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A Jean-Marie D. (motivation des sédévacantistes) par Petrus (2005-05-04 17:29:53) Imprimer

Cher Jean-Marie,

Permettez-moi de répondre à votre post. Je délaisse le début pour porter plus particulièrement mon attention sur les passages relatifs, directement ou non, au sédévacantisme.

Vous écrivez : « Où le délire s'accroît, c'est quand je lis que certains en viennent à douter de la validité de l'ordination des Prêtres de la Sainte Eglise, des Evêques, des Cardinaux, des Papes ».

Vous abordez en cela la question des « sacrements réformés » après Vatican II et vous qualifiez de « délire » les discours qui affirment leur invalidité.
Dans un premier temps, j’appelle votre attention sur le constat dressé par l’ « église catholique libérale » (une église schismatique anglaise). A la fin des années 20, un « évêque » de cette église, Charles W. Leadbeater, a publié un livre très imposant (plusieurs centaines de pages) sur la science des sacrements. Une version française de cet ouvrage a été rééditée en 1978 avec une préface d’un autre « évêque », André Lhote. Celui-ci parle de « changements considérables [qui] sont intervenus [après Vatican II] dans les détails des rituels de plusieurs sacrements […] au risque d’en altérer la validité » (p. 1). Plus loin il écrit : « on a mutilé ces sacrements fondamentaux de l’Église Catholique » (Id.). Puis : « Dans son ouvrage [des années 20], Mgr Leadbeater se félicite de ce que l’Église Romaine ait conservé immuables les rites efficients dont elle avait hérité […]. Mais de nos jours, l’Église de Rome ne mérite plus ces éloges […], [elle] n’a plus cette position d’être le conservatoire des rites qui lui était reconnue dans le passé » (Ibid., p. 2). C’est très sévère, mais c’est incontestablement vrai.

Pour la prêtrise, par exemple. Les novateurs ont agi avec finesse : le ministre, le sujet et la matière sont identiques. Quant à la forme, elle est quasiment identique : la nouvelle prière de consécration diffère de l’ancienne d’un mot seulement (sur les 31 que compte la prière), un petit mot latin de deux lettres : « ut » (« afin que ») qui a été omis. Pas grand-chose, me direz-vous. Matériellement, certes. Mais cette omission est capitale, car elle détruit toute relation causale entre la nouvelle infusion du Saint Esprit et l’obtention de l’office du second mérite en devenant prêtre. Là où l’évêque demandait à Dieu : « Répandez à nouveau dans leur âme l’esprit de sainteté, afin qu’ils [ut] puissent obtenir de vous, ô Dieu, l’office du second mérite [en devant prêtre] », on dit aujourd’hui : « Renouvelle dans leur cœur l’esprit de sainteté, qu’ils reçoivent de toi, Seigneur, la charge de prêtre du second ordre ». Il y a là une ambiguïté, car on peut croire que la prêtrise ne découle pas immédiatement de l’infusion de l’Esprit-Saint. Si l’on ajoute à cela que toute mention explicite au sacrifice propitiatoire de la croix a été supprimée dans le nouveau rite, on en déduit que la prêtrise selon Vatican II ressemble diablement — c’est le mot — à ce que font les protestants. Ce nouveau sacrement est donc invalide.

Peut-être me répondrez-vous que je « pinaille », que je « coupe les cheveux en quatre ». Mais c’est oublier que l’Église accorde une importance primordiale à l’intégrité des sacrements. Dans un ouvrage sur la question, le Chanoine O. Schœllig a écrit : « Le sacrement serait administré invalidement si la forme subissait une altération essentielle, une suppression […] ne permettant plus d’en discerner le sens ou défigurant ce sens » [Voy. O. Schœllig, Les Sacrements (éd. Salvator, 1946), p. 17.]. Plus loin, il précise : « Si la prononciation d’un mot a été dérangée par un accident, comme la toux, il faut prononcer le mot une seconde fois, correctement » (Id.). C’est dire si l’Église est regardante. Or, le 30 novembre 1947, dans la Constitution apostolique Sacramentum Ordinis, Pie XII a déclaré que pour le sacrement de l’ordination au sacerdoce, la paroles « essentielles et partant nécessaire pour la validité » étaient les suivantes (je souligne) : « Da quaesumus […] ; innova in visceribus eius spiritum sanctitatis, ut acceptum a Te, Deus, secondi meriti […] ». Plus loin, Pie XII écrivait : « Nous ordonnons que toutes les prescriptions du Pontifical roman soient religieusement maintenues et observées […]. Nul n’aura le droit d’altérer la présente constitution par Nous donnée ni de s’y opposer par une audace téméraire » [Voy. Mgr Simon Delacroix, Document pontificaux de Sa Sainteté Pie XII (éd. Saint-Augustin, 1961), tome « 1947 », pp. 432-433.]. Bref, plus personne n’avait le droit de changer un mot aux paroles essentielles du sacrement d’Ordre, sous peine de le rendre invalide.

