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Réponse à M.G. par Petrus (2005-05-04 08:26:46) Imprimer

Cher MG,

Merci pour votre réponse. Elle vient d’une personne qui semble outragée par mes prises de position… Mais elle est très intéressante, car elle met notamment le doigt sur l’épineux problème de la privation volontaire des sacrements, une privation qui arrive plus ou moins souvent lorsque, comme moi, on est « sédévacantiste complet » et sans concession. Voilà pourquoi je vais vous répondre calmement et, j’en suis désolé, un peu longuement, car c’est un problème très important.

« Ce n'est pas une réponse... ce sont des hypothèses... » écrivez-vous.
Tout d’abord, permettez-moi de vous dire que l’un n’empêche pas l’autre. Une réponse peut être une assertion hypothétique.
J’ajoute que dans ma réponse, qui en contient cinq en vérité, je ne vois qu’une hypothèse. Elle est formulée au sujet de la succession apostolique. Pourquoi suis-je resté dans le domaine de l’hypothèse ? Tout simplement par prudence, parce que je ne connais pas la situation de tous les évêques du monde. J’ignore notamment ce qui peut se passer dans des contrées loin de chez nous…
Vous comprendrez que je suis face à un dilemme : si j’affirme nettement, on me dit : « Vous êtes un orgueilleux » ; si, par prudence, je reste dans le domaine de l’hypothèse (bien que je la qualifie de « très probable »), vous me dites : « Ce n’est pas une réponse ».

Vous poursuivez ainsi : « en fait vous n'êtes pas "sédé" je ne sais pas quoi .... mais protestant ! Vraiment protestant... c'est quand je veux et qui je veux... sera prêtre, évêque, pape ! »
Permettez-moi de vous faire remarquer que, chez les « sédévacantistes », je ne suis ni pour les sacres, ni conclaviste. J’appartiens donc à une branche qui, si la situation reste inchangée, n’aura plus de prêtres dans une génération, puisqu’elle a ni évêques, ni « pape ». Mais la cohérence est à ce prix. Par conséquent, vous vous trompez lorsque vous affirmez que je choisis qui pourrait être prêtre, évêque ou pape. Si c’était le cas, il y a longtemps que j’aurais mon « pape » afin de résoudre les problèmes épineux de la succession apostolique, de l’indéfectibilité de l’Église etc.

Vous ajoutez que ma position est : « Pratique.... même pour la morale.... » ; mais immédiatement après, vous pointez du doigt une difficulté si grande que vous n’osez y penser : « je n'ose imaginer, les âmes privées du sacrement de pénitence, de la Sainte Eucharistie, de l'absence de prêtre (cf. le curé d'Ars). Je n'ose imaginer demander à un prêtre (j'espère en avoir la grâce) présent près de mon lit de mort et moi, moribond, lui demandant de me faire la preuve de la validité de son ordination et lui demandant son "pedigree" de succession apostolique! »
C’est bien la preuve que ma position n’a rien de « pratique », bien au contraire. A l’heure actuelle, elle rend déjà assez difficile l’assistance à la messe (il faut parfois faire plusieurs centaine de km le dimanche…). Dans une génération, si rien ne change, ce sera, pour des gens comme moi, le véritable désert.
Certains saisiront la balle au bond pour dire : « C’est la preuve que votre position est délirante ! » Je sais en effet que la perspective de « désert sacramentel » en paralyse plus d’un. Et je le comprends, car le Saint Curé d’Ars (que vous mentionnez) enseignait : « Il y a deux choses pour faire son salut : la prière et les Sacrements » [Voy. Mgr H. Convert, Catéchismes du Saint Curé d’Ars (Librairie Catholique Emmanuel Vitte, 1940), p. 95.]. En conséquence, dès qu’on aborde le problème de la vacance du Siège apostolique et de toutes ses conséquences, la discussion quitte rapidement le domaine doctrinal et on s’entend répondre : « Soit ! Mais comment allons-nous faire sans les sacrements et les grâces qu’ils procurent ? » Mon expérience m’a montré que beaucoup de gens ont uniquement cette question en tête et que les réponses qu’ils donnent pour adopter une conduite dans la crise actuelle sont bâties pour déboucher sur une solution qui leur donnera accès aux sacrements.

