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Réponse (amicale) à Petrus par Abbé Claude Prieur (2005-05-03 13:00:16) Imprimer

Avertissement :
Vous trouverez ci-après une réponse de Monsieur l'abbé Claude PRIEUR à PETRUS. Un compte lui a été créé à cet effet.
Il n'a pas de connexion internet et n'a pas eu l'occasion de lire les débats qui ont lieu depuis ce 2 mai à 21 heures.
Mais il a lu les premiers posts de PETRUS sur le FC et il y répond.
Il s'agit d'une contribution unique qu'il a proposé de publier dans ce débat en espérant nourrir la réflexion.


REPONSE (AMICALE) A PETRUS

‘’Petrus’’ est intervenu sur le Forum Catholique dès le début de janvier. Son analyse de la crise interne à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X est serrée, désabusée, brillante, désopilante par endroits mais aussi amère et parfois injuste. Il pose des questions. On n’y répond pas vraiment. Il est difficile de le faire sans aborder la conception du Magistère qui est commune aux modernistes et aux sédévacantistes. Le Forum Catholique ne veut pas qu’on débatte du sédévacantisme, un courant qui influe depuis près de 3O ans et exerce un réel impact sur quelques âmes inquiètes, les natures portées à l’intransigeantes ou quelques fidèles au discernement fragile.
La mouvance du sédévacantisme en ses multiples faces mérite la vigilance en raison de l’infiltration à laquelle se sont livré quelques uns de ses hérauts au sein des œuvres de la tradition, tant ‘’Ecclesia Dei’’ où les sédévacantistes ‘’recyclés’’ œuvrent et enseignent, que dans le courant de la Frat. Sac. St. Pie X où quelques sédévacantistes ‘’originels’’ ont les coudées franches en raison de leurs divers talents. Hormis le courant originel toujours subsistant qui compte les points en renvoyant tout le monde dos à dos, ils poussent prudemment leurs pions, ne désespérant pas de retourner le vaisseau qu’ils investissent ; les uns vers Rome où ils pensent jouer les Père Joseph, les autres vers la Fraternité au profit d’une mentalité suspicieuse qu’il ne leur déplairait pas de voir verser dans un sedevacantisme pratique à défaut d’être théorique. Donc, à moins qu’ils ne s’isolent dans quelque forteresse à la Montségur, il n’y a que les deux courants divergents de la tradition (‘’Eccl. Dei’’ ou Frat.) où ils puissent se greffer pour exister, disons légalement ou avantageusement. Mais tous, sédévacantistes ‘’originels’’ ou ‘’recyclés’’, réservent leurs ire commune à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X jusque là insensible à leur thèse bien qu’elle ait été, à mon avis et je parle d’expérience, beaucoup trop indulgente sur le plan pratique avec des gens qui connaissent les avantages et les faiblesses de cette oeuvre et savent quel profit en tirer et où frapper au besoin. Qu’ils la flattent ou s’opposent à elle, tous en jouent autant qu’ils en jouissent comme matrice ou comme repoussoir, ce qui n’est pas très joli.
Ce qu’il en reste au total et compte tenu de quelques justes observations de leur part, c’est un art consommé de l’insinuation à l’encontre du rameau primitif où ils ont voulu d’abord se greffer. L’argument est toujours le même, primaires il faut le dire en dépit de l’arsenal logique déployé ; toujours infécond et nuisible ; toujours ressassé sans qu’aucun compte ne soit tenu de ce qui lui a été mille fois objecté. A vrai dire, les tenant de la thèse en ses deux faces dialectiques (1. - Le pape erre et n’est pas pape. 2. - le pape ne peut errer et il faut lui obéir en tout) n’ont cure de ce qu’on peut leur objecter. Obsédés par cet insurmontable préalable dialectique, ils pensent que tous doivent y sacrifier – un peu à la manière dont le sérail freudien impose au candidat psychanalyste d’en passer lui-même par une psychanalyse pour se dire psychanalyste ; où comme on croit devoir attraper soi-même le cancer pour le mieux soigner ; ou se contraindre à subir un film crasseux pour savoir qu’il ne faut pas y aller - et n’entrent en dialogue que pour retourner leur adversaire, façon doucereuse et polie tout d’abord, puis insistante, et enfin méprisante voire menaçante. C’est du moins l’expérience que beaucoup d’entre nous ont faite.
Il importe peu d’entrer dans des réponses faites du tac au tac à des tics et des tocs imposés. Et si le sujet évoqué est d’importance, il mérite qu’on remonte en aval et prenne de la hauteur. On ne peut non plus laisser courir quelques accusations odieuses contre monseigneur Lefèbvre sans réagir, certes par dévotion envers lui mais plus encore par esprit de justice. Voilà qui mérite qu’on entre en lice, quitte à prendre quelques coups. Il s’agit d’éclairer ceux que le doute aurait atteints, et de le faire dans la mesure qui convient au genre. Que Petrus me pardonne, mais sur ce point, il va trop loin.

*

Cher ami,

Je vous ai lu. Un ami et moi avons illico reconnu votre plume. Elle nous a tant de fois réjouis, et cette fois encore à plus d’un titre. Un vieux lien amical nous unit et il ne s’est pas démenti même si nous sommes perdus de vue quelques années : de temps à autre je jetais un œil discret vers vous avec fierté et contentement je dois le dire.
Rassurez-vous, nous ne parlerons pas de littérature, de cuisine ou de politique pour meubler le temps comme vous êtes contraint de le faire en société pour éviter les sujets qui fâchent. Nous irons un peu au fond de ce qui vous préoccupe comme vous l’avez souhaité vous-même. Je subodore, cher Petrus, que dans votre quête d’une réponse vous jubilez à l’idée de mettre vos éventuels contradicteurs en position difficile. Faites moi néanmoins la grâce de me lire avec l’esprit curieux dont vous êtes capable.
Il y a chez vous de l’amertume, de la souffrance, et je devine quelque tourment caché derrière la figure de style et le talent jubilatoire où vous virevoltez, avant que ne se referme un temps la porte qui vous protège. Quand la plume leste qui fait mon bonheur tournoie dans l’air, je sais que vous surmontez quelque angoisse. Je sais aussi pour en avoir subi le feu serré, comment vous cernez de toute part la question qui vous taraude jusqu’à ce que vous ayez obtenu la réponse qui soit de nature à vous satisfaire. Vous y exercez une sorte de virtuosité exigeante qui vous fait passer, pourrait-on croire, du coq à l’âne et de l’endroit à l’envers, mais qui, en fait, ne laisse rien échapper. C’est un bon exercice que de parler avec vous, d’autant que la sympathie passe. Il en va avec Petrus comme avec les enzymes gloutons. Ils font le tour du linge et il faut que la crasse s’accroche ferme avec ses petits doigts pour résister aux attaques de l’ouragan nettoyeur. Aussi je vous le demande, Petrus : mettez un frein à la fureur des flots. Je ne veux pas me retrouver en petite tenue sur un banc de sable. Et accordez moi quelques instants de votre attention.
Je vais vous répondre à ma manière, sans reprendre nécessairement les points que vous soulevez ni dans l’ordre ou vous les donnez. Je ne les néglige pas et vous y trouverez de quoi croûter, mais à ma manière et sans entrer dans une dialectique qui me laisse d’autant plus de marbre qu’elle se veut incontournable. Je parle de la dialectique, ou logistique, ou syllogistique propre au sédévacantisme et avec laquelle, par bonheur, votre plume ne s’identifie pas forcément : elle n’est pas tant que cela asservie au système que ce courant s’est forgé. Ne m’en veuillez pas, cher Petrus, mais pour moi, en matière de sédévacantiste, vous n’êtes qu’un dilettante. Prenez le, cher ami, comme le plus beau compliment que je sache vous faire.

LE STYLE, C’EST L’HOMME !

Mais avant toute chose il est opportun de dévoiler au lecteur le trait de la nature profonde et exigeante du Petrus qui se cache à l’abri d’une plume talentueuse, de quelques tourbillons d’humour et d’un coruscant amour de la formule. Ceci est tiré de la dédicace qu’il me fit en 1994 de son brillant mémoire en Maîtrise de lettre. Il portait sur le personnage de l’abbé Donissan dans ‘’ Sous le soleil de Satan’’ de Georges Bernanos. On ne trouvera ce texte nulle part ailleurs qu’ici :
« (...) Certes le personnage de l’abbé Donissan n’est pas dénué d’ambiguïté et de contradictions. Néanmoins il force la sympathie car il est l’adversaire irréductible de toutes les compromissions, de toutes les demi-mesures. Ecartelé entre Dieu et Satan, menacé par une société moderne qui se donne au néant en évacuant toute spiritualité, le prêtre devient un personnage tragique investi par Dieu et par l’Eglise d’une mission quasiment impossible : irriguer la grâce de Dieu à cet organisme surnaturel que constitue la paroisse, graver le nom de Dieu et sa sainte loi dans les esprits et dans les cœurs. Face à la grandeur de cette vocation on ne peut être pour réussir qu’héroïque. Et lorsqu’il paraît à Donissan que ses efforts sont vains, il est tenté par l’aiguillon du désespoir, et c’est cela qui le rend si humain, si proche de nous finalement. Pourtant, alors qu’à chaque page ou presque, Bernanos se dirige vers le tragique, que point à l’horizon un désespoir qui semble tout envahir et tout submerger, apparaît toujours en filigrane cette petite fille de rien du tout, incarnation de l’esprit d’enfance, cette belle vertu d’Espérance dont parle Péguy et qui permet au prêtre et avec lui tout chrétien convaincu de continuer de combattre, d’être de fiers militants catholiques dans l’espérance indestructible et ce malgré toutes les raisons qu’il y aurait de baisser les bras et de se décourager, qu’un jour France et Chrétienté ressuscitent et que jaillissent d’un pôle du monde à l’autre, dans le ‘’doux royaume de la terre’’ des torrents de grâce et de sanctification (...) »
Je ne sais pas vous, mais moi, j’aime. Et je crois que Petrus n’a pas changé sur le fond depuis ces onze années : c’est encore la vertu de l’enfance, celle de l’espérance, qui le meut et le tient debout. Comme nous tous je l’espère.
LE DANGER DES THESES ABSOLUES.

Cher Petrus donc.
Vous voulez un pape parfait. Vous voulez un monseigneur Lefèbvre parfait. Ca, c’est le nœud de la thèse, véritable mythe de la caverne : tout part du schéma idéal. Et quand la réalité n’y répond pas ou ne semble pas s’y conformer, le jeu de massacre se déclenche.
Quand vous estimez que monseigneur Lefèbvre n’est pas parfait, vous laissez l’impression que le pape l’est. Et quand vous estimez que monseigneur Lefèbvre devrait l’être, on se demande ce qu’il pourrait alors rester du pape – à vrai dire rien puisqu’il n’est plus même pape à vos yeux -.
Car manifestement, et à part quelques opportuns rappels de la foi, pas plus vous que moi ne supportez mille actes et déclarations faites à sens unique par feu le Pontife de Rome Jean Paul II chaque fois qu’il a été question de la place de l’Eglise dans le monde et dans ses rapports avec les autres religions. A la suite de Jean XXIII et de Paul VI le successeur de Pierre y donnait dans le malencontreux , soit dit par euphémisme, et tout laisse à craindre que la conception qu’ils avaient du culte rendu à Dieu n’y ait été accordée et adaptée, tout autant d’ailleurs que la conception univoque qu’ils avaient de l’autorité non seulement en matière de foi et de moeurs, mais aussi jusque dans les plus anecdotiques des directives juridiques.
Quand à monseigneur Lefèbvre, le fait qu’il ait du adapter sa stratégie en fonction des événements vous paraît indigne d’un confesseur de la foi. Dans le fond, vous aimez ‘’trop’’ l’archevêque, c’est à dire ‘’mal’’, et vous pensez que l’intransigeance métaphysique, celle de la foi, est incompatible avec la souplesse pratique de la vertu de prudence dont usa ce grand missionnaire et que vous prenez manifestement pour de la cuisine. Permettez moi de vous faire malicieusement remarquer que vous êtes là trop influencé par la statue de commandeur (quelque peu ébranlée) de monseigneur Fellay, ô combien plus emblématique et intouchable que celle de son trop modeste fondateur et archevêque consécrateur, et en effet tellement plus doué que lui pour la mauvaise tambouille administrée à la louche.
Cependant, cher et amical Petrus, qu’on se le dise, dans le duel qui oppose un camp à l’autre l’enjeu est à la fois moins dialectique, plus simple et plus subtil que cela. L’un (monseigneur Lefèvre) ne contrebalance pas l’autre (le pape) de manière aussi carrée qu’on pourrait parfois le souhaiter et qui permettrait de trancher à la hache et dans le vif pour en finir une bonne fois.

