Un point très important est à prendre en compte dans l’analyse de la situation actuelle de l’autorité dans l’Église : c’est l’être historique de l’Église, c’est le fait que l’Église militante vit dans le temps, et qu’il y a donc un ordre, une succession dans les actes et les enseignements.
Ainsi, on dit que ce qu’un pape à fait, un autre peut le défaire : c’est vrai en tout ce qui est réformable par nature (jeûne eucharistique, nombre des cardinaux, règles liturgiques etc.) mais cela ne l’est pas en ce qui est irréformable. Un Pape ne peut pas dé-canoniser un saint ni dé-définir un dogme : l’antériorité des actes de ses prédécesseurs le lie.
Donc la considération d'antériorité ou de postériorité revêt une grande importance.
Appliquons cela à trois exemples.
Lorsque Dignitatis Humanæ enseigne que la liberté religieuse (le droit à la liberté civile en matière religieuse) est fondée sur la révélation divine, cette déclaration conciliaire s’adresse à des âmes qui, en raison de Quanta Cura et de l’enseignement et la pratique séculaire de l’Église, croient dans la foi que ladite liberté religieuse est contraire à la révélation divine.
On pourrait être tenté de dire : qu’est-ce qui prouve alors que ce n’est pas DH qui a raison et QC qui a tort ? Ce qui le prouve, c’est l’antériorité, qui est vitalement intégrée à l’acte de foi.
La foi théologale interdit au croyant (qui adhère tranquillement à QC) de remettre en cause ce à quoi il adhère dans la lumière de la foi. Et donc, avec l’arrivée de DH, il n’y a que trois solutions possibles : absence de contradiction, absence de nécessité d’adhérer, absence d’autorité.
Aussi, après avoir vérifié qu’il y a bien contradiction selon le sens obvie des textes, et après avoir constaté que DH requiert son adhésion de foi, ledit croyant est dans la nécessité de refuser son adhésion et au texte de DH et à l’autorité qui le lui enseigne.
Deuxième exemple, le fameux « subsistit in ». Venant après l’affirmation solennelle de Pie XII (et de saint Paul) qu’il y a identité parfaite (« est ») entre l’Église catholique et le Corps mystique de Jésus-Christ, le « subsistit in », qui est une notable régression dans la signification, a valeur de négation. C’est un élément qu’on ne peut éluder.
Troisième exemple. La réforme liturgique n’a pas simplement une signification par ce qu’elle affirme ; elle a une signification parce qu’elle est faite pour remplacer la liturgie antérieure. Et comme la régression est époustouflante, elle a valeur de négation.
Ainsi, l’offertoire sacrificiel est remplacé par une prière de bénédiction juive ; ainsi les paroles de la consécration sont remplacées par celles que Luther avait choisies ; ainsi les marques d’adoration et le caractère sacré sont fortement atténués.
Il ne faut pas oublier de prendre cela en compte : sur la terre, l’Église vit dans le temps ; c’est essentiel à son caractère d’Église militante.
Abbé Hervé Belmont
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