Il va de soi que cette façon d’agir n’est pas la bonne. L’honnêteté intellectuelle consiste tout d’abord à constater les faits (l’incompatibilité de Vatican II avec l’enseignement traditionnel de l’Église…), puis à en tirer les conclusions qui s’imposent (à la lumière des vérités de la foi) ; sans préjugés, sans se dire d’avance : « Je ne dois pas arriver à telle ou telle conclusion ; il existe une limite que je ne dois pas dépasser ».
Le tout est de faire confiance dans le Bon Dieu, en étant persuadé qu’Il « ne demande pas de nous l’impossible ; mais parce qu’Il est juste, Il demande de nous la fidélité dans ce qui est possible » [Voy. Abbé Demaris, Consolations pour les fidèles. En temps de persécutions, de schisme, d’hérésies (éditée vers 1798, rééditée en 1969 par les éd. Beauchêne), p. 6.].
Or, au sujet des sacrements, il faut se dire que si, à l’heure actuelle (ou dans un proche avenir), une terrible disposition de la Providence nous en prive (ou nous en privera), Dieu sait (ou saura) suppléer. Rappelez-vous ce que Dom de Mauléon a écrit à propos des Patriarches :
« Dieu a voulu nous montrer dans les Patriarches, dès les origines du monde, les prodiges que peut réaliser sa grâce, et comment elle a suffi, en plein pays païen, alors qu’il n’y avait sur la terre ni Évangile, ni Église, ni prédications, ni Sacrements, à conduire ceux qui lui furent fidèles, jusqu’aux plus hautes cimes de la sainteté. ». Et de poursuivre ainsi : « C’est un exemple sur lequel tout homme sensé doit réfléchir, pour comprendre que, quelles que soient les conditions dans lesquelles il est appelé à vivre, il peut lui aussi, s’il le veut, s’élever jusqu’à la perfection » [Voy. Dom de Mauléon, Les Patriarches (éd. La Source, 1953), p. 13.].

A ce sujet, souvenons-nous de la tourmente révolutionnaire, en France notamment, à l’heure où, les églises étant occupées par des « intrus » (les assermentés) et le clergé légitime étant persécuté, beaucoup des fidèles n’avaient plus rien. A l’époque, la tentation était grande, pour beaucoup, de recourir aux « intrus », puisqu’ils distribuaient des Sacrements valides (la situation était donc moins grave qu’aujourd’hui). Mais les autorités ont toujours interdit d’agir ainsi. Dans un avis diffusé en 1796, Mgr Jouffroy-Gonssans, Évêque du Mans, déclara :
« Quiconque communique en choses saintes avec les intrus et les usurpateurs se rend complice de leur schisme et se met hors de la voie de salut… » [Cité par l’abbé Zins dans son Catalogue des variations… (éd. Sub Tuum Praesidium, 2001), p. 67, n° 66c.].

Cinq ans auparavant, les Prêtres (insermentés) du diocèse de Mans avaient rappelé les règles suivantes :
« Q. Peut-on faire baptiser des enfants par des prêtres intrus et sermentés ? R. Non, parce que ce serait communiquer et participer au sacrilège. Q. Par qui les Catholiques doivent-ils les faire baptiser ? R. Par des ecclésiastiques ou des laïcs catholiques. Q. Les catholiques peuvent-ils s’adresser aux intrus pour la confession ainsi qu’aux schismatiques ? R. Non, parce qu’ils n’ont point de juridiction et que leurs absolutions sont nulles. […]. Q. Peut-on entendre la Messe d’un prêtre schismatique ? R. Non […] » (Id.).

On le voit, les autorités légitimes étaient intraitables. Mais elles l’étaient parce qu’elles savaient que Dieu n’abandonnerait pas les Catholiques fidèles qui se priveraient volontairement de sacrements. Une petite brochure rédigée à l’époque par un professeur en théologie les encourageait en rappelant :
« n’oubliez pas que Dieu est votre père et que s’il permet que vous soyez privés des médiateurs qu’Il avait établis pour dispenser ses mystères, il ne ferme pas pour cela les canaux de ses grâces et de ses miséricordes. […] la foi nous offre Jésus-Christ, ce médiateur immortel » [Voy. Abbé Demaris, Consolations…, p. 5.].