L’INSTINCT DU SAINT-ESPRIT.

On peut revenir sur ce que peut être un pape éventuellement fâcheux. Mais une chose est sûre en ce qui concerne monseigneur Lefèbvre : s’il faisait part de son étonnement ou de sa perplexité à propos du pape, il n’avait pas de thèse à produire ni sur le statut de celui-ci ni sur la manière dont il se devait en retours de mener la résistance catholique ; pas de thèse d’où il eût fallu déduire une cascade de syllogismes ou une série de postures pratiques inéluctables. Il marchait à l’instinct. ‘’L’instinct du Saint-Esprit’’ dont parle saint Thomas d’Aquin dans son traité de ‘’la loi nouvelle’’ (tant négligé par les scolastiques) ou celui qu’évoque saint Paul lorsqu’il dit que le chrétien est ‘’mu par le Saint-Esprit’’ : chose normale et en rien extraordinaire aux yeux de l’Apôtre des gentils. En cas de crise, évidemment, chacun a ‘’sa’’ vision des choses, ‘’son’’ plan, ‘’sa’’ stratégie : monseigneur Lefèbvre se contentait d’être simple comme la colombe et prudent comme le serpent au fil de ces jours où, comme chacun sait, suffit sa peine. Les ‘’sédévacantistes’’ en revanche n’ont cessé de produire des thèses de tout acabit et des avis sur ce qu’il faut faire ou non en fonction des prémisses posées... par eux.
Enfin, monseigneur Lefèbvre n’a jamais voulu ni prétendu être le chef de file de la ‘’Tradition’’ comme si elle avait été un monolithe granitique posé sous ses semelles et à son seul avantage. Ce qui eût blessé sa modestie autant que son réalisme teinté de douce ironie. Eux auraient voulu qu’il fût cet emblème à leur tête, de préférence soumis à leurs caboches savantes et fumantes tandis que vaquait le siège suprême ; où qu’à tout le moins, n’ayant pas atteint au génie où ils se situaient eux-mêmes si richement dotés de moyens logico-mystico-spéculatifs, il ne les privilégiât en hiérarque complaisant... et surtout détenteur d’un pouvoir d’ordre qu’ils n’avaient pas.

PRUDENCE DE MONSEIGNEUR LEFEBVRE.

L’archevêque répugnait à la notion même de ‘’chef de file’’, par trop mondaine, et savait combien c’eût été périlleux et vouée à un intellectualisme stérile, lui-même pris entre des personnalités si riches et contradictoires que l’abbé de Nantes et le R.P. Guérard des Lauriers, si atypiques que les pères Barbara et Coache, si vénérables que le chanoine Catta ou l’abbé Dulac, si doctement chenue que le Père Philibert de Saint Didier O.F.Cap. ou si racée que le théologien météorite, le brillant et fragile Père Joseph de Sainte Marie O.C.D. L’évêque est pasteur d’âme. Celui-là jouissait d’un rare équilibre mental et nerveux, sans doute conforté par les grâces adaptées à son état comme à la fin qui lui était assignée. Le Pasteur d’âmes agit. Et il agit selon quelques critères. Le prélat les a voulus les plus basiques, généraux et généreux que possible – ce qui explique son impact sur les fidèles - et les a fait tourner autours d’une oeuvre de restauration du sacerdoce, tout centrée sur le Sacrifice de l’Autel avec les conséquences souveraines qu’il implique pour les personnes et les société.
C’est cette ambition une fois fixée qui a fait que l’oeuvre a tenu en dépit de mille contradictions. Suspendue à cet objectif, elle s’écroulera fatalement si elle en dévie d’un poil et se fixe des objectifs jusque là inédits. Elle perdra sa raison d’être si elle érige l’accidentel - si nécessaire soit-il - à la place de l’essentiel, et met en exergue ce qui est second au détriment de ce qui est premièrement visé et réalisable : faire des prêtre et ouvrir des lieux de culte et de formation pour les fidèles, avec ce qui en découle comme bienfaits sur l’Eglise et le temporel.

DE L’IGNORANCE CORNUE AU SUJET DE QUELQUES PRINCIPES.

Un mot encore sur le réalisme de l’archevêque.
Il est utile d’apporter ici une précision. C’est au sommet de la vie spirituelle et dans l’union transformante que le repos en Dieu d’une part, et la fécondité des actes d’autre part, coïncident sans un hiatus ; là même où il devient impossible de distinguer, dans le rougeoiement de la bûche au feu, ce qui est de Dieu et ce qui est de son instrument. D’ici là, que d’étapes, de scories et de souffrances, de nuits expérimentées pour l’apôtre pris entre le désir de jouir de Dieu et celui d’entrer dans la réalisation de son plan, d’édifier avec Lui et pour Lui. Il n’est qu’une solution : marcher sans crainte en suivant les buts fixés par la mission de l’Institut auquel on appartient, et avec la prudence nécessaire. Cette vertu là, on le sait, n’est pas la vertu du rétrécissement mais de l’action, de la répartition des temps et de l’utilisation judicieuse des forces en vue de l’apostolat. Il faut constamment combiner l’un et l’autre et spécialement dans les débuts où le zèle présume de ses moyens ; éviter tant l’activisme que la très sainte et trop pieuse absence d’initiative missionnaire. Encourager à la mission et inviter à la retraite. Sainte Thérèse d’Avila elle-même conclut le Château intérieur en invitant aux œuvres : ‘’des œuvres, encore des œuvres’’. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ne pense qu’à l’apostolat de l’Eglise, au sang qu’elle voit tomber d’une main du Christ sur une image qui dépasse de son missel, et qu’elle recueille pour la reverser à son tour sur les âmes. Active, elle a correspondu avec ses missionnaires, écrit des récréations, assuré la formation du noviciat, toujours sur la brèche et guerroyant.
Compte tenu de la règle commune à tous et se souvenant que la loi est faite pour les hommes et non les hommes pour la loi, tous n’ont pas ici le même rythme ni les mêmes talents, tous ne courent pas les mêmes dangers ni à la même vitesse dans le stade, tous n’ont pas les mêmes dispositions intérieures ni les mêmes habitudes antérieures ; et l’idée même du prêtre ‘’modèle’’, sorte d’Icône à Ecône, répugne au réalisme, même si on doit y aspirer en son intime et dans le colloque secret que chacun doit entretenir avec le Souverain Prêtre. Les fruits en disent plus ici que tout le reste.
Je note simplement que le souhait qu’avait exprimé monseigneur Lefèbvre d’ouvrir une grande maison pour ‘’l’année de spiritualité’’, véritable noviciat compte tenu de l’arrachement au monde qu’elle comporte en vue de l’accrochage à Dieu. Cette maison, tout centrée sur la liturgie eût également servi de lieu permanent de silence, de ressourcement et de repos pour les prêtres lancés dans l’action avec les risques qu’elle comporte. Cette maison là n’existe toujours pas. Unir au sein d’une même réclusion la stabilité naissante des plus jeunes et le va et vient des anciens, les confronter les uns aux autres dans le silence, la prière et l’attention mutuelle et les voir soumis aux mêmes buts était une idée féconde, comme la plupart de celles qu’émettait l’esprit éminemment pratique de l’archevêque, soucieux du bien de tous et dans une vision qui dominait les contradictions, réelles ou apparentes.

FACETTES ET CONTRADICTIONS DE LA PRUDENCE.

Donc, et pour en revenir au choix qu’avait fait monseigneur Lefebvre, entouré là autant et plus qu’il était nécessaire de sages autoproclamés et de Don Quichotte, il se devait d’agir en tenant compte de la plénitude du sacerdoce dont il était revêtu, du poids moral qu’il avait sur les épaules, de l’influence qu’il aurait en tant qu’évêque ‘’résistant’’ sur les cinq continents. Une mission lui incombait. A lui seul. Et conformément aux indications simples de la Providence. Avec les grâces mais aussi les devoirs et les attentes qui s’y rattachent. N’y pas répondre eût été comme une transgression dont il aurait eu à rendre compte au Bon Dieu. Il ne le dissimulait pas.
Comme tel, cet homme de Dieu aura suscité à son corps défendant une armada de mécontents, de pinailleurs et de jaloux. C’est le schéma banal tel qu’il se déroule dans l’histoire sainte et qu’il se répète dans l’Eglise lorsque le doigt du Bon Dieu se pose sur la tête de quelqu’un qui, en général, dans l’ancien comme dans le nouveau testament, voudrait bien être ailleurs ! On estime qu’un autre eût mieux fait que lui ? Il en est lui-même persuadé. Mais celui qui en émet la critique ne doute pas un instant du brio incomparable qu’il aurait déployé dans ces circonstances. D’aucuns estiment que celui qui remplit comme il peut sa mission aurait dû tenir compte de tel avis – le leur ! - plutôt que de tel autre, être plus souple et malin ici, plus inexorable et intraitable là. C’est possible. Rien ne le dit. La généralité des choses, à la longue, l’infirmerait plutôt.
Ce qui est sûr, c’est que l’archevêque estimait de son devoir de s’en tenir à ce qu’il était impossible de ne pas penser et de ne pas faire dès lors que la foi était en jeu, mais aussi le bien et le confort des âmes. Là, s’il le fallait, il voulait bien être seul et quoi qu’il en dût en coûter. Orgueil ? Non : réalisme de la foi Si on lit l’histoire des grand réalisateurs dans l’Eglise – quant-à lui il l’était déjà en Afrique - on constate qu’ils ne devancent jamais les événements. Ils se contentent de suivre les indications de la Providence, au jour le jour, et ne témoignent à la face du monde que quand il n’est plus possible de ne pas le faire ouvertement. Il se peut qu’ils aient quelque idée sur la marche à suivre, mais cette idée ils ne l’ont pas toujours présente à l’esprit au point où on pourrait le croire : ils viennent souvent au pied de l’autel pour la soumettre à nouveau et avec crainte au Maître Souverain.
Ils sont sûrs, en revanche, de ce qu’il faut croire. Et s’ils agissent, c’est en suivant une nécessité et une sorte de feu intérieur plus qu’en jetant des plans sur la planète. Les plus grands saints, même ceux d’entre eux qui furent des législateurs, eussent été incapables de dresser un plan quinquennal tant le réalisme les tenaillait chaque matin que Dieu fait. Ils fixaient le but à atteindre, balisaient et se contentaient ensuite de marcher sous le soleil de Dieu avec un coin d’obscurité à la fois douloureuse et rassurante au fond de l’âme, indice sûr que c’est bien le Bon Dieu qui mène la marche. Enfin leurs constitutions écrites tiennent en quelques pages .
Ainsi monseigneur détenait-il le pouvoir de ‘’faire’’ des prêtres et de les envoyer en mission : ce qu’il ne fit d’abord qu’en répondant à la demande de quelques candidats. Il sentait bien qu’il en sortirait quelque chose de grand, mais c’est surtout la conférence épiscopale de France et Rome qui le redoutaient plus que tout et avec une prescience aiguë. Enfin, de son côté, et répondant aux besoins d’une crise très pressante, l’évêque pouvait s’accorder le loisir d’hésiter ici, de décider là, de se hâter soudain où on ne l’attendait pas. Il pouvait donner d’abord une assurance de principe et d’ordre général, puis y revenir sur la pression des événements, après consultation et à la suite d’un examen théologique ou canonique plus acribique. Toujours pratique et raisonnant en pasteur, il pouvait constater la faille ou la faiblesse d’une position de principe trop affirmée, en modifier le tour, pas à pas et sans s’écarter de ce qu’il est encore permis de faire contre la lettre là où l’esprit le permet et même le spécifie en toute ‘’lettre’’. On appelle cela une ‘’épichie’’.
L’homme d’action - qu’il était - sait ce qu’il fait dans le moment même où il agit et il ne le sait que là. Il a pris conseil, délibéré, mais il n’est vraiment sûr de son acte qu’au moment même où il le pose. Ainsi pense Aristote quand il analyse la vertu de prudence ou l’intelligence est liée à l’acte pratique. Alors, les discours consécutifs... pourquoi pas, mais sont-ils bien appropriés.
De même il avouait bien volontiers s’être laissé guider par les faits, ce qui ne voulait pas dire qu’il négligeait les principes, théologien trop averti pour cela. Mais en pasteur avant tout soucieux des âmes il voyait ces principes à l’oeuvre, il les voyait dans la pratique et tâchait de les faire entrer dans le particulier. Il avouait avoir toujours dû faire ce qu’il n’ambitionnait pas d’abord : toujours le Bon Dieu avait, en quelque sorte, contrarié ses plans, voire ses goûts. Normal ! On a vu sainte Jeanne d’Arc se résoudre avec peine à suivre ses voies, foncer à la tête de ses troupes, hésiter ici, flairer le piège là, tomber dedans cependant, céder à ses inquisiteurs puis se rétracter, et finir comme une pauvre petite fille, martyre héroïque, sainte oubliée puis exhumée comme un mythique monument de la sainteté. Saint Augustin a écrit quant-à lui des rétractations à la fin de sa vie. Pendant le grand schisme d’Occident, on a vu des saints dans les deux camps – et quels affrontements entre eux –.
Les exemples fourmillent de saints ou d’hommes de Dieu à la personnalité complexe et cependant unifiée sous les feux de la grâce. Des études graphologiques qui ont été faites, à l’aveugle, et qui en ont étonné plus d’un parmi les experts une fois révélée l’identité de celui dont ils avaient analysé le trait : ‘’Comment, c’est untel, ce modèle de vertu, avec cette écriture si passionnée, si peu contenue ? C’est tel autre, si audacieux en telle circonstance et dont l’écriture et si marquée de modération !’’. Eh oui ! Il en va ainsi quand c’est le Bon Dieu qui mène la barque.
Et le pape ?

