Présentation longue et totalement biaisée ne retenant que ce qui sert ma démonstration :
Ingénieur, 43 ans, Paris, nantais jusqu'à 18 ans, onzième à terminale (67-79) dans une école catholique qui a donné aussi bien Waldeck-Rousseau (loi de 1901, dont on oublie souvent aujourd'hui les motivations anti-cléricales) que l'abbé de la Morandais. Epoque de transition avec encore de nombreux prêtres enseignants (maths, biologie, anglais, musique, latin, français, histoire, géo) mais un catéchisme d'une niaiserie "sixties" désarmante bien qu'animé des meilleures intentions du monde. Première communion printemps 69, 7 ans et demi, ancien rite mais en français (avec un "negro spiritual francisé", grande vogue à l'époque "c'est mon co-o-orps, prenez et mangez, c'est mon san-an-ang, prenez et buvez, car je suis la Vi-i-e..."), messe du chanoine Guiberteau (celui de la manif de 84) qui dirigeait l'autre grande école catho nantaise de garçons et succéda au Supérieur de mon établissement comme secrétaire général de l'enseignement libre, confirmation l'année suivante, profession de foi en 6e printemps 73, et néanmoins, dès la fin 74, treize ans, fin de la pratique, sans hostilité aucune, mais par insatisfaction "métaphysique" et sentiment d'avoir fait le tour des principes moraux évangéliques sans avoir besoin d'aller les écouter à nouveau une fois la semaine.
Bref beaucoup plus le
« ils sont bien braves, mais tout ça, au-delà d'une morale respectable, c'est un peu limité philosophiquement parlant, la réincarnation, ça, c'est une idée intéressante, faut voir, et puis on nous cache des choses, sur la cinquième dimension, le voyage astral, les extra-terrestres (si ça se trouve, Jésus est dans la vingt-cinquième dimension et a été envoyé sur Terre par des êtres plus avancés), sans parler de l'Atlantide, et puis je ne peux plus supporter ces chants affreux des ridicules "messes des jeunes" avec scouts boutonneux, plus vieux que moi mais à l'air niais, qui torturent des guitares qui ne leur ont pas fait de mal. »
que
« le cléricalisme, voilà l'ennemi » ou « Dieu n'existe pas ».
[note : à tous ceux qui se gaussent des "théories du complot", juste une remarque : si on avait sondé en 1960 les Français sur la réincarnation, tout le monde aurait rigolé en disant "c'est des trucs d'hindous, je ne me vois pas en vache sacrée" ; vingt ans après, dès les années 80, des sondages donnaient du 60% ou plus de Français y croyant ; et pourtant, il n'y a eu aucune "promotion officielle", pas de bonze tibétain à la télé : juste, dans la foulée du "Matin des magiciens" de Pauwels/Bergier et de "Planète", profusion dans les années 60/70 dans les librairies des collections "J'ai lu/l'aventure mystérieuse" et autre "Robert Laffont" de couleur noire, notamment avec des panneaux entiers dans les Fnac ; je lisais ces sottises-là à 12/13 ans, sans forcément quand même tout gober, mais "curieux" ; vous croyez au hasard, vous ? C'est typiquement la méthode de Gramsci de "conquête culturelle". Et l'Eglise n'a rien vu au début, il a fallu attendre 2002 et le père Verlinde à Notre-Dame !]
