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Visibilité de l'Eglise par Petrus (2005-05-02 22:53:27) Imprimer

En réponse à l'une des cinq objections du brillant Réginald, je voudrais aborder la question de la visibilité de l'Eglise. Où est actuellement l’Eglise ? Si le pape et les évêques ont défailli, où se trouve l’Eglise visible ?
Convenons que la réponse n’est pas facile. Le livre Petrus es tu? apporte des éléments d'explication assez convaincants. Nous nous permettrons donc de nous en inspirer largement. Il nous semble pertinent, compte tenu de l’éclipse de l’Eglise annoncée par la Sainte Vierge à La Salette, d’affirmer que ce qui reste de visibilité dans l’Eglise doit être recherché dans les membres fidèles qui ont gardé la foi droite. Ce sont eux qui, aujourd’hui, constituent le Corps du Christ. Précisons que ces membres sont aussi les pécheurs mais non pas les schismatiques, les hérétiques et les apostats.
Rappelons que les trois éléments pour reconnaître l’Eglise sont la même foi, les mêmes sacrements et les mêmes Pasteurs. Si avec ces trois éléments on doit reconnaître l’Eglise, où pouvons-nous aujourd’hui les trouver ?
Pour les deux premiers éléments, le problème ne se pose pas. Nécessairement ceux qui, malgré l’apostasie générale, sont restés catholiques ont la même foi et les mêmes sacrements. Le problème à résoudre c’est celui de la soumission, de l’obéissance aux mêmes pasteurs, surtout au pape. Evidemment, on ne peut pas être soumis aux “pasteurs” de l’église conciliaire, parce qu’ils n’ont pas la même foi, ni les mêmes sacrements.

Débarrassons-nous d’abord d’une idée inconsistante : on ne peut pas faire coïncider la visibilité de l’Eglise avec la visibilité du pape, même si ordinairement le pape, chef de l’Eglise, indique la position comme un drapeau sur un château. Dans la situation ordinaire cela est vrai que “Ubi Petrus, ibi Ecclesia”, mais, si, temporairement, Petrus vient à manquer soit par la mort, soit par la folie, soit par la renonciation, soit par l’hérésie comme disent les théologiens, l’Eglise ne disparaît pas puisqu’elle est indéfectible. On ne peut même pas dire qu’elle devient acéphale (sans tête) car son chef invisible, Notre-Seigneur Jésus-Christ ne cesse pas d’exister. Dans les périodes ordinaires de vacance du Siège dues à la mort du pape, l’Eglise continue d’être visible dans sa structure.
Si la visibilité de l’Eglise coïncidait avec la personne du pape et, éventuellement, de sa cour pontificale, que devrions-nous dire de l’époque du grand schisme d’occident quand pour 39 ans, il y a eu jusqu’à trois “papes” visibles, chacun avec sa cour de cardinaux et d’évêques ? L’Eglise était-elle plus visible avec trois “papes” qu’avec un seul ?
Que doit-on dire, au contraire, de l’époque de la persécution de Dioclétien pendant laquelle l’Eglise s’est retrouvée sans pape, entre les années 304 et 308 ou encore de 1268 à 1271, entre le pontificat de Clément IV et du Bienheureux Grégoire X ?
La différence entre ces époques et l’actuelle c’est qu’alors le siège était vacant sans être occupé par qui que ce soit tandis qu’aujourd’hui le siège est également vacant, mais occupé physiquement par un usurpateur. Dans les deux cas le siège existe toujours. Le Siège n’a pas été aboli, il n’a pas disparu. Le siège de Pierre est bien visible, comme il est bien visible que celui qui l’occupe est là pour détruire l’Eglise en faisant des actes que jamais un vrai pape ne pourrait faire.
Prenons le cas, pour mieux comprendre, où le trône d’un royaume quelconque serait occupé par un imposteur, où presque tous les feudataires seraient ses complices, et où, après un certain nombre d’années, le roi légitime arriverait à déposer le tyran. Pourrions-nous dire que ce royaume n’a pas existé, ou n’a pas été visible dans la période d’occupation illégitime du trône ? Certainement non ! Songeons au retour de Richard Coeur de Lion. On peut dire seulement que ce royaume a été occupé pendant plusieurs années.
On pourrait comparer aussi la situation de l’Eglise actuelle à celle de la France à l’époque de sainte Jeanne d’Arc. Alors la France était occupée par les Anglais et personne n’était capable de trouver une solution. Voilà que Dieu suscite une fille de 18 ans, qui se rend devant les grands de France, leur disant qu’il ne fallait pas faire de compromis ni d’accords, mais les incitant à “bouter les Anglais hors de France”, tout simplement. Ils sont tous partis en guerre et, au cri toujours présent, de sainte Jeanne d’Arc : “En avant, en avant”, ont chassé les Anglais. Ainsi grâce à elle la France est demeurée, par la suite, catholique. Or, aujourd’hui, l’Eglise est occupée par les modernistes, les pires ennemis de l’Eglise, donc...

