Chaînon manquant : réflexion sur un débat.
Courtoisie et bonne humeur
C’est l’un des enseignements les plus encourageants de ce débat. Des catholiques de tendances parfois diamétralement opposées parviennent à échanger de manière posée, dans la bonne humeur et tenter de comprendre leurs contradicteurs.
Un débat théorique
A mon sens, le débat est resté, jusqu’ici, sur un plan trop théorique, sans grande nouveauté par rapport à l’abondante littérature qui existe sur le sujet des sédévacantismes. S’il révèle une érudition admirable chez certains participants, il me semble qu’il y manque parfois le langage du cœur. J’y reviendrai. Ainsi, des questions pratiques sont restées sans réponse claire, à croire que le sédévacantisme reste une théorie un peu déshumanisée. Les paradoxes, notamment humains, auxquels peuvent conduire les théories sédévacantistes ont ainsi éludés, malgré les questions posées.
Le chaînon manquant
L’une des questions qui n’a pas trouvé de réponse est celle du « quand » et/ou du « comment ». La seule réponse que j’ai pu relever disait, en substance, que … la question ne se posait pas ! A l’instar des théories évolutionistes qui constatent un état présent, l’état humain, un état passé, par exemple l’état végétal, et affirment que pour passer de l’un à l’autre il y a forcément évolution, sans pour autant avoir découvert le ou les chaînons manquants, j’ai l’impression que le sédévacantisme suit la même logique : on constate que Pie XII était Pape, on affirme que le pape actuel n’est pas Pape, mais on n’arrive pas à trouver le chaînon manquant du « comment », du « à quel moment précis », tel Pape a cessé d’être Pape, ou à quel moment du Conclave, les choses ont mal tournées, … Il y avait bien une piste hier, celle du Sirisme, mais, las, le principal intéressé, LHR, nous dit qu’elle ne tient pas.
Le langage du cœur
C’est, après réflexion, ce qui a jusqu’ici le plus manqué dans ce débat. Ceux-là même qui, à juste titre, regrettent la disparition du « mystère » dans les applications les plus courantes de la liturgie réformée, tentent, ici, de décortiquer ce même mystère, arguant, à la virgule près, des textes magistériels, les interprètent à leur manière, et par une logique que je trouve particulièrement froide, aboutissent à des conclusions dont les conséquences sont sans commune mesure, vues avec un peu de recul, avec le problème initialement soulevé. Ainsi, à partir d’une petite phrase, que l’on croit douteuse tirée d’un texte conciliaire sur la liberté religieuse, proposition somme toute assez universellement logique même si controversée, on arrive, de fil en aiguille, à une conclusion sédévacantiste aux conséquences énormes. Ou encore, en partant d’un simple constat sur des prières de l’Offertoire, on aboutit à la conclusion de la quasi disparition de l’Eglise. Où est la révérence vis-à-vis du mystère dans tout cela ? Le mystère de l’Eglise, réalité humaine et divine à la fois ? L’intelligence que Dieu nous a donnée est-elle capable de percer complètement le mystère de l’Eglise ? Je ne crois pas. Admettre parfois notre incapacité à saisir ce mystère, s’abandonner à la confiance et aux paroles du Christ qui ne permettra pas aux portes de l’enfer de vaincre son Eglise, (et ces paroles ont plus d’autorité que ce que nous croyons comprendre de celles qu’auraient pu prononcer n’importe quel Pape, de manière infaillible ou pas), n’est-ce pas la seule voie de salut ?
Ion |