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Réponse au deuxième point, par Abbé Hervé Belmont (2005-05-04 19:33:32) Imprimer

pour vous convaincre de simplisme et de témérité.

Il n’y a pas de liturgie de Jean XXIII comme il y a une liturgie de Paul VI. Jean XXIII a bien fait une réforme du calendrier et une réforme du bréviaire, mais cela ne constitue pas une liturgie à part, d’autant plus qu’en la matière Jean XXIII s’inscrit dans la ligne des réformes inaugurées par Pie XII (23 mars 1955 pour la simplification du calendrier) et étend à toute l’année les principes mis en œuvre par Pie XII pour la semaine sainte. Les réformes de Jean XXIII, c’est un simple fait historique, se rattachent à celles de Pie XII dont elles sont l’achèvement, et non à la révolution de Paul VI-Vatican II. Cela ne veut pas dire qu’il est interdit de les trouver regrettables, brouillonnes, appauvrissantes ; cela ne veut pas dire qu’il est interdit de souhaiter qu’elles soient un jour abolies, non !
On pourrait étudier le cas plus que troublant de Pacem in Terris, mais je n'en ai pas le temps ici.

L’Église catholique est le Corps mystique de Jésus-Christ ; elle est donc une société surnaturelle. Tous ses éléments essentiels relèvent de l’ordre surnaturel : parmi eux, au premier chef, l’autorité.
Notre relation à l’autorité (reconnaissance, soumission) ressortit donc à l’ordre théologal, fondamentalement à l’ordre de la foi. En dehors de cela, aucun point de vue ne saurait être adapté ni légitime. Notre considération de l’autorité et notre attitude à son égard ne doivent être ni idéologiques (selon des réflexes naturels ou des jugements humains) ni sentimentales (selon l’inclination du cœur ou selon des intuitions, révélations ou autres apparitions) mais bien théologales : elles sont partie nécessaire de l’exercice de la vertu de foi, selon la charité qui fait l’unité de l’Église.

Pour en revenir à Jean XXIII, il est indéniable qu’il a été élu Pape et qu’il fut pacifiquement assis sur le trône de Saint Pierre : voilà donc un fait dogmatique, c’est-à-dire un fait qui, bien que n’étant pas révélé, relève tout de même de la lumière de la foi parce qu’il constitue la règle prochaine de cette foi. C’est donc la foi qui m’oblige à reconnaître l’autorité pontificale de Jean XXIII et à m’y soumettre. Une fois le fait de la présence sur le Siège pontifical avéré, la foi oblige à reconnaître l’autorité…
…sauf si elle en empêche – mais elle ne peut réellement et légitimement empêcher que si cet empêchement est connu et établi dans la foi elle-même, si cet empêchement est l’exercice même de la vertu de foi, exercice recevant son objet de l’enseignement de l’Église catholique et guidé par son esprit.

Il n’y a rien de tel dans Jean XXIII. On doit l’affirmer a priori (car il y a toujours préjugé en faveur de l’autorité et de la continuité) et je peux l’affirmer pour avoir consulté tous les actes de Jean XXIII. Parmi eux, il en est sans doute un certain nombre de déplaisants, de regrettables voire d’inquiétants. Mais il n’en est aucun qui empêche l’adhésion de foi, et chacun demeure donc obligé à cette adhésion de foi. Obligé de reconnaître dans la foi l’autorité de Jean XXIII, je suis obligé de m’y soumettre, d’autant plus que je dois alors croire que tout ce qu’il a lié sur la terre est lié dans les cieux. Je dois donc suivre sa réforme liturgique, c’est une exigence d’origine théologale.