Pour reprendre l’argument, Léon XIII, dans l’encyclique Satis cognitum du 29 juin 1896 (Pie XII dans la suite répétera la même chose dans l’encyclique Mystici Corporis), affirme : “Par le fait même qu’elle est Corps, l’Eglise se discerne avec les yeux”. C’est donc aussi le Corps de l’Eglise et pas seulement le chef, le Souverain Pontife qui est visible. De même que, dans une personne, ce n’est pas seulement la tête qui est visible mais également le corps entier.
Le cardinal Ludovic Billot, un des plus grands théologiens de notre époque, explique : “...En effet, par analogie avec les composés humains, dans l’Eglise nous distinguons le corps et l’âme ; le corps est un organisme social c’est-à-dire un ensemble extérieur de membres semblable au corps physique de l’homme, et l’âme consiste dans le don intérieur de la grâce habituelle c’est-à-dire de la vie surnaturelle”. Ces deux composants constituent l’Eglise vivante. “Ainsi, nous disons que l’Eglise est visible grâce au corps auquel l’âme est unie”.
A ce corps appartient une visibilité considérée sous deux aspects : “…en premier lieu , une visibilité intrinsèque (quoad esse intrinsecum) qui appartient à une structure sociale déterminée laquelle peut être perçue par les sens extérieurs. En second lieu, une visibilité qui dérive de la révélation (quoad esse revelatum) par laquelle ce corps religieux, distinct et individuel, est manifesté moyennant les notes caractéristiques dont elle est décorée. A ce corps la divine révélation attribue le moyen de la vie surnaturelle, avec la promesse de l’assistance perpétuelle pour arriver à la vie éternelle. Cette même visibilité du corps est telle qu’elle rend, d’une certaine manière, l’âme visible” .
Il est donc important de remarquer, selon l’enseignement du cardinal Billot, qu’il doit y avoir aussi une visibilité de l’âme. Cette âme est unie étroitement au corps, en étant la forme de celui-ci. Cette visibilité de l’âme est plus importante que celle du corps, de même que l’âme est plus importante que le corps. Le corps vit de l’âme, la preuve : lorsque l’âme quitte le corps, il se désagrège, c’est la mort.
La simple occupation physique du siège apostolique et des sièges épiscopaux sans l’adhésion publique de ces prélats à l’immuable vérité de la foi ne rend pas visible l’Eglise. De tels hérétiques et apostats ne peuvent pas rendre visible l’Eglise à laquelle ils n’appartiennent pas.
Quel est le but de la visibilité ?
La visibilité de l’âme est encore plus indispensable que celle du corps car, comme le précise le cardinal Billot, l’Eglise doit être “visible pour pouvoir être distinguée des fausses églises, puisque l’Eglise a été fondée afin que les hommes puisse s’agréger à elle”.
Certains oublient trop facilement la raison objective très concrète pour laquelle l’Eglise existe et est visible en corps et âme. Elle ne peut pas être une société uniquement spirituelle ou “pneumatique”, comme l’ont prétendu plusieurs hérétiques déjà condamnés, et comme le prétend encore, si on le remarque bien, l’œcuménisme moderniste.
La raison d’être de l’Eglise, le but auquel elle est ordonnée est le salut des âmes. D’ailleurs, il ne saurait en être autrement puisque, dans l’Eglise, après la plus grand gloire de Dieu, tout est ordonné à cette fin.
Comme est erronée la conception d’une Eglise uniquement spirituelle, de même est erronée la conception d’une Eglise seulement corporelle. Les deux erreurs opposées sont toutes les deux, d’une certaine manière, antichristique ; elles sont la transposition sur le corps mystique de Jésus-Christ d’une même erreur qui sépare en Notre-Seigneur Jésus-Christ l’humanité de la divinité. Certains nient l’humanité, d’autres la divinité.
Une visibilité matérielle, purement corporelle, n’a pas de sens. Bref, des hérétiques ne peuvent pas donner la visibilité à l’Eglise, même s’ils occupent les édifices, s’ils usurpent ses pouvoirs. Cette occupation des lieux assignés à l’Eglise sert aux modernistes pour abuser les fidèles. Ce qui est plutôt visible, pour ceux qui ont encore la foi, c’est le fait que ceux qui occupent Rome ne sont pas des catholiques. Les suivre ne mène pas au salut, mais à la damnation.
Devons-nous dire à quelqu’un qui veut se convertir de suivre cette église conciliaire visible ? Evidemment, non ! Au contraire, nous devons lui dire de ne pas la suivre.
Si cette église conciliaire, que nous avons devant les yeux, était vraiment la Sainte Eglise catholique, la raison principale de la visibilité, le salut des âmes, ne serait pas satisfaite.
En commentant les différents passages évangéliques et particulièrement : “Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne peut pas être cachée sur une montagne”. Mt V, 14, le Cardinal Billot conclut : “Cette visibilité , je dirais, est propre à l’Eglise, non seulement par le fait d’être une société quelconque, mais par le fait qu’elle est la véritable Eglise de Dieu dont la chaire est décorée de tant de signes, afin qu’elle puisse être reconnaissable par tout homme en tant qu’instituée par le Ciel pour enseigner le genre humain à propos de ses fins dernières : la béatitude éternelle” (card. L. Billot S.J., op.cit).
Le D.T.C. T.IV, col.2143, précise :
«Après cette démonstration scripturaire, où la tradition est d’ailleurs solidement représentée par saint Augustin dont les interprétations scripturaires sont souvent citées, Stapleton expose quatre raisons pour lesquelles cette visibilité de l’Eglise doit être manifeste aux yeux de tous :
1) le bien des fidèles qui peuvent ainsi facilement suivre les enseignements de l’Eglise et obéir en toute sécurité à ses préceptes, c. VI, p.45 ;
2) la nécessité pour les fidèles, exposés à perdre la foi, de pouvoir discerner facilement des sectes hérétiques l’Eglise catholique dont la vérité est devenue si resplendissante, pp.45 sq. ;
3) la nécessité, pour les infidèles qui veulent embrasser la foi catholique, de pouvoir aisément reconnaître l’Eglise catholique, pp.46 sq.;
4) enfin la gloire de Jésus-Christ dont le règne sur toute la terre brille ainsi d’un merveilleux éclat, c. VII, pp.49 sq.
Puis, dans le reste de son I, II, l’auteur répond en détail à toutes les objections des hérétiques, empruntées à l’Ancien ou au Nouveau Testament, ou à l’histoire de l’Eglise, et appuyées principalement sur le petit nombre des vrais serviteurs de Dieu, ou sur de prétendues défaillances de l’Eglise au moins dans sa partie visible, particulièrement pendant la tourmente arienne.
Dans ses célèbres Controverses publiées de 1586 à 1593, Bellarmin († 1625) complète la thèse de Stapleton. Son exposé scripturaire, enrichi de quelques textes nouveaux tels que, Super hanc petram ædificabo Ecclesiam meam, Matth., xvi, 18 ; Attendite vobis et universo gregi in quo vos Spiritus Sanctus posuit episcopos regere Ecclesiam Dei, Act., xx, 28, est à la fois plus concis, plus méthodique et plus démonstratif. Il montre particulièrement le fait de la croyance universelle et constante à cette visibilité de l’Eglise, par la nécessité admise dans tous les siècles, sous peine d’exclusion de l’Eglise et de damnation éternelle, d’obéir au chef visible de cette Eglise et aux autres pasteurs légitimes, et en même temps de communiquer extérieurement avec les membres visibles de cette même Eglise. Controv., De Eccl. milit., I. III, c. xi, Lyon, 1601, t.I col. 919 sq. Puis il répond, comme Stapleton, aux diverses objections des protestants, mais d’une manière plus serrée et plus complète. Il montre que l’Eglise, bien qu’elle soit visible, est en même temps objet de la foi, parce que ce que l’on voit d’elle n’est point ce que l’on croit. On voit la société des hommes professant la même foi sous l’autorité des pasteurs légitimes, principalement des pontifes romains, et l’on croit que cette même société, instituée par Jésus-Christ, est la seule véritable Eglise ; vérité en elle-même révélée, et inévidente, à laquelle nous pouvons donc adhérer par l’acte de foi, c. xv, col. 957».