DEVOTION ENVERS LE PAPE OU PAPOLÂTRIE ?

Une chose est sûre, c’est que jamais, ô grand jamais, on n’a vu se manifester au cours de l’histoire une papolâtrie telle que celle qui a pris ses quartiers avec Jean Paul II ; tant la ‘’papolâtrie positive’’ des modernistes que la ‘’papolâtrie négative ou inversée’’ des sédévacantistes.
La première, la ‘’papolâtrie positive’’ des modernistes à qui elle profite pour quelques temps encore – mais la donne change - est flanquée de la papolâtrie des ‘’obéissants’’ par excès, gens de bonne volonté, un peu mondains dans leur vision de l’autorité, tous ‘’intégristes de l’autorité’’ selon la formule de Louis Salleron, lui-même bête noire des sédévacantistes.
La seconde, la ‘’papolâtrie négative ou inversée’’ des sédévacantistes purs et durs, les déçus en attente du pape parfait, se voit flanquée d’une version ‘’repentie’’, très en cours à la Commission ‘’Ecclésia Dei’’, recyclée et passée désormais ‘’d’inversée’’ en ‘’positive’’ et sur une base infaillibiliste qui lui est du reste commune avec les modernistes.
Je m’explique. Chez tous : modernistes, sédévacantistes durs ou repentis, la papolâtrie tend à muer l’infaillibilité normalement reconnue par le dogme en un infaillibilisme d’une nouvelle facture. Certes cet ‘’infaillibilisme’’ a des buts opposés chez le moderniste et le traditionnel, mais dans un camp comme dans l’autre il est prêt même à s’étendre à tout le corps épiscopal. Etonnant, non ? C’est que tous espèrent jouer un jour le rôle enviable du pape et, pour ce qui est du corps épiscopal, il ne désespère pas de soustraire à son profit quelque lambeau de son autorité personnelle. Tous rêvent plus ou moins de s’introduire dans ces sphères et d’y jouer un rôle pivot pour donner à l’Eglise le visage que souhaite son camp. Et c’est pourquoi le sédévacantiste aime à jouer les hommes de l’ombre avec un goût immodéré pour l’entrisme. A l’instar du moderniste il craint le grand jour. Certaines pages de l’encyclique Pascendi de saint Pie X pourraient s’appliquer à lui. Il aime à être l’homme d’influence . Ce dont, Dieu merci, monseigneur Lefèbvre était incapable tant par goût que par conviction.
La papolâtrie est une obsession chez les uns comme chez les autres : l’obsession du pouvoir. Qu‘elle soit ‘’positive’’ et excessive ou qu’elle soit ‘’inversée’’ et négative, qu’elle soit recyclée ‘’d’inversée’’ en ‘’positive’’ (style ‘’sédévac’’ devenus ‘’Ecclesia Dei’’), c’est toujours une papolâtrie, c’est-à-dire un excès de type idéologique plus qu’ecclésial, plus clanique que théologal ou héroïque en ce siècle mordu jusqu’à l’os par les courants idéologique avec leurs moeurs calquées sur celles des clubs de pensée. Molle ou totalitaire, la papolâtrie infaillibiliste des uns et des autres - modernistes et sédévacantistes dialectiquement opposés - a en commun une notion erronée du pouvoir papal et de l’obéissance qui lui est due. Elle instrumentalise le pape hors de sa prérogative propre, sur sa droite comme sur sa gauche. Elle donne un tour subjectif à ce qui relève avant tout d’une fonction sacerdotale et divine, pontificale, juridiquement définie, limitée par là même en certaines de sa prérogative personnelle et unique ; une souveraineté néanmoins filialement reçue et ouverte sur les places que ce soit dans son prêche ou ses multiples monitions.
Toujours il a été admis au cours de l’histoire que le pape pouvait errer dans son gouvernement, voire être personnellement habité par une idée fausse qu’il serait tenté de faire admettre par tous sans toutefois être en mesure de le faire ex officio. Ce qui se vérifie aujourd’hui : beaucoup d’erreurs ont été répandues comme venant de Rome et aucune autorité réelle autre que médiatique, occulte ou épisodiquement subversive ne pouvait les imposer. Un pape au cours de l’histoire alla jusqu’à soutenir une proposition erronée. Son successeur dut la condamner et lui avec. La conception d’un pape parfait en tout ce qu’il avance et en tout ce qu’il fait, d’un pape qu’il faille suivre aveuglément, ou d’un pape radicalement nul et qui ne saurait être vrai pape dès lors qu’il erre, est récente et procède du même esprit : une conception personnaliste du pouvoir dans l’Eglise, pouvoir identifiée à la Révélation et qui lui serait totalement étranger s’il ne s’y rapportait absolument, en tout et de manière univoque. Si le pape n’est pas la Révélation, il n’est rien : voilà ce qu’ils disent en fait. Et c’est absurde. Si absurde qu’on prétendra ne point l’avoir soutenu. C’est du moins ce qu’il en ressort pour tout esprit encore soumis au principe de contradiction (j’ignore pourquoi on dit ‘’principe de non-contradiction’’ alors qu’il fait ressortir la contradiction comme quelque chose d’impossible à soutenir).
C’est confondre la personne avec son pouvoir, disons-nous, et confondre le pouvoir avec ce à quoi il se réfère pour exister et s’exercer ; et ce à quoi le pouvoir papal est soumis - comme tout un chacun -, c’est la Révélation. Le Pape lui est soumis pour la délivrer et paître son troupeau ; nous pour la recevoir de lui, bien que nous puissions y avoir accès sans lui dans certaines circonstances multiples de la vie ; et nous aussi l’avons la charge en vertu de notre baptême. Aussi, ce que nous regardons quant-à nous, ce n’est pas l’intention de la personne en charge - à la limite on n’en a cure quand l’enjeu est de taille -, mais ses actes, leur valeur juridique et leur contenu conforme ou non avec l’antique. A l’inverse, la vision infaillibiliste regarde à la seule personne et, quand elle a un doute sur le contenu délivré par elle, elle prétend trancher de son statut en scrutant non les actes (qui peuvent être contestables), non leur conformité avec l’antique (qui peut être douteuse), non la forme juridique sous laquelle elle les impose (elle peut manquer), mais l’intention qu’a cette personne de servir ou non l’Eglise, de vouloir ou non son bien. C’est est une insupportable dérive. J’y reviendrai : elle a sa cause dans une fausse conception du Magistère.
L’ARCHEVEQUE ‘’REBELLE’’ : LIMITE ET GRANDEUR DE l’INSTRUMENT.

