Chers liseurs,
En rentrant du travail, je m’aperçois que le débat sur le sédévacantisme a déjà ouvert de nombreux fils. Tous sont intéressants, même si nous avons beaucoup de mal, à nous repérer dans les diverses théories concernant la vacance du Siège Apostolique.
J’ai posté pour ma part hier un long message sur les incohérences du sédévacantisme et, hormis l’abbé Zins et Petrus, peu se sont donnés la peine de bien vouloir le commenter. Je m’adresserai donc à ces deux liseurs en priorité en les remerciant d’avance pour leur réponse.
Ce qui me frappe, à la lecture de leurs messages, c’est que l’on substitue une série d’images apocalyptiques à l’argumentation théologique. C’est pourquoi, parce que je crois à la valeur de la discussion scolastique, je leur demanderai à mettre leurs arguments en forme en précisant ce qu’ils concèdent, nient ou distinguent. Le débat, croyez-moi, en gagnera en clarté et en rigueur conceptuelle.
Ma première objection faite au sédévacantisme porte sur l’indéfectibilité de l’Eglise. Mes contradicteurs me répondent que la pérennité du Siège de Pierre n’est valable que jusqu’à la fin des temps et s’appuient pour cela sur un certain nombre de textes scripturaires comme les paroles du Christ dans saint Luc où il est dit : « Quand le Fils de l’Homme reviendra, trouvera-t-il encore la foi sur terre ? » J’ai déjà répondu à cette objection en faisant remarquer que les commentateurs les plus classiques voient dans cette parole du Christ ne concernent pas la foi théologique, mais la confiance en Dieu et par conséquent excluent que cette parole puisse signifier que l’Eglise puisse cesser d’exister un jour. (Voir Salaverri, De Ecclesia Christi, in STS, tome 1, p. 600)
En revanche, il faut affirmer avec force que la pérennité de la hiérarchie de l’Eglise et de du Pontificat est explicitement enseignée dans la Sainte Ecriture, les Pères et le Magistère.
En voici les preuves, mises en forme.
1) De par la volonté du Christ le Papauté est le fondement pérenne de l’Eglise (Mt 16 :18). Or l’Eglise ne peut garder sa pérennité si le fondement de cette pérennité disparaît. Par conséquent, le Papauté dans l’Eglise est nécessairement pérenne.
2) De par la volonté du Christ le Papauté consiste formellement dans le fait de régir le troupeau des fidèles au Christ(Jn 21 : 15-17). Or le troupeau du Christ, qui est l’Eglise durera de façon pérenne (Cor 5, 14) Par conséquent la Papauté dans l’Eglise durera aussi longtemps qu’il y a un troupeau à régir.
3) De par la volonté du Christ, la fin de la Papauté a une fin sociale, à savoir de procurer et de conserver l’unité de l’Eglise : « qu’il y ait un seul troupeau et un seul Pasteur » (Jn 10 :16) . Or cette unité de l’Eglise est par essence même pérenne parce que d’une part elle a fait l’objet d’une prière expresse du Christ (Jn 17 :10-20) et que d’autre part, selon les paroles mêmes du Christ, si l’unité de l’Eglise venait à défaillir, l’Eglise elle-même défaillerait : Mt 12 :25 « Tout royaume divisé contre lui-même court à sa ruine ; et nulle ville, nulle maison, divisée contre elle-même ne saurait de maintenir » . Par conséquent, la Papauté dans l’Eglise sera pérenne.
4) Cette vérité est enfin explicitement enseignée par les Pères et les docteurs de l’Eglise. Qu’il nous suffise de citer ici saint Thomas : « Qu'on ne dise pas que ce pouvoir [d’ordre], donné par le Christ à ses disciples, ne peut être transmis à d'autres. Il leur a été donné pour l'édification de l'Église, selon la parole de l'Apôtre. Ce pouvoir doit donc se perpétuer aussi longtemps que l'Église est en construction, nécessité qui s'étend après la mort des disciples jusqu'à la fin des temps. » (Somme Contre les Gentils IV, 74)
Voici maintenant la preuve que cette vérité essentielle de la Foi est mise à mal par les sédévacantistes :
Le dogme de la pérennité, qui est la durée dans l’existence, concerne aussi bien l’Eglise que la Papauté : tant que durera l’Eglise, la Papauté sera présente. Or, les sédévacantistes, dans la version apocalyptique rapportée ci-dessus, celle de M. l’abbé Zins et de Petrus, affirment non seulement qu’à la fin des temps la Papauté disparaîtra, mais que le trône de Pierre sera usurpé. Par conséquent le sédévacantisme nie la relation nécessaire qui existe entre la perpétuité de l’Eglise et celle de la Papauté. Donc les sédévacantistes nient implicitement un dogme de foi.
Réginald
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