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Réponse à Réginald par Abbé Hervé Belmont (2005-05-04 12:05:54) Imprimer

À jeter un coup d’œil rétrospectif sur les débats qui se déroulent ici depuis 39 heures, il m’apparaît que l’écrit le plus sérieux, le plus complet, le plus pertinent qui ait été opposé au « sédévacantisme » est celui qui a été posté par Réginald dès le début des « hostilités », texte soigneusement préparé (je ne mets rien de péjoratif en cela) et qui n’a peut-être pas assez retenu l’attention.

Voici quelques réflexions qu’il m’inspire. Je les prends à partir de la fin.

Dans le point n°6, Réginald expose la faiblesse du recours aux auteurs classiques qui étudient le cas du Pape hérétique (saint Robert Bellarmin, Cajetan) parce que ces auteurs ne disent pas qu’ils envisagent le cas comme concrètement possible, parce qu’ils n’imaginent pas que toute l’Église adhère aux erreurs professées par lesdits pontifes etc.
Cette objection est classique. Mais ici elle porte à faux, car précisément il ne s’agit pas de discuter une thèse théologique.
Car le « sédévacantisme » ne part pas d’une hypothèse théologique, il ne part pas d’un jugement d’hérésie porté à l’encontre de la personne du Pontife romain ; il part d’un fait.
Ce fait, qui ne se nourrit que de la lumière de la foi, c’est qu’il y a des actes de Paul VI - Jean-Paul II (et Benoît XVI qui professe être en continuité avec eux) qui sont incompatibles avec la possession de l’autorité pontificale. Le point de départ est dans l’exercice même de la foi (et c’est ce qui lui donne sa vigueur et sa nécessité), et non dans l’adhésion à telle ou telle hypothèse théologique, et non dans tel ou tel jugement sur une personne.
Ce n’est que dans un second temps, lorsqu’il s’agit de comprendre, de vérifier la compatibilité avec la doctrine catholique, qu’on se tourne vers les écrits qui traitent de la question.
Aussi les difficultés inhérentes aux thèses théologiques du pape hérétique sont de l’ordre de l’explication. Mais la difficulté de l’explication n’atteint pas la vérité ni la nécessité du fait.

Le point n°5 est d’ordre philosophique, et j’en ai déjà touché un mot dans une réponse à Reginald. Je ne sais d’où celui-ci tire que les sédévacantistes font profession de scotisme. Je ne connais que l’Abbé de Nantes qui revendique ce titre, et il n’est guère sédévacantiste. Enfin, je ne connais pas tout le monde.
Là encore, il ne faut pas nier qu’il y a des difficultés. Mais là encore,il faut bien voir qu’elles ne sont que de l’ordre de l’explication, et qu’elles laissent le fait dans toute sa nécessité de foi. Le « sédévacantisme » n’est pas une recherche théologique ou philosophique, il est une réaction vitale devant des faits qui mettent en péril la foi catholique.

Heureuse idée, dans le n°4, de recourir au cardinal Billot, théologien qu’on surnommait « Thomas redivivus ». Le cardinal rappelle qu’il est nécessaire que le pape auquel toute l’Église adhère soit le vrai Pape. Mais quelle raison théologique donne-t-il à cette nécessité ? « L’adhésion de l’Église à un faux pontife serait la même chose que son adhésion à une fausse règle de foi, puisque le Pape est la règle vivante de la foi que l’Église doit suivre et que, en fait, elle suit toujours ».
Donc adhérer au pape, le reconnaître comme pape, suppose essentiellement la communion dans la foi avec lui : elle n’est pas une adhésion verbale, sociologique. Elle est une réalité surnaturelle intérieure, et visiblement professée comme telle.
Il me semble clair que c’est la minorité qui reconnaissait vraiment Jean-Paul II (et qui maintenant reconnaît Benoît XVI) : les modernistes ne le reconnaissaient pas parce qu’ils ne savent pas ce qu’est un Pape ni ce qu’est la vie théologale ; les « tradis » de tout poil parce qu’ils ont de l’autorité une conception profondément gauchie ; les « saint-pierre » parce qu’ils adhéraient comme « couverture canonique » à leur Jean-Paul II soigneusement sélectionné, tout comme les conciliaires pieux (mais ce n’est pas la même sélection). Jean-Paul II ? c’était chacun le sien ! Chacun faisait abstraction de la « partie gênante » (à son point de vue) : c’était bien pratique (sauf pour demeurer catholique). Car, en vérité, qui donc reconnaissait en Jean-Paul II la règle vivante de la foi, la source de toute juridiction, le principe de l’unité catholique ? Bien peu de monde avait à l’égard de Jean-Paul II l’attitude théologale que les catholiques doivent avoir, et avaient en leur temps à l’égard de Pie XII ou de Benoît VII.
L’argument qui partait de la prémisse : Jean-Paul II ne peut pas ne pas être le vrai Pape, parce que l’Église le reconnaît comme tel était sans portée. Il ne l’était pas d’abord à cause du principe invoqué, mais à cause de l’évanescence du fait allégué. Avec Benoît XVI, nous sommes dans la continuité.
Guy Rouvrais, dans la très intéressante histoire de son abjuration du luthéranisme (Du protestantisme au catholicisme dans la tourmente conciliaire, ed. Sainte-Madeleine) s’interroge en annexe sur le catholicisme du frère de Taizé Max Thurian ordonné prêtre (?) sans conversion, ni abjuration ni profession de foi catholique. Son seul catholicisme a consisté à dire : « Jean-Paul II m’a révélé une image forte du pape qui veille sur l’Église avec courage, confiance, autorité. Bla bla bla... » Voilà la pseudo-adhésion à Jean-Paul II qu’on a exigé de lui pour son ordination : c’est ce qui se pratique maintenant, c’est de la même eau (bien que pour des raisons diverses) que celle des « tradis » (qui au passage détruisait la sainte doctrine sur la primauté, l’infaillibilité et l’autorité du Souverain Pontife).
L’argument de Réginald permet de toucher du doigt la profondeur du mal présent : c’est la règle (prochaine) de la foi qui est absente ; et du coup l’ignorance sur la nature et l’exigence de ladite règle de la foi devient (quasi) universelle.