Vingt ans dans le vague, quelques mariages et enterrements dans des églises, quelques prières de mon enfance quand tout allait mal, mais nettement plus tourné vers les préoccupations matérielles que la spiritualité, bien qu'achetant régulièrement diverses sottises en tout genre dans les Fnac rayon "ésotérisme" (oui, oui, je n'ai su qu'après qui avait fondé la Fnac), mais aussi divers philosophes du passé pour combler mes lacunes, jusqu'au jour (25/30 ans ? fin des années 80) où je vois en poche un certain saint Augustin au rayon "philosophie", les Confessions. Je me dis qu'il y a un bug ; pour moi, les "pères de l'Eglise", c'est le rayon 'Bondieuserie pour mémère', pas le rayon Descartes + Leibniz + Kant. J'achète quand même, c'est un poche, c'est pas cher. Et je découvre le livre 11 où il y a des interrogations tout à fait intéressantes sur le temps et l'espace, qui rejoignent d'ailleurs la relativité que j'ai étudiée quelques années avant et dont je n'ai su que plus tard qu'elle était entièrement due à Poincaré. « Mince alors ! Mais qui sont les @%*! qui ne m'ont jamais parlé de ça ?!!! »
Je comble aussi à partir de 1987 et l'arrivée des CD mon retard en musique classique car je ne supportrais plus les 33 tours qui craquaient et j'avais arrêté tout achat de 33 tours classique à faible rapport signal/bruit. J'achète de tout, mais très vite, je me dis qu'il n'y a vraiment rien de plus beau que la musique sacrée. "My sweet Lord" de George Harrison avec ses "Hare Rama" est vraiment battu à plate couture par l'Ave verum Corpus de Mozart (oui, oui, je sais, la Flûte enchantée, c'est maçonnique), le Kyrie de la Messe en si de Bach, et les autres. « Mais franchement, qui sont ces @%*! qui ont remplacé ça par les chants ridicules qu'on entend ici et là ? »
Retour en 1995, motivé principalement par la montée du sentiment de l'emprise de plus en plus forte du mystère d'iniquité, sous la forme du mondialisme débridé sous tous ses aspects, économiques et moraux, depuis 1989. « Il y a de moins en moins de prêtres, de moins en moins de monde dans les églises, tout le monde se moque de ce que dit l'Eglise, qui proteste à peine et fait pourtant toutes les courbettes devant le monde moderne, elle est totalement inoffensive et en voie de disparition, et pourtant on tape de plus en plus dessus, et on ne se moque que d'eux, il y a un bug et une seule explication possible : c'est donc qu'il n'y a qu'une Vraie Religion, que l'Eglise est la seule qui a raison et que tous les autres ont tort, puisque tout va mal. Et tout va mal parce qu'on ne va plus à l'église. D'ailleurs, il y a plusieurs "prophéties/révélations privées" qui semblent accréditer ma thèse ». Je suis comme ça : logique, avec l'esprit de contradiction breton.
Coup de chance, dans mon arrondissement (VII), une belle église avec liturgie très digne, enfants de choeur, encens, grandes orgues, chorale. "Canticorum jubilo" de Haendel, c'est extra. Les souvenirs reviennent : qu'on ne communie pas quand on a vraiment trop fait les 400 coups sans aller voir un prêtre : "Bien voilà, euh, ça fait 20 ans que..." "Ah, très bien !" (il a dix ans de moins que moi, au moins). De temps à autre, de passage à Nantes, ma paroisse d'autrefois ou une autre, et je vois la liturgie, et je me dis "ah oui, c'est vrai, je me rappelle maintenant pourquoi j'étais parti en courant"...
Là-dessus, je cause sur des forums internet comme tout le monde, des malheurs du monde et de ce que devrait faire le gouvernement. 1996, un pape doit venir en France, certains s'indignent "Pie XII, la guerre !", y compris des "modernistes" qui se présentent comme cathos. Hein ? Quoi ? Je n'y connais rien mais je fais un pari : que ce qu'ils disent est faux. Je me renseigne, moteurs de recherche, "Mit brennender Sorge" et autres. Ah ben voilà : j'avais raison. Mais je ne trouve ça qu'en anglais. Il me faut le français. En route vers le quartier Saint-Sulpice. "Non, je ne cherche pas les avis d'Untel ou Untel, je cherche les originaux, mais en français. Ça se trouve où les textes des papes, vous savez les "encycliques", tout ça ?" "Là-bas, dans le bac, au fond". Je trouve. Victoire, je recopie les bons passages. Et pan dans les dents des diablotins des forums. Mais ils y reviennent, les rustres. Je recopie d'autres passages et mes petits doigts fatiguent. Finalement, je vois un scanner en promotion. C'est tout de suite plus rapide. Ils ont d'autres questions pointues sur d'autres points. Je retourne à Saint-Sulpice. J'ai bientôt scanné quinze à trente encycliques du passé qui démentent à chaque fois l'anticlérical de service mais aussi le moderniste en short à guitare de service. Et je ressers les paragraphes qui vont bien. Dans chaque réponse. Je deviens le plus grand dealer francophone d'encycliques et je fais maintenant les libraires d'occasion pour trouver celles qu'on ne trouve pas en neuf, et je me dis qu'un site serait mieux que des copier-coller sur les forums. Je les propose à un jeune prêtre branché parisien de passage sur les forums ; il me dit qu'une commission se réunit pour un éventuel site ; trois mois après, il me dit que la commission s'enlise et qu'il part au-delà du périphérique évangéliser les départements en 9X. Je suis sidéré que personne n'ait encore rien fait en français hormis Vatican II alors qu'on trouve en anglais tous les papes et tous les conciles. J'ouvre donc un site gratuit chez Altern (puis Multimania un an plus tard). Il me faut un titre. Il y a eu la Bonne presse, les Bons livres, et il y a une Bonne nouvelle, qui a même son boulevard : ce sera donc les Bons textes. A peine trois semaines après, un courriel de la Ville éternelle m'invite à continuer. Qu'à cela ne tienne, je mets les conciles, pour faire bonne mesure. Et quand il y a des textes ailleurs, je mets un lien en le disant. Après, le site sera allègrement pillé, mais c'est une autre histoire.