A ceux qui seraient tentés de lui opposer l’existence de lois ecclésiastiques obligeant a recourir aux Sacrements (en particulier la pénitence), il répondait :
« je dois vous dire qu’il est des circonstances où ces lois n’obligent pas […]. [Ce] sont celles où la volonté de Dieu se manifeste pour opérer notre salut, sans l’intermédiaire des hommes. Dieu n’a besoin que de lui pour nous sauver, quand il le veut » (Id.).
L’auteur se fondait sur les cas des catéchumènes martyrs qui, lors des persécutions, étaient morts sans avoir pu recevoir même le Baptême. Pourtant, ils avaient été sauvés. « D’où il est aisé de conclure que nul sacrement n’est nécessaire dès qu’il est impossible de le recevoir : et cette conclusion est la foi de l’Église » (p. 8).
Dans une lettre écrite de son exil en Basse-Saxe le 6 décembre 1796, Mgr de Marboeuf, Archevêque légitime de Lyon, conforta ainsi ses fidèles :
« Si le malheur des temps vous prive d’assister au Saint Sacrifice de la Messe, ne craignez point et ne vous découragez point pour cela : vous n’y perdrez rien. Dieu verra avec complaisance que, malgré ces privations, vous conservez dans votre cœur la confiance et la fidélité que vous lui devez ; il entendra vos prières domestiques et les vœux que vous formerez pour le rétablissement de son culte ; il en sera touché, et en attendant les moments marqués par sa sagesse pour faire luire sur nous des jours plus sereins, Lui-même vous tiendra lieu de pasteur, de guide et de soutien ; Il répandra dans vos âmes une mesure abondante de grâces, de force, de constance pour vous mettre en état de résister à toutes les tentations de l’ennemi, et, dans le temps de la plus grande disette des secours extérieurs de la religion, Il vous fera recueillir intérieurement des trésors de bénédiction. Demeurez donc sans inquiétude dans la bergerie d’un si bon Maître ; invoquez-Le avec confiance dans toutes vos nécessités et soyez certains que la nourriture spirituelle dont vous pouvez avoir besoin, en telle situation que vous vous trouviez, ne vous manquera jamais. Vous la recevrez immédiatement de la main de Dieu, lorsque le malheur des temps vous privera de l’usage des moyens qu’Il a établis pour être les canaux de sa grâce ».

Dans une petite brochure rédigée à la même époque et déjà citée, l’Abbé Demaris appelait les fidèles à se « confesser à Dieu » :
« Dans une telle confession, bien faite, Dieu lui-même vous absoudra ! […] Voilà ce que, dans l’isolement total où nous sommes, nous devons faire. L’Écriture Sainte nous trace ici nos devoirs. Tout ce qui tient à Dieu est saint : quand nous souffrons pour la vérité, nos souffrances sont celles de Jésus-Christ, qui nous honore d’un caractère particulier de ressemblance avec Lui et sa Croix. Cette grâce est le plus grand bonheur qui puisse arriver à un mortel pendant sa vie. C’est ainsi que dans toutes les positions pénibles qui nous privent des Sacrements, la croix portée chrétiennement est la source de la rémission de nos fautes ; comme, portée autrefois par Jésus-Christ, elle le fut des fautes de tout le genre humain. Douter de cette vérité, c’est faire injure à notre Sauveur crucifié. C’est ne reconnaître pas assez la vertu et le mérite de la croix ! Dites-moi : serait-il possible que le bon larron ait reçu le pardon de ses fautes et que le fidèle qui abandonne tout pour son Dieu n’y reçût pas le pardon des siennes ? […] ». [Voy. Abbé Demaris, Consolations…, op. cit., pp. 12-13.].