Pour moi, monseigneur Lefèbvre est l’un des plus grands personnages de l’Eglise du XX° siècle. Peut-être le plus modestement grand. Et je le crois cependant faillible – moins que vous et moi, Cher Petrus ! -, et même imparfait – ce que nous sommes encore plus vous et moi, cher Petrus-. Mais imparfait comme peuvent l'être les hommes de Dieu, c'est-à-dire limités. Limités dans leurs moyens, leur action, leur envergure, si grande qu’elle ait pu être. Il n’empêche : s’il est d’Eglise, et il l’est, Dieu s’est servi de lui ; et l’oeuvre de Dieu à travers ses instruments passe les limites du raisonnable, elle va au cœur de la Révélation soit pour l’expliciter, soit pour la remettre en vigueur, soit pour la défendre contre les attaques des impies. Cette mission là est universelle. Elle passe le cadre juridique et beaucoup de papes contemporains de quelques grands saints ont étés oublié quant-à eux, à moins que leur notoriété ne soit venu de qu’ils aient eu à les reconnaître ou à se frotter à eux.
Par soucis du devoir et sans trop l’avoir recherché, l’archevêque nous a livré la totalité du Mystère de l’Eglise, de son esprit et de son corps qui n’est autre que Jésus-Christ, comme l’ont fait d’innombrables hommes d’Eglise et fondateurs au cours de l’histoire. Il est fondateur en temps de crise et au-delà même jusqu’à l’essence du mystère catholique. Il l’est comme évêque et successeur des apôtres. Et assurément plus brillamment qu’ont su l’être les deux ou trois papes de passage que nous venons de subir avec la toute la dévotion requise mais aussi quelque désolation, l’un médiocre et lunaire, l’autre obstinément chimérique et le dernier chimériquement obstiné, tous libéraux, l’ensemble peu sûr, bi-face ou multi-face ou, comme il a été dit de deux d’entre eux à La Salette : ‘’deux papes vermoulus, plats et douteux’’. Les fresques de la Chaise Dieu ne se privent pas d’en mettre quelques uns en enfer ! Et pourtant nul n’a dit que ceux-là n’étaient pas papes. Nul non plus ne dit que l’enfer ait été fait pour ceux-là qui ont pu faire notre désolation, car ce n’est pas nous qui jugeons et un sentiment de foi aimante nous pousse plutôt à les retrouver dans l’éternité sous le manteau de la Vierge. Même à Paul VI – et Dieu sait les instants de désolation profonde qu’il m’a valu - je dois un moment de pur bonheur qui m’invite à en débattre avec lui au milieu des anges.
Alors, que monseigneur Lefèbvre ait ou non signé cela au Concile de Vatican II, par déférence envers le pape... ; eh oui, il l’a fait, mais il ne l’avait pas voté (non placet), et là, c’était contre le désir du pape ; qu’il ait modifié son point de vue sur telle ou telle erreur, telle ou telle attitude pratique... Quelle affaire ! Qu’est-ce que cela prouve pour ou contre l’obéissance, pour ou contre sa mission, pour ou contre sa personne, pour ou contre la dévotion qu’il avait ou non, d’un côté envers la personne du pape alors régnant et de l’autre envers sa fonction ? Cela prouve surtout que pour lui la norme ultime était celle de la foi. Dans le brigandage qu’était le Concile rien n’était prévisible à l’avance, partout l’erreur prenait l’initiative et demandait la réponse adaptée, non seulement au plan théorique mais aussi sur le plan pratique. Il y avait bien la possibilité de discerner des lignes de force, des signes ; il y avait des indices anciens de l’erreur et des procédés nouveaux utilisés par la Rome moderniste pour la faire passer ; mais il fallait à chaque fois répondre, s’engager, accepter ici, refuser là, à la lumière du sensus fidéi et de la Tradition constante et sous le seul conseil des dons du Saint-Esprit. La question de savoir si le siège du pape était ou non vacant n’entrait pas ici en jeu, mais bien le statut de la foi, de ce qui est proche de la foi, de ce qui en découle, de la notion subjective qu’on s’en faisait et de ce qui en découlerait de manière plus ou moins lointaine si on sacrifiait à cette résurgence libérale qui, en exaltant la conscience, l’engageait à une relecture complète de l’Ecriture et de la Tradition. La thèse sédévacantiste à ce moment là n’avait pas le plus petit début de commencement ; ou alors, elle se cachait bien dans les obscurs replis des consciences éminentes qui la pondraient par la suite.
Je trouve quant-à moi que monseigneur Lefèbvre s’en est plus que bien tiré compte tenu de la multiplicité des choses, des personnes et des situations, de son entourage, des tiraillements, des avis contradictoires, toujours serein au milieu de gens qui ne l’étaient pas toujours, ni chez lui ni en face. Il aurait pu dire : « Dieu me garde de mes amis ; mes ennemis je m’en charge ! ». Pour moi, je vous le dis tout uniment : il a été exemplaire et jusque dans ses hésitations ; et ceux qui tentèrent de l’influencer alors, ou qui le chipotent après coup, n’ont pas toujours été là quand il le fallait, ni de la façon qu’il fallait. On attend de voir leurs fruits. On les a déjà vus : le trouble et la division, la dureté doucereuse et obstinée. Puis l’oubli quasi total pour eux, hormis de petits cercles d’initiés.
Jamais non plus l’archevêque n’a dit, parlant de lui même, qu’il était l’évêque qu’évoquent les apparitions de Quito. D’autres l’ont dit de lui et l’en ont applaudi. Il a laissé faire. Il se taisait toujours en ces occasions et se contentait de passer à autre chose. Quant-à moi, après avoir lu ce texte, j’applaudis à mon tour et pense qu’ils ne désignent pas un évêque d’Amérique Latine comme on tente de le dire, mais bien monseigneur Lefèbvre.
Quoiqu’il en soit, un homme d’Eglise a le droit d’estimer que sa mission est rare. Il peut en avoir parfaitement conscience à certaines heures et même en éprouver de la joie si, à d’autres heures ou dans le même temps, il estime être un pauvre homme. L’humilité s’accommode de la vérité et vice versa. Enfin la vérité sur ce point ressortit à la fois de l’une et de l’autre proposition : mission exemplaire d’un côté et, de l’autre côté, pauvreté, voire dénuement total de l’instrument. Dieu aime à se cacher en son instrument et aussi à transparaître à travers lui, à le magnifier certains jours, afin que tous voient ! N’a-t-on pas d’autre part entendu sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus dire à la fin de sa vie : « Il me semble que je suis humble. » ? Dans le même mouvement intérieur elle voyait le danger et pensait que si elle s’était attribuée à elle-même une seule vertu, elle l’eût perdue immédiatement et toutes les autres avec.
On ne peut pas soupçonner comme cela monseigneur Lefèbvre de s’être attribué ni ses vertus, ni même une mission qui venait le solliciter chaque matin et dont, si vous voulez mon avis, il se serait bien passé s’il avait suivi une pente qui le poussait à la tranquillité de l’ordre où chacun tient sa place sans rien réclamer ; ceci compte tenu, car les êtres sont complexes, qu’un certaine intrépidité pouvait l’habiter par ailleurs. Il y a dans ce jugement négatif et suspicieux à son encontre une pointe de malveillance, cher Petrus. Je la mets sur le compte de votre amertume que j’aimerais savoir adoucie. L’archevêque eût su vous apaiser quant-à lui : il était de cet abord aisé que vous prisez chez quelques prêtres, et quelques mots de lui, un coup d’œil significatif, un geste de la main pouvaient y suffire. Je me souviens que la colonne des pénitents en attente s’allongeait devant son confessionnal au détriment des autres lorsqu’il était venu à leur connaissance qu’il l’occupait.
Enfin, monseigneur Tissier de Mallerais a parlé d’une ‘’tentation sédévacantiste’’ chez monseigneur Lefèbvre : il l’aurait éprouvé. Pardonnez ma malice, cher Petrus, mais il ne semble pas que ce soit chez vous une simple tentation, ni même une hypothèse d’école mais, tout bien pesé, une réalité dont vous avez parlé d’abondance tout en prenant la résolution de n’en point parler. En tout cas ces thèses, reconnaissables et dès longtemps ressassées, s’égrènent les unes après les autres sous votre plume en une cascade qui se veut implacable (sauf celle du ‘’materialiter et formaliter’’ dont vous avez bien vu l’impossibilité). Oserai-je vous le dire : chaque fois que vous vous livrez à l’une de vos observations de terrain, politique, sociologique ou psychologique, je vous retrouve tel qu’en vous-même et me régale ; chaque fois que vous retombez dans les manies mentales du sédévacantisme, vous n’êtes plus le même et répétez la leçon cuite et recuite des thèseux ad nauseam et, je vous le dis : on s’ennuie ferme.

GRANDEUR ET LIMITE DE PETRUS

Je me dis :
« Où est mon cher Petrus ? Lui d’ordinaire si avisé, qu’est-ce qu’on lui a fait ? J’aimerais bien aller saucissonner avec lui en montagne, en compagnie de quelques amis à la langue perspicace, au rire tonitruant, et réchauffer un peu son âme et son cœur entre amis. Et puis je m’interroge à son sujet : le sachant scrupuleux, car vous avez assez parlé de vous sur le site pour qu’on le dise, qu’est-il allé faire, ce cher Petrus, quel chic a-t-il eu d’aller se fourrer entre les pattes de directeurs de conscience plus habile à manier la pioche, que dis-je, la pelleteuse que le scalpel ? Lui, d’une nature si subtile, quelle mouche l’a piqué d’aller s’en remettre à des bûcherons ! Il leur en veut à ce jour ? Mais au lieu de les rechercher il fallait les fuir ! Ce n’est pas moi qui les lui ai recommandés ! S’en souvient-il ! »
Ce qu’on vous a fait, donc, vous le dites. Ils ont eu tort en effet. Et vous n’êtes pas le seul, n’est-ce pas, cher Petrus ? Celui qui vous parle peut en ajouter de son cru. Mais qu’est-ce que cela prouve pour ou contre monseigneur Lefèbvre ? Et même contre son oeuvre ? Partout il y a des esprits sommaires, des rétrécis, des mal élevés constitutifs, des êtres habités par l’ambition. Ce sont ceux-là d’ailleurs qui convoitent les postes élevés et savent les obtenir. Ils n’ont aucun état d’âme à ce sujet.
Maurras, quand on émettait devant lui la crainte que des esprits sommaires n’interprètent mal ce qu’il disait, se contentait de répondre : « De la part d’esprits sommaires on ne peut attendre que des réactions sommaires ». Et le siècle en fabrique à la pelle, des esprits de cette sorte. C’est son truc, au monde moderne, que de les produire en série. Il les clone. Partout. Chez les progros, chez les molos, chez les tradis. Partout, vous dis-je ! Et pas qu’un peu ! Le malin, après tout, a bien le droit de faire des progrès lui aussi au fil des siècles. Au nom de quoi se serait-il privé d’aller illusionner nombre de ces ‘’élèves pénibles’’, bien intentionnés autant qu’intraitables que sont les ‘’tradis’’.
Mais si le Malin est malin, et il l’est, c’est avec une dilection très spéciale qu’il en a fabriqué et suscités là de ces esprits sommaires : il a choyés, entourés de ses sombres prévenances ceux qu’il a discernés et dégotés chez ses pires ennemis, déclarés et estampillés comme tels. Pensez donc, il n’allait pas rater ça pour un empire ! C’est là, parmi eux, que quelques énergumènes aussi intraitables que rétrécis pouvaient le plus contribuer à ralentir la marche des reconquêtes divines. C’est qu’il est fort le bougre ! Voilà que cousus et bardés de bonnes et implacables intentions, on les voit s’appliquer à lui ressembler de façon touchante et stériliser avec ardeur tout ce qu’ils touchent. Ah, le zèle amer ! Ah, la charité haineuse ! Ah, l’exemplarisme catharique ! Combien en a-t-on vu de ces ‘’Castout’’, joli surnom à la consonance appropriée que j’avais trouvé pour l’un d’eux, maladivement suspicieux, rodomonts et mal polis autant qu’on peut l’être.
Eh bien sachez que ce n’est pourtant pas irrémédiable ! Ca peut même leur passer d’un coup. Si, si ! Un coup dur, une souffrance, une humiliation et les voilà plus humains, plus spirituels, plus traitables et vrais qu’on aurait pu l’imaginer. On se prend à les aimer ! Dieu peut tout. Même là !

CHEZ MONSEIGNEUR ? UNE TENTATION SEDEVACANTISTE ?