Et donc, après avoir pendant deux bonnes années défendu Pie XII, après avoir trouvé un peu partout toutes les manifestations éclatantes de l'attitude exemplaire de l'Eglise à l'époque, et aussi après avoir démonté dans les mêmes disputes de forums tous les bobards sur l'histoire plus ancienne, qu'est-ce que j'apprends ? Qu'à Rome, "on" envisage de "demander pardon" non pas pour ses propres fautes, mais pour celles faussement attribuées à des morts : d'un seul coup, fausse repentance, fausse conception de la transmission du péché (seul l'originel se transmet, pas l'actuel), accusation des papes et évêques du passé dont ils tiennent pourtant la succession et l'autorité, etc. !
Là, je commence à découvrir un peu plus les "discours critiques", qui jusque-là ne m'avaient pas trop préoccupé. Mais j'ai beau lire les discours habituels (notamment Coomaraswamy sur la messe), je ne parviens pas à la conclusion d'une quelconque invalidité du nouveau rite, même si j'abonde pour dire qu'il déraille souvent en pratique et dans les traductions, mais je ne tiens pas pour valides les comparaisons stériles entre les deux rites latins, avant/après, qui décrètent d'autorité des pétitions de principe non démontrées par la comparaison avec d'autres rites catholiques valides (orientaux). Idem pour les textes de Vatican II (j'y reviendrai ailleurs) ; j'ai en revanche beaucoup plus de mal avec une certaine prose d'après 1978, qui va beaucoup plus loin, et certaines pratiques. Le jour du scandale (12/3/2000), je suis bien content néanmoins de trouver un rite sans prière universelle, en un lieu (ND du Lys) approuvé par l'Ordinaire du lieu, pour ne pas m'associer à l'horreur. Du 12/3/2000 au 2 avril 2005, donc, je suis sédé-dubitatif, sédé-défiant. Après cela, les formules ne sont que des formules ("vrai", "pas vrai", "douteux", "hérétique"). Jean XXII a prêché une fausse théorie sur la vision béatifique (mais a eu le bon goût, devant la levée de boucliers notamment suscitée par Philippe VI réunissant des cardinaux, de "laisser la question ouverte") et son successeur, Benoît (!) XII, après avoir "rendu hommage à son prédécesseur", a promulgué le texte "Benedictus Deus" qui disait rigoureusement le contraire de Jean XXII.
J'ai donc les meilleurs espoirs en voyant Benoît XVI rendre hommage à son prédécesseur. Certes, il n'a pas démissionné avec fracas en mars 2000, mais Benoît XII non plus, et c'est ce qui a permis aux deux de devenir papes...
Au fait, aucun rapport apparent peut-être, mais puisque le Marquis de la Franquerie a bien remarqué les parallélismes entre la "fortune" de l'Eglise et celle de la France, notamment en 1870 : après ce conclave plutôt réjouissant, faisons en sorte que la France se redresse : votons NON ! Et faisons voter NON ! Et emmenons les vieilles dames au bureau de vote en leur disant de voter NON ! Et allons aux dépouillements dans les bureaux pour ne pas laisser faire des bourrages d'urnes. Et distribuons des tracts qui vont bien aux personnes réceptives. Faisons du "marquage à la culotte" (Allez le FCN !) des indécis ! Haut les coeurs !
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