.

Pour le "sédévacantisme" stricto sensu, Jean-Paul II est un imposteur, un antipape. Pour le "sédéprivatisme", Jean-Paul II n'est pas Pape, mais son élection fait de lui présentement la seule personne habilitée à pouvoir être Pape. A nouveau, je me répète :

La thèse de Cassiciacum (ou "sédéprivatisme") - thèse du R.P. Guérard des Lauriers - explique que si Paul VI a objectivement déserté l'Autorité pontificale, cette désertion signifia qu'il n'était pas Pape, mais ne consignifia pas qu'il avait ce faisant perdu tout titre à devenir Pape : il n'était pas Pape en acte, il l'était en puissance. Les élections de Jean-Paul Ier et de Jean-Paul II doivent être considérées comme "validées" par les cardinaux non-douteux ayant acquiescé auxdites élections, et par l'acceptation desdites élections tant par Albino Luciani que par Karol Wojtyla. La désertion objective de l'Autorité pontificale s'est néanmoins perpétuée. Même conclusion : Jean-Paul II n'est pas Pape en acte (il n'est pas formellement Pape) ; il est en puissance de le devenir (il est "pape materialiter", c'est-à-dire, il demeure matière prochaine à la Paputé). Certes, l'hypothèse "Jean-Paul III" semble plus difficile. Qui pourrait "valider" ladite élection à venir ? L'acquiescement implicite des soixante indubitables évêques catholiques (à défaut des cardinaux non-douteux subsistant en 1978).

1 - Question :
"Quel sera alors votre position lorsque les 60 [évêques] auront tous disparu ?"

2 - Réponse :
A chaque jour suffit sa peine... Néanmoins, je ne voudrais pas laisser cette question sans réponse.

L'Eglise est indéfectible. Cela signifie que tant le Siège de Pierre que l'épiscopat catholique peuvent bien se retrouver "suspendus", mais aussi qu'ils ne peuvent tomber en déshérence.

Dans toute perspective "sédévacantiste" largo sensu - perspective "sédéprivatiste" comprise - les "soixante évêques" demeurent une pierre d'attente ; tant qu'ils existent, il est certain que l'épiscopat catholique n'est pas perdu, et une mise en demeure de Jean-Paul II - deamin "Jean-Paul III" - est toujours de l'ordre du possible.

En revanche, dans une perspective "sédévacantiste" stricto sensu, une fois lesdits évêques disparus dans leur silence complice... il n'est plus d'autre attente que la Parousie, la fin des temps étant advenue, puisque la déshérence ne peut se réaliser.

Dans une perspective "sédéprivatiste", l'hypothèse Parousie demeure... mais à titre d'hypothèse : c'est un possible parmi d'autres. En effet, le "pape materialiter" - Jean-Paul II (mais en aurait-il aujourd'hui la force ?) ou "Jean-Paul III" peut répudier le MASDU et investir l'Autorité pontificale désertée. A ce titre - au titre de Pape - il pourra très bien passer "à la savonnette à vilain" les évêques "traditionalistes" sacrés sans mandat, et faire d'eux d'authentiques évêques catholiques, et continuant par eux à donner à l'Eglise des sacrements indubitablement valides (le problème desdits sacres sans mandat n'est pas un problème de validité, mais un problème de licéité-légitimité).

Réponses à quelques objections

a - Question :
"Qu'est ce qui vous fait dire que le nombre de cardinaux validement incardinés [le terme d'incardination est impropre] aient en majorité voté pour l'élection de Jean-Paul Ier puis pour celle de Jean-Paul II ?"

b - Réponse :
Je ne sais aucunement - et peu de gens sont à même de le savoir - pour qui ont effectivement voté les cardinaux que nous appelerons authentiques (les cardinaux nommés avant Paul VI) lors des conclaves d'août et octobre 1978.

Ce qui est certain en revanche - et non pas probable - c'est que lesdits cardinaux ont au moins reconnu l'élection d'Albino Luciani puis de Karol Wojtyla comme autant de faits accomplis.

Pour l'annecdote, on a murmuré ici où là que le Cardinal Siri aurait réuni les votes de beaucoup etc. [On a même chuchoté que certains suffrages s'étaient portés sur la personne de Mgr Lefebvre] En revanche, on n'a pas vu et le Cardinal Siri et l'ensemble des cardinaux contester l'élection de Jean-Paul Ier, puis celle de Jean-Paul II, bien au contraire.

2 - De leur acquiescement au moins tacite -

a - Vous affirmez :
"Vous faites un argument de l'aquiescement tacite, probable, ..., des "vrais" cardinaux aux élections de Jean-Paul Ier et Jean-Paul II. Vous avez peut-être raison mais cela ne change en réalité en rien la donne."

b - Je réponds :
Que les cardinaux authentiques - quel qu'aient été leurs votes (vraisemblablement fort divers) - aient au moins acquiescé tacitement à l'élection d'Albino Luciani, puis à celle de Karol Wojtyla, voilà chose non pas seulement probable, mais bel et bien certaine. Cette donné incontournable change bel et bien la donne.