Enfin, et pour revenir au propos de monseigneur Tissier de Mallerais, une tentation, même sédévacantiste, n’est jamais qu’une tentation. Et encore ne vient elle pas toute seule : que de bruit autours du petit bureau de l’archevêque. Ils se pressaient tous à sa porte avec mille thèses plus fumeuses les unes que les autres à produire. Quel vacarme assourdissant. C’est le miracle d’Ecône qu’il y ait résisté. Pour moi cette tentation là ne m’a pas même effleuré et j’ai toujours refusé de servir la messe - ou même cessé d’y assister - d’un prêtre dont j’apprenais qu’il professait non pas une hypothétique théorie d’école, mais ce choix délibéré, pratique et résolu, de ne pas nommer le pape à l’autel. On m’a fait les gros yeux, mais je n’en avais cure : la devise de ma famille éprouvée par les siècles ‘’fac quod debes in Domino’’ m’importait davantage, en dépit des curés, de leurs mots d’ordre et de leurs calculs ou états d’âme. D’ailleurs quel mérite y avais-je ? Les dits ‘’sédévacantistes’’ m’ont toujours tapé sur le système avec leurs grands airs, leur prétention au savoir quasi gnostique, occulte et réservé à une élite intellectuelle - la leur, bien entendu - leur faconde, ce mépris inscrit au coin de la bouche, leur cautèle de boutiquiers à l’affût pour vous rameuter, ou leurs mises en demeure de répondre à des questions ‘’piège’’ qu’ils pensaient imparables, comme si le sort de l’Eglise et mon salut en avaient dépendu. Comme si y répondre eût immanquablement dû me mettre en caleçon et me trouver soit en contradiction avec moi-même, soit humble et repenti (tâche difficile, qu’on le sache !) devant tant de lumière guérardienne ou barbaresque. Des fâcheux. Et puis quelle prétention ! Foin des importuns ! Je vous donnerai plus loin mes raisons et mes réponses. Il s’agit du Magistère : le sens du mot, et l’autorité indue ou mal ciblée qu’on a tendance à lui accorder en quelques circonstances.
Enfin monseigneur Lefèbvre n’a jamais laissé aucun texte ni aucun sermon qui eût pu laisser l’impression qu’il partageait aucune de ces thèses. Il s’en est nettement désolidarisé dans une lettre à Jean Paul II et il a bien fait. Le reste n’est qu’extrapolation. Les tenants du sédévacantisme excellent à trouver les contradictions là où elles ne sont pas, et cherchent toujours à introduire leur ‘’logique’’ là où rien ne l’appelle. C’est leur vice. Un vice intellectuel, une marotte en un mot, un chapeau à grelots flanquée une moulinette moralisatrice, celle-ci très moderne en l’occurrence. Tout cela se traduit par un excès de logique formelle coupée des réalités - elle n’est pourtant là (organon) que pour servir le réel, pas pour tenir sa place et tourner dans le vide -, et une sorte de structuralisme autarcique, de philosophique analytique ultra-scolastisante à usage ecclésiastique. Ils s’en gargarisent les bougres et croient naïvement que cette coquille vide par ‘’sic et non’’ est la crème de la théologie. On les a traité de fous ? Ce n’est pas gentil. On a eu tort. Il y a pourtant bien un peu de cela : ‘’Le fou est celui qui a tout perdu, sauf la raison’’ disait je ne sais plus qui, Bergson peut-être. Raison raisonnante, toupie libre, et non plus ‘’ratio’’ au service du réel. Pour moi je dirai plutôt qu’ils manquent de cette saveur onctueuse qui emporte l’adhésion du palais : saveur intellectuelle, théologique et spirituelle. Saveur divine. Là, vraiment, on l’espère en vain, ou alors c’est par l’effet un heureux accident, une sorte d’anomalie qui confirme la règle et montre que le Bon Dieu a encore quelque influence sur des cerveaux desséchés et des cœurs durs, en dépit d’une cautèle intrinsèque.
Voici donc le sermon incriminé, prononcé à Ecône en ce jour de Pâques 1986 et son interprétation obvie que je donne sans émois, prêt à toutes les avanies. Nous sommes dans le contexte de l’éventualité des sacres face aux événements ‘’oecuméniques’’ d'Assise :
« Nous nous trouvons vraiment devant un dilemme grave, et excessivement grave qui, je crois, n’a jamais existé dans l’Eglise : que celui qui est assis sur le siège de Pierre participe à des cultes de faux dieux. Je ne pense pas que ce soit jamais arrivé dans l’Eglise. Quelle conclusion devons-nous tirer peut-être dans quelques mois, devant ces actes répétés et communication à de faux cultes ? Je ne le sais pas, je me le demande (Mgr L. évoque ici la possibilité de sacrer, non celle de déclarer urbi et orbi que le pape n’est pas pape, toujours soucieux d’apporter la solution pratique qui dépend de lui face à un quelconque danger. C.Q.F.D.). Mais il est possible que nous soyons dans l’obligation de croire que ce pape n’est pas pape (l’éventualité de ‘’croire’’ n’est pas pour le prudent évêque la décision d’en trancher avec autorité et pour tous, et encore moins de se prononcer avec le pouvoir judicatif qui n’appartient à personne concernant Pierre). Car il semble à première vue, je ne voudrais pas encore le dire d’une manière solennelle et formelle, mais il semble à première vue qu’il soit impossible qu’un pape soit hérétique publiquement et formellement (hypothèse théologique en effet soulevée par plus d’un théologien au cours de l’histoire. Sous entendu : « et qu’on doive ‘’croire’’ qu’il n’est pas pape »). Notre Seigneur lui a promis d’être avec lui, de garder sa Foi, de le garder dans la Foi. Comment celui auquel Notre Seigneur a promis de le garder dans la foi définitivement, sans qu’il puisse errer dans la foi, peut-il en même temps être hérétique publiquement (car Assise est un acte publique) et quasi apostasier... ? (La question est en effet posée, comme une possibilité improbable et néanmoins soulevée par un fait très grave, question non résolue ici) Voilà le problème (la question posée qui laisse perplexe) qui nous concerne tous, qui ne me concerne pas moi seulement (moi qui ne l’ai pas résolue ici). »
C’est en effet un ‘’vrai problème’’ qu’un pape divisé en lui-même, phénoménologue habité par l’erreur libérale, celle-ci susceptible de cohabiter alors avec la foi du charbonnier d’un vrai polonais, tenace et volontaire. Cela se voit un peu partout dans d’innombrables cercles catholiques : un terreau intellectuel problématique où l’ivraie côtoie le bon grain. On peut avancer sans grand risquer de se tromper lourdement que les papes autrefois étaient mieux formés à la source, ou moins encombrés de considérations hétérodoxes. Cela occasionnait moins de retard, de traverses inutiles, bizarres ou dangereuses lorsqu’à travers eux, la vérité devait être affirmée. Ce qui n’arrive aujourd’hui que par un effet de surprise au détours d’un discours, d’un document ou d’un acte qui se voient à nouveau contredits, à la page ou dans le document suivant, par quelque considération psycho-sociologique immanentiste : celles d’un moderniste. Il s’agit bien dans ce sermon de Paques 1986 d’un ‘’status quaestionis’’, d’un alarmant état de la question, non d’un jugement définitif et encore moins d’une sentence exécutoire susceptible d’obliger les consciences et que l’évêque écarte d’emblée. Mais le bilan établi ce jour là obligeait l’évêque à envisager de poser l’acte pratique d’une survie qui ne manquerait pas d’être d’une grande portée pour la suite et contraindrait un jour Rome à une approche différente des problèmes qui se posent à l’intérieur de la ‘’barque de Pierre à la dérive’’ (BenoitXVI).

LE CŒUR DU SUJET : C’EST L’ATTITUDE A L’EGARD DU MAGISTERE.

Vous pensez bien, cher Petrus, que j’ai réfléchi à ce ‘’vrai problème’’ de mon côté. Si au départ une sorte d’instinct me guidait, j’ai accordé d’abord ma confiance à des auteurs qualifiés dont la sagesse n’était plus à prouver, théologiens ou laïcs cultivés. Puis quelques intuitions et aperçus me sont venus. Mais je n’ai pas tout trouvé tout seul : il est des rencontres, des échanges, des textes, des analyses avec lesquelles on se sent soudain en accord et qui à force de se recouper et de s’harmoniser, emportent l’adhésion et tranquillisent l’âme, pour peu qu’elle ait été vraiment inquiète. J’ai agi là comme je le fais lorsqu’un passage de l’Ecriture me paraît obscur ou que je n’y comprends que pouic. J’attends. Mais l’Ecriture est éminemment intelligible. Elle suscite le respect et on ne saurait en dire autant d’une thèse vaseuse : elle suscite plutôt la perplexité. J’attends donc, sans contention, et un matin au lever, ou déambulant au marché de la ville, ou tandis que je manie les casseroles et l’allume gaz, ça vient. D’un coup. D’un bloc. Nous devons tous patienter avec nos propres incapacités, surtout quand les informations se pressent et s’entremêlent par trop, ou que la fatigue, une sorte d’impuissance nous rend idiot, voire inapte : le Bon Dieu ne nous lâche pas pour autant. Mais ensuite, ce qui est acquis lorsque l’âme est en paix, il n’y faut jamais revenir, suivant en cela la consigne de St Ignace, aussi modeste ignacien qu’on puisse être par ailleurs.
D’ailleurs le grand Ignace n’est pas ignacien mais tellement plus encore. Saint Thomas itou : il n’est pas plus thomiste que la grande Thérèse n’est thérésienne ou que monseigneur Lefèbvre n’est lefébvriste. Ces ‘’machins’’ tout cuits m’ont toujours laissé sur ma faim et passablement irrité le système physio-moteur : c’est l’esprit, le cœur, l’intention, la démarche suivie qui importent. Là, il n’est pas d’intermédiaire patenté qui tienne, sauf à ramener à la source de l’auteurs et s’écarter gentiment une fois le travail accompli comme savent le faire les vrais maîtres. La fréquentation un temps assidue du R.P. Marie-Dominique Philippe O.P. et l’étude filiale du R.P. Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus O.C.D., les rencontres avec les R.P. Philippe de la Trinité O.C.D., Joseph de Sainte Marie O.C.D, Philibert de Saint Didier O.F.Cap. ont été, pour moi et sous cet angle, libératrices. Egalement monseigneur Lefèbvre. Chacun d’eux - et tous étaient romains - savait avant tout faire part de son émerveillement et cela vous lançait au delà du système vers une rencontre d’esprit à esprit, un contact vivant avec la vérité.

LE MOT ET LA CHOSE : TOUT EST LA !