Il en est de même pour la Communion. Ceux qui s’appuient sur l’enseignement du Saint Curé d’Ars cité plus haut devraient se souvenir que, dans le même ouvrage, on trouve ce qui suit : « La communion spirituelle fait à l’âme comme un coup de soufflet au feu qui commence à s’éteindre, mais où il y a encore beaucoup de braises : on souffle et le brasier se rallume » [Voy. Mgr Convert, op. cit., p. 63.]. S’appuyant sur le catéchisme de Trente et sur les enseignements de Saint Thomas, l’auteur d’une petite brochure intitulée La Communion Spirituelle a écrit :

« Quand la Communion sacramentelle est impossible, il est une autre manière de communier et de recevoir le fruit même du sacrement, « rem sacramenti », et, avec lui, sinon tous les effets, du moins certainement tous les plus grands : c’est la Communion spirituelle » [Voy. J.-M. Derély, La Communion Spirituelle (s n, 1934, Imprimatur du 26 septembre 1934), p. 7.].
Et de rappeler le cas de la bienheureuse Ida de Louvain, à laquelle Jésus dit : « Appelle-moi et je viendrai ». L’ayant immédiatement appelé, elle se sentit « remplie de bonheur comme si elle avait communié » et entendit le Christ lui dire : « En quelque lieu, en quelque manière qu’il me plaît, je puis, je veux, je sais satisfaire les saintes ardeurs d’une âme qui désire » (Ibid., p. 8).

Voilà pourquoi les prêtres (légitimes) de diocèse du Mans cités plus haut n’hésitaient pas à répondre aux fidèles qui s’interrogeaient sur l’impossibilité de se confesser et d’assister à la Messe : 1°) « [Il faut] Se conserver dans l’état de grâce par la prière et la vigilance et s’exciter à la contrition parfaite dans l’état de confiance que Dieu l’accorde lorsqu’on ne peut se confesser » ; 2°) « [Le dimanche] chacun assemblera sa famille pour y prier en commun à l’exemple des premiers chrétiens »

Vous me répondrez que sous la Révolution, il y avait encore une Église en ordre et qu’en conséquence, même à vue humaine, on avait l’espoir de voir une situation « normale » se rétablir un jour (c’est d’ailleurs ce qui s’est passé avec le Concordat).
C’est exact. Et c’est pourquoi je suis entièrement d’accord avec les « tradis » lorsqu’ils parlent d’une crise sans précédent dans l’histoire. Cette fois, à vue humaine, il n’y a pas d’espoir. Mais c’est là qu’il faut accepter les faits et faire confiance en la Divine Providence. Lorsque Dieu le voudra (s’Il ne veut, si la fin du monde ne vient pas avant), Il rétablira son Église avec ses moyens. Je n’ai pas besoin de La Salette pour en être persuadé, même si le message à Mélanie Calvat me conforte…
Peut-être me direz-vous : et si je meurs avant ? Qu’adviendra-t-il sur mon lit de mort ? Cette question est très légitime, vous la posez et je la pose aussi. Voici ma réponse : il vous adviendra ce qui est arrivé à tous les catholiques morts, par exemple, dans les prisons où aucun prêtre n’était autorisé à entrer. Dieu voyait leur situation, et Il ne les a naturellement pas abandonnés.

Vous terminez en lançant : « Désolé de vous le dire mais vous n'êtes pas catholiques ! Pas du tout ! Et vos argumentations, bien construites mais froides de pseudos intellectuels n'y feront rien ! Vous me faites penser à ses théoriciens staliniens ou nazis ! » Merci de reconnaître que nos arguments sont « bien construites »… C’est au moins ça. Pour le reste ; je n’y vois que des invectives faciles ; y apporter une réponse serait perdre son temps.

En toute amitié.

Petrus.
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La discussion

images/icones/1x.gif Question à Petrus-Succession apostolique par Jean-Paul PARFU (2005-05-03 20:09:36)
     images/icones/1e.gif Je me pose les mêmes questions ! par Jean-Marie D (2005-05-03 20:43:24)
     images/icones/attention.gif Réponse à Jean-Paul par Petrus (2005-05-03 22:11:37)
         images/icones/coeurbrise.gif ce n'est pas une réponse par MG (2005-05-03 23:00:58)
             images/icones/1g.gif Hem ! par N.M. (2005-05-03 23:36:23)
             images/icones/coeur.gif Réponse à M.G. par Petrus (2005-05-04 08:26:46)
                 images/icones/bravo.gif Bien cher Petrus, félicitations ! par Abbé Hervé Belmont (2005-05-04 14:27:23)
                 images/icones/vatican.gif Petrus! par MG (2005-05-04 18:34:36)
         images/icones/1a.gif Mon cher Jean-Marie D par Petrus (2005-05-04 00:00:18)
             images/icones/neutre.gif Cher Petrus, par Jean-Marie D (2005-05-04 10:22:26)