Soit les cardinaux authentiques ont majoritairement voté en faveur d'Albino Luciani et/ou de Karol Wojtyla ; auquel cas nous avons une/deux élection(s) valide(s). Soit lesdites élections - l'une et l'autre ; l'une ou l'autre - n'étaient pas de soi valides, auxquels cas l'acquiescement au moins tacite des cardinaux authentiques - qui lui est certain - est venu valider lesdits conclaves a posteriori.

"Sur les cardinaux et le conclave"

Vous écrivez :

"En relisant Posquam verus de Sixte V on découvre que le souverain Pontife doit être désigné parmi les membres du collège des cardinaux... Partant du postulat que Paul VI était un antipape et que c'est lui qui a élevé Wojtila à la pourpre, on en déduit que cette élévation n'était pas valide et que Wojtila ne pouvait être membre du Sacré collège. Donc son élection est invalide et il ne pourra jamais être considéré comme pape en puissance... La thèse formaliter/materialiter ne peut fonctionner en ce qui le concerne..."

Je réponds :

Le règlement de l'élection a été réformé à maintes reprises depuis Sixte Quint. La Constitution "Vacante Sede apostolica" de saint Pie X, ainsi que la Constitution "De Sede apostolica vacante" ne limitent absolument pas la qualité d'élu aux seuls cardinaux.

Vous n'êtes certainement pas sans savoir (ou alors vous devriez) que lors du Conclave de 1958, Mgr Montini était le candidat de nombre de cardinaux... Certes, il ne fut pas élu. Non point parce qu'il n'était pas encore cardinal - il fut parmi les tous premiers cardinaux nommés par Jean XXIII - mais parce que l'élection d'un non cardinal apparaissait comme trop téméraire (que n'a-t-on vu depuis ?)

Je ne pars absolument pas du postulat que Paul VI était un antipape, mais bien qu'il n'était que "pape materialiter". Je vous accorde bien volontiers que l'antipape comme le "pape materialiter" ne jouissent pas de l'Autorité pontificale : l'un comme l'autre ne sont pas Papes, mais le "pape materialiter", contrairement à l'antipape, possède un titre réel à assumer l'Autorité pontificale désertée.

Partant d'un autre postulat, qui veut que les électeurs du conclave soient nommés par le seul Pape, il faut conclure à la non authenticité des cardinaux nommés par Paul VI - donc à la non authenticité du cardinalat de Karol Wojtyla.

Mais, étant donné que l'élection de Karol Wojtyla - octobre 1978 - de soi non valide, a au moins été validée par le consentement tacite des cardinaux authentiques participant au Conclave, ainsi d'ailleurs que par les évêques catholiques appelés, sacrés et institués avant Paul VI...

["L'acceptation de l'Eglise s'opère soit négativement, lorsque l'élection n'est pas aussitôt combattue ; soit positivement, lorsque l'élection est d'abbord acceptée par ceux qui sont présents et progressivement par les autres." JEAN DE SAINT-THOMAS]

Et étant donné que même un simple laïc pourrait être élu par le Conclave (à condition, précise Pie XII, qu'il ait l'intention de recevoir les saints ordres et ultimement la consécration épiscopale), on voit mal en quoi "la thèse formaliter/materialiter" ne pourrait pas "fonctionner" avec Jean-Paul II.

Vous écrivez :

"Poursuivant, on ne peut vous suivre, N.M. lorsque vous estimez que JP III pourrait éventuellement se saisir de la papauté : il n'existe plus de cardinal nommé avant la mort de Pie XII, aucun membre du "Sacré collège" actuel ne présente donc la qualité de cardinal légitime pour être élevé au souverain pontificat. Et les évêques n'ont plus en aucun cas le pouvoir électif dans l'Eglise... Là encore, la thèse ne peut fonctionner."

Qu'il n'existe plus de cardinaux nommés avant Paul VI, je vous le concède bien volontiers. Par conséquent, l'élection de "Jean-Paul III" pourra bien être de soi non-valide, et ne pas être validée par le consentement implicite des cardinaux authentiques - puisqu'il n'en reste plus - mais, étant donné qu'il est fort peu probable que Jean-Paul II survive aux derniers évêques sacrés avant la présente vacance de l'Autorité (il en reste une soixantaine), ce sont lesdits évêques qui exerceront l'acceptation au moins négative - dont parle Jean de Saint-Thomas, et que ce dernier ne réserve pas aux seuls cardinaux. Conclusion : la thèse peut encore fonctionner.

Cordialement

N.M.

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La discussion

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     images/icones/bravo.gif Toutes mes félicitations PDT par Fulgurator (2005-11-14 07:38:29)
     images/icones/sacrecoeur.gif La thèse n'est pas morte par N.M. (2005-11-14 07:43:15)
         images/icones/neutre.gif C'est plus simple par Louis-Hubert Remy (2005-11-14 07:56:16)
             images/icones/fleche3.gif Plus simple par N.M. (2005-11-14 08:03:30)