Eh bien lançons nous et revenons à la réalité au delà des mots, des titres et des spécialistes.
L’ennui avec le Magistère, avec ‘’le mot Magistère’’ cher Petrus, c’est qu’il signifie à lui seul plusieurs réalités. C’est un peu comme les mots ‘’Amour’’, ‘’Intelligence’’ ou ‘’Passion’’. Mais il faut aussi savoir sur quel terrain on se trouve. Ici, avec le terme de ‘’Magistère’’ on est en théologie. L’autorité des mots y est tout autre : elle s’impose avec force. Mais ces mots ne sont cependant pas exempts de quelques erreurs d’appréciation, voire d’une homogénéité encore mal précisée et que les temps et la contradiction invitent à préciser encore.
Ordinairement, les mots sont des conventions qui tentent de traduire au plus près la réalité exprimée. Ils ont une fonction analogique et peuvent pêcher ici quand ils satisfont là. Ils peuvent aussi changer pour la même raison. Ce qui compte, c’est leur capacité à exprimer le réel, telle réalité et ils peuvent changer au fil des siècles ou des générations.
Il en va tout différemment dans l’Eglise. Avec l’Ecriture et avec le dogme, les mots gardent leur sens analogique mais prennent un tour théologal, formel et intentionnel plus intemporel qui les lie à la réalité, mais une réalité divine et reçue de la foi comme on reçoit la becquée. Puis une assimilation dans l’étude, la méditation et la contemplation nous lie à eux. L’autorité se permet d’intervenir pour les fixer parce qu’ils formalisent ce qui est révélé, ce qui vient d’en haut et n’est pas le fruit de l’expérience ni d’un l’état d’âme fugitif.
Ceci, cette espèce de fixisme du vocabulaire, le philosophe ne peut pas l’exiger avec la même autorité. Il ne le doit pas, sous peine de perdre son statut de philosophe pour qui l’expérience de la réalité prime sur le mot, quitte à revenir à lui par la suite. Tandis que dans l’enseignement de la foi, le mot précède la réalité : il la contient comme un trésor, parce qu’elle n’est pas d’abord connue ni expérimentée et que, selon ce que dit saint Paul, il faut d’abord l’entendre pour la croire. Saint Jean de la Croix dit quant-à lui et dans son langage imagé de mystique que les formules dogmatiques sont les surfaces argentées qui contiennent l’or de la substance. L’intelligence se nourrit de l’argent qui est en surface : c’est la formule dogmatique ; et la foi, prolongeant cet acte, pénètre à l’intérieur, touche l’or de la substance qui est la réalité divine. Le mot fixé par l’Eglise contient la réalité divine et s’y rapporte.
Voilà donc une fixation avantageuse pour la sûreté de la foi. Mais la formule délivrée reste toujours analogique et si elle dit réellement la réalité divine, elle ne dit pas le tout de cette réalité mystérieuse ; si ce qu’elle signifie est vrai, elle doit laisser à l’or de la réalité sa part de mystère. Seule la foi y pénètre dans le secret de l’oraison et la familiarité grandissante avec Dieu. La formule devient dès lors un inconvénient quand les mots de la foi, qui restent analogiques, sont cependant reçus par des esprits univoques – (on ne parlera pas ici de l’esprit équivoque du libéral pour qui la formule n’est pas même contraignante) - ou par des esprits par trop habitués et formalistes, toujours soucieux de tout réduire à des schèmes. Ceux là se mêlent vite d’aligner les syllogismes avant même d’avoir cherché à saisir pour eux-mêmes le sens plénier de ce qu’ils ont reçu. Ils théologisent sans avoir assimilé le contenu de la foi de manière intime et avec ce regard globalisant qu’induit la contemplation. Alors ils s’évadent de la réalité divine avec une besace pleine de concepts vers quelque domaine qu’ils croient mieux maîtriser : la logique des concepts, ceux-ci isolés, détachés de leur contenu. On s’en tient au formel, à la surface argentée de la formule en oubliant l’or de la substance.
Le pire reste à venir lorsque la bonne volonté ou que l’esprit chevaleresque s’en mêle : on veut garder les mots pour garder a foi. Avec raison, mais on peut tout aussi bien les garder en les vidant du contenu divin que seule la foi saisit. Ceci tant par négligence et inattention que par abus, malice ou vanité. Alors on campe ! On tient fermement l’angle de tir, on s’y accroche. La peur de s’écarter de la foi en s’écartant du mot est telle qu’on n’en bouge plus, l’escopette à l’épaule et l’œil vissé sur les concepts. Mais sur quoi campe-t-on de la sorte ? Sur les mystères de la foi ? Non : sur l’autorité des mots et sur le conceptualisme alambiqué qu’on s’est forgé à partir d’eux. Et de qui ces mots tiennent-ils leur autorité ? Elle leur vient du Magistère, c’est-à-dire les personnes en charge qui, croit-on, ne peuvent faire autre chose que transmettre le mystère révélé dès lors qu’elles ont ouvert la bouche et prononcé quelques mots sur quelque sujet que ce soit, dès lors aussi qu’on les a soi-même avantageusement archivés dans son tiroir à concepts. L’ennui est que l’effet obtenu est à l’inverse de celui qu’on a d’abord recherché : voulant préserver les mots de la foi à l’aide d’un critère incontournable on les a livré à l’arbitraire d’un Magistère qui prétend n’avoir plus d’autre contrôle que lui-même dans son actualité dite ‘’vivante’’ et se pose en réadaptateur de tout son passé antérieur. Voulant garantir là la gangue conceptuelle de la foi que sont les mots, on les y a livrés à un possible arbitraire qui n’en est plus à ce jour au simple stade de possible mais à celui de la réalité la plus cruelle. Foi convenue. Foi dans les mots. Foi dans les autorités en place qui, en effet, délivrent ordinairement ces mots mais plutôt comme transmetteurs reliés à la Révélation que comme créateurs. Puis, à la longue, Foi exclusive dans les personnes en charge du dit ‘’Magistère’’ quelle qu’en soit la production : un ‘’Magistère créatif’’, une autorité en état d’extatique prosternation devant la conscience, la foi qui lui est immanente, et devant les travaux qu’elle produit par sa bouche sacrée. Aussi peu théologale que possible ce genre de foi verse en dernier lieu dans le culte de la personnalité.
La foi, c’est le pape, génial en toute occasion comme il se doit. Point. S’il change les mots – il le fait en marge de ses prérogatives personnelles et infaillibles tant pour rappeler la foi que pour la définir, et se garde bien d’en user là - et s’il corrompt avec eux le sens de la foi, c’est, pense-t-on, qu’il a ses raisons. N’est-il pas, avec les évêques unis à lui de par le monde, le ‘’Magistère vivant’’. Ou alors, à l’inverse : si cet homme qui occupe le siège de Pierre ne dit point la foi ou ses mots, il n’est pas pape. Il n’est pas le ‘’Magistère’’, mot ici ramené et identifié à la personne d’un pape qui ne peut se dire tel que s’il apparaît à l’évidence qu’il est désireux de procurer le bien de l’Eglise, et ses erreurs prouvent (sic !) qu’il ne veut pas le bien de l’Eglise. Bref il devrait résumer en sa personne et à travers son intention supposée, l’intégralité de la foi. Point.
Exagération ? Erreur d’appréciation ? Il faut bien assigner une cause aux erreurs et je prétends qu’elle est justement cernée ici. Non pas qu’un manque d’esprit d’oraison ait atteint ses sectateurs. On ne saurait le soupçonner chez quiconque, mais il est assurément un tour d’esprit théologique idéalisé, platonicien ou idéologique, en fait abusivement conceptualisé, qui, fort de ses constructions propres, a fini par prendre la pas sur la réalité divine et théologale. Il est incontestable par ailleurs que ‘’la tradition’’ a vu quelques caciques atteints de ce prurit traverser son champ de vision. Il y en eut un fameux, sédévacantiste emblématique et apparitioniste impénitent, que personne ne pouvait plus comprendre lorsqu’il abordait la triangulation de la Trinité (sic) ou qu’ils estimaient que la molécule était la réalité intelligible primitive qui pouvait rendre compte de la substance (matière et forme) – on n’était donc plus dans l’atomisme, mais on restait néanmoins dans un mécanicisme sans unité formelle discernable -, ou qu’il pondait une thèse de mathématique dont il n’était pas sûrs qu’elle pût être comprise par plus de quatre personnes . Pour le coup, on n’est plus ici très éloigné de la gnose quand les constructions d’un esprit hyper-scolastique prennent le pas sur l’exposé tellement plus simple et vivant d’un saint Thomas d’Aquin, d’un saint Augustin ou d’un quelconque Père de l’Eglise.

ET LE MOT ‘’MAGISTERE’’ ?

C’est ici que la question se pose, corroborée par l’expérience (contra factum non fit argumentum) : les mots ne peuvent-ils être un jour triturés, ne peuvent-ils être réduits à l’occasion et ramenés à un sens univoque par ce qui - pour être en effet très personnel - se donnerait les apparences d’un Magistère absolu ? C’est ainsi qu’on vit le ‘’Magistère actuel’’ parler du ‘’Magistère’’ en général et du ‘’magistère vivant’’ en particulier pour les ramener au seul ‘’Magistère actuel’’ entendu comme le pouvoir du pape uni à l’épiscopat du jour en tout ce qu’ils font et disent. Cette unité dite ‘’morale’’ est-elle cependant bien réelle ? Traversée de courants contradictoires est-elle bien ‘’une’’ ? Contredite en maints endroits du globe par nombre des fils de l’Eglise, est-elle si ‘’unanime’’ qu’elle ne se proclame ? Est-ce bien la foi divine qui est ici requise, et, surtout, est-ce bien la foi divine qui est ici transmise ? Enfin – et on y arrive – de quelle autorité mot ‘’Magistère’’ est-il revêtu lorsqu’il se prononce complaisamment sur lui-même avec des termes équivoques, restrictifs et ambigus, fuyant comme la peste toute référence à l’antiquité devenue une tare congénitale quasi imprononçable ? Le mot n’est-il pas détourné de son usage lorsqu’il n’est plus réservé qu’à la désignation des personnes en charge et prétend y contenir le tout de la foi - et le contraire de tout - ? Est-il si incontestable, incontournable, indiscutable là où il prétend être garant là où il ne garantit que les caprices du temps et les états d’âme des personnes un instant revêtues du vocable de ‘’Magistère’’ et comme sacralisée par lui là où elles se refusent à en assumer la puissance dans les formes requises. Il y a bien là un problème et on se rend bien compte que le mot de ‘’magistère’’ ne peut être cantonné là où on voudrait le délimiter : au seul usage des personnes en charge et dans leur prétention à l’universalité. Il y faut d’autres critères que celui là, d’autres références. On y reviendra.

UN NEO-FIDEISME ?

En attendant on s’interdit de réfléchir : on dit le mot ! En l’occurrence le mot ‘’Magistère’’ devient le suprême catalyseur capable de dispenser de toute possibilité de contrôle. Mais c’est user là d’un fidéisme fatal. Fidéiste antithéologal et dont le motif est tout humain, voire infra humain. C’est le ‘’fidéisme romain’’ dénoncé par Louis Salleron, c’est ‘’l’intégrisme de l’autorité’’ toujours stigmatisé par le même et quelle prescience chez cet homme remarquablement intelligent. On comprend la haine viscérale qu’il a suscité dans le marigot du sédévacantisme. Il donnait là un bien mauvais coup de pied dans la fourmilière.
Pan donc ! Un coup de chevrotine pour celui qui réfléchit, qui pose des question comme le fit saint Thomas dans sa Somme, qui use du principe de contradiction et relève des erreurs, des défauts d’appréciation, qui tente de remettre les pendules à l’heure, et, pour ce faire, affronte les autorité, oui ! Or on falsifie bien la pensée de l’Eglise par une sorte d’intégrisme de l’autorité. La pensée de l’Eglise, croit-on, ce sont les autorités, elles seules la délivrent et sont habilitées à le faire : le sensus fidei, le sens commun de la foi, ça n’existe pas : taisez-vous sur les rangs et obéissez. C’est du moins ce qu’on a constamment ressassé à Rome à chaque fois qu’une question était posée, mais aussi au sein de quelques instances de la ‘’Tradition’’.
Et on comprend bien la crainte qui inspire ce néofidéisme. Les mots, les personnes qui les prononcent ont pour mission la plus commune de délivrer la foi, de la traduire de manière ordinaire. S’en écarter reviendrait à prendre de graves risques, voire sombrer dans l’erreur car quand les autorités usent des formules de la foi et à supposer qu’elles le fassent, on n’est plus dans la libre discussion philosophique ou théologique - certes souhaitable pour rechercher les convenances et les harmonies entre les affirmations de la foi -, on est dans l’obligation théologale de la foi. Et pourquoi n’est-on plus dans la libre discussion philosophique, ni même théologique ? Parce que en temps normal la foi parle à travers la voix de Pierre, instrumentale et occasionnelle certes, mais elle passe par lui. Et Pierre est le garant de la foi, qu’elle soit ou non définie. Il a, lui et lui seul, un réel pouvoir sur les mots lorsqu’il définit et fixe la foi ; il est tout autant engagé lui-même et il lie notre foi lorsqu’il rappelle le dépôt et pour peu qu’il le veuille expressément.
Voilà pourquoi quand le sol tremble, infaillibiliser chacune de ses paroles et magnifier chacune de ses directives est extrêmement tentant. Très rassurant. Confortable même, tant sur le plan intellectuel que moral. Un peu comme une norme ultime au delà de laquelle il n’y a plus rien à rechercher. Mais on verra que cette norme ultime existe ailleurs que dans la personne, sa fonction et l’exercice de sa charge. Au dessus.

LES DEMENTIS DE L’HISTOIRE.

