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Liberté religieuse par N.M. (2005-05-03 19:06:26) Imprimer

Cher Ion,

Vous n'êtes certainement pas sans ignorer que la condamnation portée par "Quanta cura" visait bel et bien les propositions soutenues par le comte Charles de Montalembert, dans son fameux discours de Malines (ou plutôt ses fameux discours : 20 et 21 août 1863).

Montalembert n'était pas à ce point fou ou libéral pour soutenir quelque liberté que ce soit en faveur de "violateurs" au sens où vous voulez bien l'entendre.

Il s'agissait d'un plaidoyer en faveur du régime de non coaction à l'égard de l'exercice public des cultes, régime considéré par Montalembert comme le meilleur régime. Le modèle proposé par Montalembert n'est autre que la Constitution belge, modèle de libéralisme conservateur, et certainement pas d'anarchie :

"C'est à la Belgique que nous avons emprunté les exemples, les idées, les solutions résumés dans une formule déjà célèbre : l'Eglise libre dans l'Etat libre, et qui, pour nous avoir été dérobée et mise en circulation par un grand coupable [allusion à Lamennais ?] n'en reste pas moins le symbole de nos convictions et de nos espérances."

Discours du 20 août.


"Un catholique qui vient défendre devant une assemblée catholique la liberté des cultes, laquelle n'est autre chose que l'application pratique et sociale de la liberté de conscience, ne saurait être soupçonné de vouloir professer ou défendre la ridicule ou coupable doctrine que toutes les religions sont également vraies et bonnes en elles-mêmes, ou que l'autorité spirituelle n'oblige pas la conscience."

Et après, on voudrait nous faire croire que la liberté religieuse condamnée par Pie IX a été condamnée en tant qu'elle était fondée sur l'indifférentisme !!! Si tel avait été le cas, les thèses de Montalembert n'auraient pas été condamnées.

[Idem, le Lamennais condamné par Grégoire XVI - "Mirari vos" - n'était pas indifférentiste à cette époque-là (août 1832) ; il le devint ultérieurement : les "Paroles d'un croyant" ne sont pas la fameuse campagne de "l'Avenir" !]

"Je ne veux pas être tenu par l'Etat de croire ce qu'il croit vrai, parce que l'Etat n'est pas le juge de la vérité. Cependant, l'Etat, le pouvoir civil et laïque, souverainement incompétent en matière de doctrine religieuse, est tenu de me protéger dans la pratique de la vérité que j'ai choisie, c'est-à-dire dans l'exercice de la religion que je professe, parce que je l'ai trouvée seule vraie et seule supérieure à toutes les autres. C'est là ce qui constitue la liberté religieuse, que l'Etat moderne, l'Etat libre est tenu de respecter et de garantir non seulement à chaque citoyen en particulier, mais aux citoyens réunis pour professer leur culte, c'est-à-dire aux corporations, aux associations, aux Eglises."

"Est-il besoin d'ajouter que la liberté religieuse, telle que je l'invoque, ne saurait être illimitée, pas plus qu'aucune autorité ? La liberté des cultes, comme toutes les autres, doit être contenue par la raison éternelle et la religion naturelle. L'Etat, incompétent, en thèse générale, à juger entre les cultes et les opinions religieuses, demeure juge et compétent (quoique non infaillible) de ce qui importe à la paix publique, aux moeurs publiques. Contre tout ce qui attente à la société civile, il a le droit de la légitime défense."

Et après, on voudrait là encore nous faire croire que la liberté religieuse condamnée par Pie IX a été condamnée en tant qu'elle était "illimitée" !!! Là encore, si tel avait été le cas les thèses de Montalembert n'auraient pas été condamnées.


Retour à Vatican II...

La Lettre-encyclique "Quanta cura" de Pie IX (8 décembre 1864)
condamne la proposition - de Montalembert (cf. le fameux discours de Malines) - selon laquelle :

"la meilleure condition de la société est celle où l'on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par la sanction des peines les violateurs de la religion catholique, si ce n'est dans la mesure où la tranquilité publique le demande."

Dans le seul régime possible absolument - selon Vatican II - à savoir le régime de non-coaction, la puissance publique n'a en aucune façon le droit d'empêcher quelque acte que ce soit, en matière religieuse, à moins que ne soit troublé l'"ordre public juste". Par conséquent, le pouvoir ne doit pas - entre autres - "réprimer par la sanction des peines les violateurs de la religion catholique, si ce n'est dans la mesure où la tranquilité publique le demande." : tel est le seul régime possible absolument.

Or Pie IX affirme que l'on ne peut pas soutenir qu'il s'aggisse là du meilleur régime possible. A fortiori, toujours dans la logique de "Quanta cura", le régime de non-coaction ne peut pas être considéré comme le seul régime possible absolument.


Cordialement

N.M.
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