Aucune des quatre raisons énoncées dans le Dictionnaire ne peut être satisfaite par les modernistes. Ceux-là, en effet,
1) conduisent avec leur magistère les fidèles à la perdition,
2) embrassent œcuméniquement toutes sortes d’hérésies et refusent la vérité catholique. De plus, ils empêchent d’arriver à elle et de faire le discernement entre les différentes sectes et la véritable Eglise,
3) confirment les infidèles dans leurs erreurs,
4) diffament Notre-Seigneur Jésus-Christ et son Epouse en l’accusant d’avoir accompli pendant son histoire de nombreuses erreurs. Pour se limiter seulement à Jean-Paul II, il a demandé pardon pour les erreurs de l’Eglise du passé, c’est-à-dire la véritable Eglise, au moins quatre-vingt-treize fois.
Si les éléments qui concourent à déterminer cette visibilité sont justement la foi, les lois, les sacrements, le culte divin et l’autorité légitime, on comprend bien que ces éléments, étant complètement déformés par les modernistes, ne peuvent pas manifester la visibilité de l’Eglise.
Rappelons ce que disait le cardinal Pie, l’un des plus grands apôtres du Christ-Roi, dans une conférence tenue à Nantes le 8 novembre 1859, à propos des conséquences du triomphe de la Révolution : “On ne trouvera quasi plus la foi sur la terre, c’est-à-dire qu’elle aura presque complètement disparu de toutes les institutions terrestres... L’Eglise, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques” (Card. Pie, Oeuvres, Ed. Oudin, 1873, 4. édition, t. 3, p.522).
Lors de la crise arienne, saint Athanase s’était exprimé ainsi : “Ils ont les églises mais nous, nous avons la foi”. Aujourd’hui, si “L’Eglise, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques”, cela signifie que les églises sont occupées par des non-catholiques, exactement comme à l’époque de saint Athanase.
Cette question mériterait encore d'autres développements mais c'est assez pour l'heure.
Petrus.

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