Voilà pourquoi j’estime que le « sacrement réformé » d’ordination des prêtres est invalide (pour ne parler que de lui). Vous pouvez certes refuser d’adhérer à ma conclusion, mais vous ne pouvez pas prétendre que je « délire ».

Vous continuez ainsi : « Ils veulent "tuer" l'Eglise et se proclamer seuls dans la Vérité. L'orgueil est un péché !! »
Vous vous trompez. Au départ, nous nous contentons d’établir des constats ; puis nous allons jusqu’au bout de notre logique, prêts à en accepter les ultimes conséquences (privation volontaire de sacrements partielle ou totale). Nous ne voulons « tuer » personne, bien au contraire. Nous souhaitons éclairer, même si parfois, nous pouvons avoir des mots durs, comme vous en avez d’ailleurs. Quant à éprouver un plaisir orgueilleux à se proclamer « seuls dans la Vérité », si tel était le cas, nous n’essayerions pas de convaincre les autres pour qu’ils nous rejoignent. Nous resterions dans notre tour d’ivoire, satisfaits de nous-mêmes et méprisant tous les autres.

Vous écrivez : « Cependant, je persiste à dire que même s'ils [les intervenants] sortent toute la batterie des Canons de l'Eglise pour contredire les sédévacantistes, c'est peine perdue. Les véritables motivations de ceux-ci ne sont pas dites. Elles sont plus politiques que théologiques. (…) En relisant les écrits de Mgr Lefebvre, j'y trouve une critique de la société où l'Homme a des droits, la liberté de conscience, de culte. La démocratie est l'ennemie mortelle : on s'en doutait. Le Concile Vatican II a reconnu ces droits fondamentaux. Il était temps. Je suis démocrate et catholique. Je remercie le Bon Pape Jean d'avoir convoqué des milliers de cardinaux, évêques, prêtres, laïcs des deux sexes pour la plus grande gloire de Dieu et de son Eglise. »
En ce qui me concerne, vous portez un jugement téméraire. Mes premières motivations sont d’ordre théologique. Sur ce forum, d’ailleurs, je n’ai discuté que de théologie. Prétendre qu’il y aurait des « motivations cachées » est un moyen facile pour éviter la discussion centrale et écarter d’un revers de la manche les arguments des adversaires. C’est la tactique de tous ceux qui, se sachant incapables de répondre, cherchent à discréditer le camp d’en face. Exemple : en 1950, une Commission d’enquête américaine s’adressa à l’ambassade d’URSS pour obtenir des compléments d’informations sur le massacre de Katyn. L’URSS refusa au motif que la culpabilité allemande avait été établie et qu’une nouvelle enquête ne pouvait avoir pour objectif véritable que de réhabiliter les « nazis ». C’était une pitoyable dérobade pour éviter que la culpabilité soviétique n’apparût au grand jour (mais elle apparut tout de même50 ans après)… Je pourrais vous citer bien d’autres exemples.
Allons plus loin. Oui, supposons que les sédévacantistes aient des « motivations cachées ». Supposons que vous puissiez nous fournir des documents qui le démontrent irréfutablement. Cela ne changerait rien au problème : les sédévacantistes portent la discussion sur le terrain théologique, c’est sur ce terrain qu’il faut leur répondre.

Permettez-moi de joindre le geste à la parole. Je vous poserai la même question qu’à Olo :

Dans son encyclique Quanta Cura, Pie IX a dénoncé comme CONTRAIRE à « la doctrine de la Sainte Écriture, de l’Église et des Saint Pères », les deux propositions suivantes :
A) « La meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violateurs de la religion catholique, si ce n’est dans la mesure ou la tranquillité publique le demande ».
B) « La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti dans toute société bien organisée… »

S’adressant à l’Eglise universelle avec toute son autorité apostolique en matière de foi ou de mœurs, l’enseignement de Pie IX était infaillible.

Maintenant, ouvrons Dignitatis Humanae. On lit : « […] le droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine, telle que l’ont fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même ». Et aussi :

A’) « Le Concile de Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part […] de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse, nul ne soit […] empêché d’agir, dans les justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres. »
B’) « Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l’ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu’il constitue un droit civil ».

Question : pouvez-vous me dire en quoi la proposition (A) est différente de (A’) et (B) de (B’) ?

J’attends votre réponse.

Bien à vous.

Petrus.
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