Enfin il y a les faits. ‘’Contra factum non fit argumentum’’ : ‘’contre le fait il n’y a pas d’argument’’ avons-nous déjà dit et l’histoire, ses impératifs, ses preuves, ses faits, est là : si d’aventure une nouvelle configuration se présentait ; si d’aventure un pape venait à ‘’manquer au devoir de sa charge’’, comme le dit Cajetan, il faudrait bien y regarder de plus près. Et les faits, malheureusement ils sont là, avec leurs fruits amers ou leur absence de fruit. Il n’est pas un adepte du sédévacantisme pour le nier : des papes ont manqué au devoir de leur charge. Sont-ils pour autant déchus ? Telle est la question.
Il faut bien se résoudre à user là de son intelligence et dégager le sens de ce qu’a dit l’Eglise, redire ce qu’est réellement son ‘’Magistère’’ et échapper aux esprits réducteurs d’où qu’ils viennent. De quel droit prétend-on se servir de son intelligence là où il est question de la foi ? Mais parce que la foi n’a jamais dispensé de se servir de son intelligence. C’est un devoir de s’en servir plus encore qu’un droit. Il lui revient à elle seule de relever les contradictions quand il y en a. Elle est intime à tout acte de foi et à ce titre, c’est à elle d’abord que s’adresse l’autorité quant elle entend obliger la foi. Le pape rappelant la foi ou la définissant sur un point ne s’adresse pas à un milliard d’abrutis, mais à un milliard de personnes à qui il demande d’examiner ce qu’il dit, pourquoi il le dit, et pourquoi il oblige la foi. Le fidèle regarde et s’incline. Il regarde et peut aussi ne pas s’incliner parce que sa foi, la foi de son catéchisme, l’invitera éventuellement à se refuser à un contenu douteux dans son esprit, ou sur ses marges ou dans ses implications. Il peut aussi ne pas s’incliner parce que son intelligence et le sens qu’il a de la foi lui indiqueront une autre anomalie : les titres avec lesquels l’autorité se prononcent ne lui apparaissent pas clairement ni de manière évidente ; il n’y reconnaît pas le pape parlant en tant que pape, mais en tant que docteur privé, en tant qu’amateur de philosophie paradoxale ou que passionné de systèmes ou de pratiques politiques particulières, ‘’démocratiques’’ ou autres.
Il lui paraît dès lors que l’autorité n’est pas engagée d’une part et que, par une sorte de lien fatal, le contenu de ce qui est avancé ne vaut pas plus que ce que vaut une pomme pourrie ou un fruit habité par une encombrante colonie de petits vers. Ca arrive. C’est arrivé. C’est un fait historique. Et on a néanmoins parlé de ‘’Magistère’’ ? Oui ! Les hommes qui l’ont en charge ont en effet parlé et agi, et ils se sont dit le ‘’Magistère authentique’’. C’est ce qui s’est passé pour le ‘’Catéchisme de l’Eglise catholique’’. Dans sa préface il se réclame du ‘’Magistère authentique’’. Encore un autre sens du mot et ça en impose cette fois-ci. Hélas, vu le contenu, vu qu’en dépit de très bons et nombreux passages il trouble encore la foi commune et le catéchisme élémentaire, vu que le relevé de quelques contradictions avec l’enseignement antérieur persiste, on ne peut se dispenser de le vérifier le contenu en référence à l’antique et de chercher du même coup ce qu’on a voulu dire par cet ‘’authentique’’. C’est le moins. En fait on s’aperçoit que cela veut simplement dire que c’est bien l’autorité du jour en tant que telle qui se prononce. Bien. C’est bien peu en matière de garantie théologale, même si la déférence ici et l’attention filiale s’imposent.
On le voit maintenant un peu plus clairement, il est tout à fait possible que l’autorité suprême erre là où elle ne rappelle pas la foi et les moeurs, là où elle ne le fait que prétendument avec des mots sans portée réelle du point de vue de la foi et des moeurs ; même s’ils sont tirés du vocabulaire usuel ou ambiant de l’Eglise ils ne la traduisent pas, et encore moins là où rien n’a été ni défini ni de nature à rappeler la foi constante de l’Eglise. Il est en revanche visible qu’on a usé d’ukases pour imposer une pensée et des choix pastoraux consécutifs jusque là inédits, et en tant que tels douteux. Cela fait beaucoup semble-t-il et l’obéissance ne peut être requise là, pas plus que pour avaliser les multiples directives pratiques qui en découleraient par la suite et iraient dans le même sens, détruisant objectivement la foi et les moeurs.

UN MOT JAMAIS DEFINI ? AU BOULOT MESSIEURS : LA PLACE EST LIBRE.

En cette nouvelle situation, très actuelle, on est obligé de constater que le terme de ‘’Magistère’’, s’il a été abondamment utilisé, n’a lui-même jamais été défini comme tel. On s’en aperçoit parce que les intégristes de l’autorité l’utilisent à tout bout de champ, avec beaucoup de révérence et pas mal de solennité dans l’injonction mais ce n’est dans leur bouche qu’un argument d’autorité pas du tout démonstratif. Si l’on prend le terme même de ‘’Magistère’’ on n’a que des bribes de définition, des usage du mot, des mises en garde, des mises au point partielles, mais de définition qui puisse s’imposer à tous et sans l’ombre d’une discussion, point. On a feint d’avoir cette définition dans une formule tirée du concile dogmatique de Vatican I et qui concernent le ‘’Magistère Ordinaire et Universel’’. Mais ce Concile là, même dogmatique, n’a pas définit le mot. Il en a usé pour dire quelque chose de l’infaillibilité de la foi de l’Eglise, de la Révélation et de sa transmission par le Magistère à travers le temps , qui est le sujet de ce schéma dogmatique (Dei Filius), lequel n’a rien défini là. Ce Concile n’a proprement défini que l’infaillibilité pontificale aux quatre conditions que l’on sait mais dans un tout autre schéma ( Pastor Aeternus), très explicite celui-ci. Ce même Concile ne traite donc qu’occasionnellement du dit ‘’Magistère Ordinaire et Universel’’ et ne le définir aucunement.

LE MAÎTRE (‘’Magister’’), DANS SA FONCTION DE MAÎTRE (‘’Magisterium’’), PRODUIT UN ACTE (encore ‘’Magisterium’’) ET EN LAISSE LE FRUIT (‘’doctrina’’, dit ‘’Magistère’’) A SON TROUPEAU. OUF !

Alors ? Regardons le mot, cher Petrus, puisque nous sommes libres.
On parle du pape en disant : ‘’le Magistère’’. On parle même des évêques en disant : ‘’le Magistère’’. Et non pas tant les papes et les évêques de tous les temps mais les actuels, comme s’ils remplissaient à eux seuls tout ce que peut représenter ‘’le Magistère’’. Voyons ce qu’il en est pour le Pape. Il est le Magistère (sa personne), revêtu des pouvoirs du Magistère (sa fonction) lorsqu’il exerce son Magistère (fonction en acte) là où il expose ou explicite, seul ou avec d’autres sous lui, de façon ordinaire ou extraordinaire le Magistère (dépot ou corpus doctrinal). Ca fait beaucoup de choses pour un seul mot.
Pour le pape, un seul mot : ‘’Magistère’’, et quatre réalités qui sont : sa personne (Magistère), la fonction dont il est revêtu (Magistère), l’acte posé (Magistère), le fruit de cet acte (Magistère) ; pour ce qui est de l’acte posé et de son fruit, il y a là encore toute une graduation dans la manifestation de l’autorité qui s’y est manifestée et dans l’obéissance qu’elle requiert.
Ce qu’il faut observer là, c’est qu’Il en va dans cette analyse qui part des personnes, de leur fonction, de leurs facultés, et de l’acte qu’elles posent, exactement comme il en va en philosophie de la nature lorsqu’elle explicite les actes humains et spécialement la théorie de la connaissance ou encore les opérations transitives qu’elle est à même de poser. On y retrouve le sujet agissant : la personne pensant ou agissant, sa fonction, capacité intellectuelle intime ou capacité de produire quelque chose dans la nature, son opération intellectuelle en acte ou alors le travail productif introduit dans la matière ou même dans la réalité sociale, et le fruit de cette opération : l’oeuvre artistique, morale ou politique ou, ici, le concept, la doctrine. Cette dernière, d’elle-même et par son mode conceptuel et intentionnel, favorise un acte de jugement, le jugement d’existence sur la réalité connue, suivi éventuellement du raisonnement et s’achevant enfin dans un jugement de sagesse. En théologie, le fruit de l’acte magistériel, c’est le dépôt, reçu par l’autorité et transmis par elle. Ce fruit ou dépôt n’est la production ni de la personne, ni de la fonction, ni de l’acte : il est la réalité à transmettre, transmise de fait ou non, sous un mode instrumental et sous certaines conditions multiples et variées, les unes définies, les autres usuelles. Quel vaste champ pour un seul mot !

L’INFAILLIBILITE A-T-ELLE DEUX SIEGES ?

Relisez maintenant, cher Petrus, tous les textes que vous avez cités comme obligeant à la soumission au Magistère et qui vous semblent obvies. Il faut obéir au Magistère disent-ils. C’est écrit. C’est grave. Si on s’écarte de là, on est schismatique ou hérétique. En effet, mais posez vous la question : ces textes extraits de Vatican I, et qui font en effet partie d’un Concile doctrinal, sont-ils eux même définis ? Sont-ils sous la rubrique de la définition de l’infaillibilité pontificale (Pastor aeternus) ou sous la rubrique d’un autre document, traitant plus généralement de l’Eglise et de son dépôt (Dei Filius). Ce dernier document, dogmatique en effet, prend-il soin de définir quoi que ce soit concernant l’infaillibilité ? Il ne parle que de l’infaillibilité de la foi, et partant de l’Eglise lorsqu’elle relie à la Révélation à travers les personnes et dans leur enseignement universel, c’est-à-dire constant. Elle est évoquée, cette infaillibilité, pour qualifier : ‘’Le Magistère Ordinaire et Universel’’, en réalité la doctrine constante à travers les siècles et au moyen des instruments unanimes en cela. Aucune définition cependant. Elle est laissée à l’interprétation des théologiens. Les plus prudents (et la Congrégation de la Doctrine de la Foi sous la plume de l’actuel cardinal Bertoli) voient dans le mot ‘’universel’’ non seulement l’universalité dans l’espace, mais l’universalité dans le temps (‘’diachronique’’ dit le document). Là, oui, ce Magistère est infaillible, mais de l’infaillibilité de l’Eglise : il n’est autre chose que le dépôt transmis continûment et certes à travers ses instruments innombrables et unanimes, dépôt identique et homogène au cours de l’histoire où ne figurent ni les scories d’un enseignement éventuellement défectueux ni les fâcheux qui les ont propagées : il s’agit de l’unité de la foi à travers les siècles.
Peut-on alors extraire de ce document cette simple formule pour la considérer comme infailliblement définie et, pire encore, comme étant de nature à définir elle-même un autre mode de l’infaillibilité que celui du pape qui vient d’être défini, et, il faut le dire, totalement inédit jusque là dans la Tradition. Et peut-on la faire figurer dans les règles de l’art au côté de l’autre document qui traite de l’infaillibilité du pape, proprement définitoire celui-là ? Il y aurait alors dans l’Eglise deux instances infaillibles, deux sièges de l’infaillibilité, et toutes deux définies ? Mais alors à quoi sert celle du Pape, si les évêques en réunion dans l’espace (‘’unanimité morale actuelle’’ dit l’ineffable frère Basile) en possèdent une quelconque autre, hors de lui ou en partage avec lui ? Journet dit qu’ils ne l’ont pas personnellement ni en corps collégial, que seul le pape la possède et eux par participation et sous lui, quand il définit et s’il veut les convier à se joindre à lui tandis qu’il parle comme Pasteur unique et du haut de la chaire de Pierre. Il n’y a pas d’infaillibilité épiscopale, pas même collégiale, et encore moins sous la rubrique de l’unanimité morale actuelle, et pas plus si le pape la partage avec eux en dehors de son charisme personnel et de son pouvoir de définir. Point. Ca, c’est le catoche ! Ce qui laisse à penser les éventuelles marges de l’erreur qu’il peut y avoir dans l’ordre pratique et pastoral, y compris l’enseignement et les directives de la sanctification, sans que les fonctions n’en soient atteintes en elles-mêmes, là où aucun ne consent à user de son charisme propre, jouant les apprentis sorcier avec un balais dont ils méconnaissent dramatiquement et coupablement la formule qui le fait obéir.
La formule ‘’Magistère Ordinaire et Universel’’, le M.O.U. peut-elle en conséquence être explicité ? Certes, elle le peut. Elle l’a été jusqu’ici de manière très conventionnelle en temps de paix et pour rappeler où est l’autorité des personnes. C’est gentil, c’est toujours bon a rappeler. L’unanimité faussement invoquée au secours de cette seule interprétation n’est cependant pas faite entre tous les commentateurs. Et puis une explicitation convenue, voire faite à la sauvette au détours d’un manuel ou d’un article suffit-elle en temps de crise, voire en temps ‘’d’apostasie immanente’’ (Paul VI) et n’oblige-t-elle pas à un approfondissement supplémentaire comme l’ont d’abord fait instinctivement pas mal de clercs et de fidèles, puis de manière plus explicite quelques autres, plus avertis et la puce à l’oreille.
Enfin, cher Petrus, de quel ‘’Magistère’’ traitent-ils, les textes qui vous ont sauté aux yeux ? De la personne ? De la fonction ? De l’acte posé ? Ou du dépôt reçu et transmis par tous les papes et tous les évêques au cours de l’histoire ? Quelle est alors l’obéissance qu’ils requièrent et sous quelles conditions. Relisez et vérifiez à chaque fois que le mot tombe s’il s’agit des personnes en charge ou bien du dépôt qu’elles ont la charge de transmettre ; et si ce sont bien les personnes qui sont évoquées, recherchez et voyez où, quand et à quelles conditions elles mettent en cause leur autorité, ce que ces documents que vous citez n’explicitent pas nécessairement. Il faut bien le faire pour eux.
Au travail, cher Petrus, si le temps vous en est accordé. Quelques pistes : Joseph de Sainte Marie (‘’L’Eucharistie Salut du monde’’, la conclusion, un bijou), Arnaud de Lassus sur la question du Magistère et l’abbé Duport dont monsieur de Lassus se prépare à réunir et se fera un plaisir et un devoir de nous fournir un jour la teneur. Eux-mêmes s’appuient sur les anciens. Il y a déjà là de quoi ruminer dur. Et vous verrez peu à peu la lumière se faire tranquillement, sans trouble et sans que vous ayez rien à renier de vos convictions ni de vos scrupules à l’exactitude. Le Magistère c’est d’abord et avant tout le dépôt, le corpus doctrinal qui relie à la Révélation. Les autres sens, pour importants qu’ils soient, relèvent de l’instrumentalité, c’est-à-dire du pouvoir exercé sur ce dépôt avec ses règles ordinaires ou définitoires, ses failles et ses insuffisances. Ces autres sens, instrumentaux, du mot Magistère affectent trois réalités : la personne, la fonction et l’opération. Ils se rapportent à la fonction instrumentale de la personne et à son exercice quand il y a exercice, et non à la chose transmise qui est le fruit de l’acte magistériel. Ce qui revient à dire que la personne, sa fonction et son acte ne s’identifient avec le corps doctrinal et ne se relient à la Révélation que lorsqu’ils les délivrent ex officio, dans les règles en usage, de façon explicite et coutumière, avec l’insistance qui la caractérise. Dans ce cas, oui, il est merveilleux et consolant pour la foi de constater que les personnes en charge sont alors comme investies de la réalité qu’elles transmettent et pour laquelle elles ont été instituées. Là, oui, et là seulement la personne, la fonction et l’acte posé sont ‘’LE’’ Magistère, lui même référé à la Révélation qui ne peut être que rappelée dans le dépôt à nouveau délivré.