Instance : mais justement, c’est cette réforme qui est en cause. Jean XXIII a touché à l’intouchable canon de la Messe en y ajoutant le nom de saint Joseph ; il a donc violé la bulle Quo primum tempore de saint Pie V qui menace de l’indignation des Apôtres saint Pierre et saint Paul quiconque oserait attenter à sa bulle ad perpetuam rei memoriam. En outre, Jean XXIII s’est conformé à certains éléments de ce que Dom Guéranger appelait l’hérésie antiliturgique… Cela n’est-il pas contraire à l’autorité pontificale ?
Non. Le Canon de la Messe est une prière infiniment vénérable, mais il n’est pas hors de l’autorité du souverain Pontife : dans les premiers siècles, certains papes y ont fait des additions. La Bulle de saint Pie V ne saurait lier et anathématiser ses successeurs : saint Pie X a bien réformé en profondeur le bréviaire que saint Pie V avait promulgué par la bulle Quod a nobis, qui a la même solennité et contient les mêmes menaces que la bulle Quo primum. Cette réforme de saint Pie X, d’ailleurs, comporte elle aussi certains éléments énumérés par Dom Guéranger au crédit de l’hérésie antiliturgique… mais pour Dom Guéranger comme pour tout catholique le fondement et l’essentiel de l’hérésie antiliturgique sont de vouloir constituer ou réformer la liturgie en dehors de l’autorité du souverain Pontife ou contre elle. On en revient toujours au problème de l’autorité, à un problème qui n’a sa solution que dans l’ordre théologal.
Certes il est bien douloureux de voir dans la réforme de Jean XXIII un appauvrissement, de constater que les modernistes style Daniélou triomphaient, etc. Mais le regret, mais la douleur, mais l’inquiétude ne légitiment pas la désobéissance à l’autorité souveraine, ni son rejet.
Ce n’est pas par goût, ce n’est pas par choix, ce n’est pas par facilité que je me conforme à la réforme liturgique de Jean XXIII. Au début de ma vie sacerdotale, quand, encore influencé des fausses doctrines apprises au séminaire – malgré que j‘en eusse – j’oubliai ce qui précède et crus pouvoir faire un choix, c’est la liturgie antérieure que j’adoptai. Là aussi, la réflexion me l’a fait abandonner au bout de quelques mois, non sans tourment d’ailleurs.
Voici ma conviction ferme, qui me guide pour ma vie personnelle et pour ce qui relève de ma responsabilité. Mais je n’ai pas l’ombre d’un pouvoir pour l’imposer à quiconque et n’oblige personne à me suivre.
Je peux tout de même (et à l’occasion je m’en sens le devoir) rappeler la nécessité pour chacun de se fonder véritablement sur la doctrine de l’Église, et donc l’obligation de connaître cette doctrine dans son ensemble – et non pas en se limitant à ce qui plaît, à ce qui convient ou ne gène pas. Nous avons une telle obligation envers la vérité, et c’est aussi une élémentaire prudence : si nous professons des principes faux ou approximatifs, ils porteront un jour ou l’autre des fruits amers. Peut-être que pour l’instant nos dispositions, nos vertus ou nos habitudes, les empêchent de produire leurs conséquences désastreuses : mais lors d’un événement grave, lors d’une décision à prendre, ou bien chez ceux à qui nous aurons inculqué ces principes, elles apparaîtront. L’expérience montre que les faux principes sont plus tenaces que les bonnes dispositions, et il faut se prémunir contre notre faiblesse. Plus concrètement, la situation de l’Église peut nous réserver bien des surprises (dans un sens comme dans l’autre) et seule une vue théologale peut faire discerner la vérité et ce que requiert l’appartenance à l’Église.
Cette exigence théologale dans la considération de la situation de l’Église est au fond la même qui, directement, me fait nier l’autorité pontificale de Paul-VI-Jean-Paul-II et, indirectement, adhérer à la thèse dite de Cassissiacum quant au materialiter.

La vie de l’Église, la vie dans l’Église catholique n’est ni doctrinale ni morale, mais théologale (et donc, rassurez-vous ! éminemment – eminenter-formaliter – doctrinale et morale). Mais cette doctrine et cette morale, pour être vraies, justes et fructueuses, doivent être vues et pratiquées par le haut, dans l’ordre théologal.

Abbé Hervé Belmont
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