Veuillez me pardonner, cher Olo, de répondre avec retard, mais je n'arrive pas à suivre, et l'ensemble des débats est intéressant... aussi, il est difficile de faire face. Enfin, voici mes justifications.
1. L’offertoire du novus ordo missæ est une prière de bénédiction juive. Voici comment s’en réjouit un partisan-expert de la réforme et adversaire de l’offertoire traditionnel :
« Les prières de l’Offertoire qui s’exprimaient trop souvent en des termes d’offrande rendaient difficile la catéchèse de ce moment de la messe et provoquaient des confusions. Il fallait clarifier ce rituel. On le fit. Cependant, pour ne pas l’appauvrir, on a introduit deux prières de type biblique et d’inspiration juive, prières de bénédiction à propos d’aliments dont on remercie le Père. »
Adrien Nocent, osb, professeur au collège Saint-Anselme de Rome, « La Messe avant et après saint Pie V, Beauchesne 1977, pp. 72-73
A cela, je peux ajouter le témoignage d’un ami protestant converti (M. Marco Winckler, requiescat in pace) qui me disait un jour avoir tout de suite reconnu l’offertoire du nouvel ordo : il l’avait entendu comme bénédicité dans sa jeunesse protestante.
2. Les paroles de la consécration. Parmi les différentes versions de l’Évangile, Luther avait choisi celles qui se rapportent à la dernière cène comme acte historique, plutôt que celle qui se réfèrent à l’action opérée hic et nunc sur l’autel. Cela contribue (décisivement ?) à transformer la consécration en narration.
En outre Luther avait supprimé l’incise « mysterium fidei ». Cette omission, qualifiée de sacrilège par un décret du Saint-Office du 24 juillet 1958, se retrouve dix ans plus tard dans la réforme issue de Vatican II.
3. L’offertoire est sacrificiel. Il est, non pas le sacrifice de Jésus-Christ (consommé à la consécration) mais le nôtre : notre sacrifice (subordonné et inachevé) par lequel nous nous immolons à Jésus-Christ pour qu’il nous unisse à son propre sacrifice. C’est ce sacrifice qui rend raison de la Messe en tant qu’accidentellement distincte de la Croix. Il y aurait beaucoup a développer sur cette réalité qui suscitait la haine de Luther, et qui est gommée (au moins partiellement, et donc plus ou moins niée) par le nouveau rite.
Abbé Hervé Belmont
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