ET L’HISTOIRE ?

Hélas, ce qu’on attend là des personnes en charge, elles peuvent ne pas le faire. Elles peuvent mal le faire. Elles peuvent y manquer. Elles peuvent ne pas réunir les conditions pour le faire, ni même souhaiter les réunir. Sans cette liaison étroite au dépôt, à la révélation, aux us de l’Eglise, elles ne peuvent obliger la foi du fidèle. Le pape peut agir ou ne pas agir en tant que tel. Sa personne n’est ‘’LE’’ Magistère vivant que si elle se met en situation de le transmettre le dépôt et qu’elle le fait en acte. Ce qui ne veut pas dire qu’en dehors de cette condition le pape n’est pas le pape. Il l’est dans sa personne et à travers la fonction qui a investi sa personne. Il l’est pour remplir cette fonction qu’il ne remplit peut-être pas ici ou là, et il l’est pour mille autres représentations et décisions qui sont de son ressort. Mais il est lui-même tout relatif à ce qu’il transmet dans son enseignement que ce soit sous certaines conditions définies ou usuelles. Norme prochaine de la foi des fidèles, le pape est par excellence le hiérarque est tout entiers relatif à la Révélation à son tour normé par la Révélation. La Révélation est la norme ultime. Il lui est relatif tant dans sa fidélité personnelle que dans son enseignement, mais aussi dans la manière dont il use des prescriptions en usage dans l’Eglise et qui permettent de l’identifier, d’authentifier sa présence et son autorité. Il ne peut se dispenser constamment de ces usages romains et ecclésiastiques sans nuire à sa charge, encore moins lorsque ces conditions ont été divinement explicités : le rappel de la foi d’une part lorsqu’elle est battue en brèche et la définition lorsqu’il faut dirrimer un malentendu. Le pape, personne et fonction, est aussi relatif à l’enseignement divin qu’il transmet dans l’ordre pratique, quand il rappelle et prescrit les préceptes - qui obligent -, et quand il prodigue ses conseils - qui méritent une attentive subordination. Il le fait en conformité avec les exigences de la foi. Là, oui, on peut dire en quelque sorte que le pape résume et synthétise en sa personne les divers sens du mot ‘’Magistère’’ : lorsqu’il colle à la Révélation et à tout ce qui s’y rattache ou en découle.
Enfin il a pu arriver au cours de l’histoire qu’un évêque plus fidèle que les autres se soit montré exemplaire et plus avisé que le Pape ; qu’il lui ait fait remarquer, à lui et à tous ceux qui le suivaient tant par une coupable complaisance aux mêmes erreurs que par convenance mondaine, leur éloignement des exigences de la foi. Il a pu arriver qu’il en fasse la remontrance publique en des circonstances extraordinaires. Rien là que de classique. Rien qui ne soit historiquement observable, donc possible et en tout cas de certain aujourd’hui et par les temps qui courent.

LES TRIBULATIONS D’UNE PETITE PHRASE.

J’ai controversé de mon côté avec le frère Basile O.S.B, du Barroux en me gardant bien de m’appuyer sur les trois mille pages de sa thèse largement influencée par un des gourous du sedevacantisme pur et dur, recyclé par la suite façon ‘’Ecclesia Dei’’. C’était au dessus de mes forces que d’entrer dans ce monument, d’autant qu’après échange de quelques lettres, et dès la deuxième, j’avais compris que tout pouvait aisément tenir en 150 pages, en délayant bien, avec, en annexe, de multiples textes, la plupart sollicités par l’auteur et pas plus probants que cela. La montagne accouchait d’une souris. Et la souris tenait en une phrase que j’avais prise pour base de discussion. Elle était issue d’une correspondance privée et résumait à elle seule la thèse. Du moins le pensais-je tout de suite. Mais c’est la pertinacité déployée par le frère Basile pour défendre bec et ongle sa petite phrase qui acheva de me persuader que j’avais tapé juste et là où ça fait mal. Figurez-vous, cher Petrus qu’il alla jusqu’à me menacer de l’enfer (mais oui !) si je persistais à manifester mon désaccord avec ce petit bout de phrase, manifestant là une coupable indépendance d’esprit. Il y a, comme cela, de bons moments où l’on sent qu’on a eu la main heureuse. Allez, je vous la livre cette petite phrase :
‘’Vous errez en affirmant que le Magistère n’est universel QUE s’il est constant. Tel n’a jamais été l’enseignement de l’Eglise sur son propre magistère universel ( ‘’de l’Eglise’’, fichtre, et où cela ?). Vous avez en revanche raison d’affirmer qu’une simple majorité actuelle ne suffit pas. Il faut en effet une unanimité morale actuelle pour constituer un magistère universel (mais elle n’existe pas absolument cette unanimité, ni hier ni aujourd’hui et qu’est-elle si elle n’est une majorité, ce qui ne signifie pas la moitié plus un, ni même les deux tiers. Enfin elle peut être quasi unanimement dans l’erreur comme au temps de l’arianisme). Evidemment aussi, s’il s’y ajoute la constance, la Tradition vient « en renfort » du magistère (quel mépris !). Mais (et voilà le petit bout de phrase qui est censé tuer) l’universalité dans le temps, si elle est suffisante, n’est pas nécessaire. »
C’est n’importe quoi, mais ça en jette : « en renfort », « suffisante », « pas nécessaire » , autrement dit la constance n’est rien du tout et l’actualité suffit pour faire un Magistère incontournable. Le moine théseux oublie que la constance a pu n’être soutenue à certaine époque que par deux ou trois évêques avec, il est vrai, le concours de la foi commune des fidèles, plus ancrée qu’on ne le pense. Ainsi l’actualité serait à elle-même sa propre règle, ce qui est parfaitement subversif. Elle ne constitue en réalité qu’une coutume, celle de l’erreur si la constance de la vérité n’y est pas, et ne saurait constituer la tradition : «Consuetudo sine veritate vetustas erroris est » : « sans la vérité, la coutume n’est que la vieillesse de l’erreur » (Saint Cyprien). Le reste des réponses du frère Basile est à l’avenant, une suite de procès d’intentions, un jeu de portes dérobées comme dans un vaudeville à partir d’erreurs supposées et jamais avancées par moi, ceci évidemment pour mieux éviter d’avoir à répondre in vivo. Le malaise y est constant.

L’INSOUTENABLE LEGERETE DE L’ ‘’ETRE SEDEVACANTISTE’’.

Voilà une légèreté qui est bien le socle commun des deux erreurs dialectiquement opposées que sont le modernisme et le sedevacantisme. Il s’agit de leur conception de l’autorité. Elle est la même chez les deux. Ils se sont d’abord tapés dessus en son nom. En son nom ils se sont réconciliés. Sur le dos de monseigneur Lefèbvre et de lui seul. Faisant mine de compter pour insignifiante sa réaction de santé, écartant d’un haussement d’épaule les objections qui leur ont déjà été faites par le passé et sans jamais les réfuter. Ce sont leurs thèses à eux, alambiquées et insaisissables qu’il faut d’abord réfuter et voilà tout ! Mais c’est fait, et sans en passer par leurs prémisses ! On attend ! Silence total aussi sur l’ouvrage de Arnaldo Xavier da Silveira : ‘’La Nouvelle Messe de Paul VI : qu’en penser’’ (D.P.F. 1975) qui, dans sa deuxième partie et sur 140 pages d’une typographie fine traite de ‘’L’hypothèse théologique d’un pape hérétique’’. A lire : remarquablement mené et convainquant. Evidemment, ça ne fait pas 3OOO pages. On se contente donc de faire la fine bouche avec un air entendu.
De réfutation argumentée cependant : aucune. On part ailleurs, on fait une thèse, on sollicite d’autres sources qu’on présente comme des oracles et qu’il faudrait prendre la peine de réfuter à nouveau quand il est manifeste qu’elles sont prises à contre sens, revêtues d’une autorité qu’elles n’ont jamais eue dans l’Eglise, tirées à hue et à dia et qui ne prouvent que l’obstination de leur utilisateur à les faire entrer dans le cadre préétabli de la petite phrase avec son ‘’en renfort’’, son ‘’suffisant’’ et son ‘nécessaire’’. Il y a quelque chose de fuyant là dedans. Comme chez les modernistes. Vous les croyez ici ? Erreur, ils sont là ! Vous allez là ? Ils n’y sont plus, ce n’est pas ce qu’ils ont dit, ce n’est pas ce qu’ils ont voulu dire. Et ça n’en finit pas, à se demander s’ils existent réellement.

Comme facteur de confusion assurément, ils existent.

Abbé Claude Prieur, diacre.



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La discussion

images/icones/vatican.gif Réponse (amicale) à Petrus par Abbé Claude Prieur (2005-05-03 13:00:16)
     images/icones/1e.gif "papolâtrie"? par Kamate (2005-05-03 15:29:06)
     images/icones/neutre.gif Bien cher Monsieur l'abbé Prieur (message personn [...] par Petrus (2005-05-03 17:28:20)
         images/icones/bravo.gif Bien cher Petrus par Abbé Prieur (2005-05-03 18:45:01)