Ad tertium. Oui, les « sédévacantistes » sont divisés, diversifiés, dispersés, distribués, disparates, disséminés, dissipés. Ils le sont comme des orphelins qui cherchent à comprendre l’absence de leur père, qui s’embrouillent dans les causes supposées, qui ne s’entendent pas sur l’heure de la disparition, qui se séparent sur les mesures immédiates à prendre. Il serait étonnant qu’il puisse en être autrement, puisque le rôle de l’autorité est de faire l’unité.
Dans les sociétés ordinaires, c’est de faire l’unité des volontés en vue du bien commun ; dans l’Église, c’est aussi (et d’abord) de faire l’unité des esprits dans la lumière de la vérité révélée. L’absence d’autorité dans l’Église a des conséquences bien plus graves que dans une société naturelle ; mais elle ne détruit pas l’Église car c’est l’autorité vicaire qui est absente, l’autorité fondamentale étant toujours présente, agissante et immuable : Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est la tête du Corps mystique.
Alors l’absence d’autorité rend inéluctable la division. Mais les « sédévacantistes » n’ont pas le privilège d’être les seuls divisés. Même ceux qui se cachent la tête dans le sable le sont profondément. Et les « sédévacantistes » ont bien entre eux une unité (sinon on ne leur donnerait pas un nom commun) et cette unité est dans l’exercice de la foi : la foi exercée rend impossible d’adhérer à Vatican II et à ceux « qui lui donnent autorité ».

La visibilité de l’Église est le second point de notre ami Réginald. N.M. a déjà bien disserté sur l’affaire. J’ajoute ceci. L’Église est visible parce qu’elle est une société (aussi) humaine ; parce qu’elle est une société hiérarchique ; parce qu’elle est nécessaire au salut des hommes.
Il en est de la visibilité de l’Église comme celle de la divinité de Jésus-Christ : elle ne se manifeste pas toujours de la même manière. Au Thabor ou au Jardin des Oliviers, la divinité de Jésus était visible : au Thabor par l’éclat de la gloire ; au Jardin parce que Jésus ne meurt pas alors que s’il n’avait pas été Dieu il serait mort (mon âme est triste à mourir, dit-il sans la moindre exagération).
De même la visibilité de l’Église dans les catacombes, au deuxième concile de Lyon, au cours du grand schisme ou encore du temps de Pie VI errant par la cruauté de Napoléon, n’est pas la même.
Malgré l’absence d’autorité, l’Église catholique est visible parce qu’elle ne meurt pas (alors que la sueur de sang qu’elle subit devrait humainement la faire mourir et faire que tout le monde s’en désintéresse).
Une société ne devient pas invisible parce qu’elle est en crise, parce qu’il y a défection des chefs et privation d’autorité.
En revanche, si l’on affirme que c’est l’autorité légitime et authentique qui fournit aux fidèles un concile en rupture avec la foi catholique sur plusieurs points graves, qui impose des rites sacramentels qui ne sont ni le fruit ni l’expression de la foi catholique, qui conduit ses membres dans une pastorale a-dogmatique, alors on fait de la visibilité de l’Église une visibilité qui ne la rend plus crédible, qui masque la permanence de la foi et la sainteté de la grâce. C’est encore une visibilité, ce n’est plus celle de l’Église instituée par Jésus-Christ.

La primauté du Pape, la perpétuité du Siège apostolique, la fondation de l’Église sur Pierre et ses successeurs sont des vérités de la foi catholique d’une importance particulière (et accessoirement, sont l’objet du premier point de Réginald).
J’ignore si un lecteur m’aura suivi jusque là –à ce seul titre il mérite mon admiration et ma gratitude que je lui exprime ici-même – mais j’éprouve le besoin de mettre rapidement un terme à cette analyse.
C’est parce qu’il sont de toute leur âme attachés à ces vérités de foi que les « sédévacantistes » ne peuvent reconnaître l’autorité légitime en ceux qui, actuellement et provisoirement, occupent le siège de saint Pierre.
Car pour l’apostolicité de l’Église, il faut et la continuité et l’identité.
Continuité depuis saint Pierre : cette continuité est une chaîne moralement ininterrompue, qui peut être assurée dans des cas de doute, de crise, de vacance prolongée (ou simplement materialiter, disent les cassiciaquistes).
Identité : celle là est absolue ; elle est dans la foi, elle est dans les sacrements. Et c’est là qu’il y a rupture.
Encore une fois, tout état violent entraîne avec lui des difficultés, parfois insolubles, mais qui ne remettent pas en cause le fait. Et le fait est une nécessité de foi, incontournable sans nier telle ou telle vérité que l’Église enseigne constamment, pacifiquement, clairement depuis des siècles.

En tous cas, merci à Réginald de sa très intéressante contribution. Il estimera sans doute que la présente réponse n’est pas à la hauteur. Ce n’est dû qu’à mes propres déficiences.

Abbé Hervé Belmont
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La discussion

images/icones/bravo.gif Réponse à Réginald par Abbé Hervé Belmont (2005-05-04 12:05:54)
     images/icones/neutre.gif oui et non par Abbé Nicolas du Chaxel (2005-05-04 17:54:10)
         images/icones/coeur.gif Je n'ai plus le temps de vous répondre, par Abbé Hervé Belmont (2005-05-04 20:36:48)