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Témoignage d'un enfant du sérail par Candidus (2005-05-13 01:00:31) Imprimer

Bonjour à tous les liseurs du FC !

Je suis intervenu quelquefois sur le FC l’année dernière –avec un autre pseudo-, puis j’ai décidé de me cantonner dans la lecture assidue du Forum. Le sédévacanthon est pour moi l’occasion de reprendre un rôle plus actif en m’efforçant de partager avec vous le cheminement qui a été le mien et dans lequel le sédévacantisme a joué un très grand rôle.

Pour ne pas vous lasser avec un message trop long, j’ai l’intention d'écrire plusieurs messages pour vous résumer mon odyssée spirituelle et doctrinale. Je sais que le temps qui nous est alloué pour débattre sur le sédévacantisme est très limité, mais je pense que XA ne verra pas d’inconvénient à ce que je poursuive éventuellement mon récit sur le FC. En effet, cela ne contredira pas l’éthique du FC, puisque comme vous le constaterez bientôt, je ne me reconnais plus dans l’analyse sédévacantiste de la crise de l’Eglise(même si cette vision continue à me marquer profondément).

Je suis un jeune quadra qui a rencontré « la Tradition » en 1977 dans une paroisse rurale du sud de la France. Quel choc que ma première messe de St. Pie V ! Ce fut un ravissement ! Quel contraste avec l’indigence liturgique que j’avais subie jusqu’alors sans vraiment en avoir conscience.

La communion à genoux, sur les lèvres. Le soin que prenait le prêtre des objets qui avaient touché le Corps du Seigneur. Le rite de purification du sol lorsqu’une hostie consacrée tombait accidentellement… Mon Dieu quelle différence avec les messes de mon collège durant lesquelles se commettaient d’affreux sacrilèges au moment de la communion !…

Assez rapidement je suis devenu enfant de chœur (ma première messe servie fut celle du dimanche des rameaux 1978), et j’ai gravi les
« échelons », jusqu’à devenir le cérémoniaire en titre de la paroisse.

Le prêtre qui m’avait fait découvrir la Tradition « se convertit » au début des années 80 à la thèse sédévacantiste. Il s’agissait du
« sédévacantisme strict » que soutenait alors l’"Union Pour la Fidélité" dirigée par le Père Barbara, secondé par les abbés Claude Barthe et Vincent Zins.

Au début, je fus très réticent par rapport au sédévacantisme ; puis, l’adolescent influençable que j’étais, finit par adhérer « corps et âme » à cette interprétation de la crise de l’Eglise. Alors, le Père Barbara devint pour moi le Nouvel Athanase.

Il faut dire que le Père Barbara avait une personnalité très forte et très attachante ; tous ceux qui l’ont connu peuvent en témoigner. C était un orateur hors pair. Doté d’un sens de la répartie exceptionnel et d’un humour truculent.

Le pied-noir dans toute sa splendeur et toute sa faconde méditerranéennes.

Je me souviens d’une confidence du Père Dom Gérard qui me confia un jour que les deux meilleurs orateurs de «la Tradition », toutes chapelles confondues, étaient le Père Barbara et l’abbé de Nantes…

Pour tous ceux qui n’ont pas connu cette époque, il faut préciser que la position que défendait l’Union pour la Fidélité avait une particularité : la position lefebvriste était certes vouée aux gémonies, mais le « guérardisme » était encore plus sévèrement condamné.

Le guérardisme (alias la thèse de Cassiciacum) prônait la distinction entre le pape materialiter et le pape formaliter :
« JP II » était pape « materialiter », sans l’être « formaliter ».

En d’autres mots, il n’était qu’une enveloppe de pape, dépourvue de toute autorité sur l’Eglise. Un pape en puissance mais pas en acte, etc.

Foin de cette distinction sophistique pour l’Union pour la Fidélité ! La position défendue était la suivante :

Comme Paul VI hier, JP II enseigne aujourd’hui des hérésies selon un mode qui devrait entraîner l’infaillibilité s’il était réellement le Vicaire de Jésus Christ.

Donc, de deux choses l’une :

1- Jésus Christ nous a menti, et donc Il n’est pas Dieu, et donc notre espérance est vaine : affreux blasphème !

2- Jésus Christ est Dieu, Sa parole est vérité, et donc celui qui enseigne les hérésies de Vatican II manifeste par le fait même qu’il n’a soit jamais détenu le souverain pontificat parce qu’il était déjà hérétique lors de son élection, soit qu’il l’a perdu après son élection par le crime d’hérésie (la question n’était pas tranchée).

Parallèlement à la question du pape, l’Union pour la Fidélité et sa revue Fort dans la Foi, se distinguait des autres courants de la Tradition par sa position sur la nouvelle messe. Son invalidité intrinsèque était affirmée.

Quelle que fût la foi du célébrant, la nouvelle messe était invalide pour une raison très simple : le rite comportait une contre-intention.

Voici quel était le raisonnement :

Majeure : Léon XIII a défini infailliblement (au sujet du rite d’ordination anglicane) qu’un rite qui n’exprimerait plus les grâces que le sacrement est censé conférer, était invalide.

Mineure : Pour plaire aux protestants on a évacué du rite de la messe le caractère de sacrifice propitiatoire (entre autres choses).

Conclusion : La nouvelle messe est invalide.

Mutatis mutandis, le même raisonnement était tenu au sujet des nouveaux rites d’ordination.

Maintenant quel était l’horizon des fidèles de l’Union pour la Fidélité ? Quelle était notre espérance ? Qu’attendions-nous ?

C’était très simple : Mgr Lefebvre avait failli, et à moins d’un miracle, on ne devait plus espérer qu’il proclamât la vacance du siège apostolique. Cependant, l’Eglise avait les paroles de la vie éternelle, et nous étions donc dans l’obligation de croire que, quelque part, se cachai(en)t un ou des évêques encore catholiques
(« la mèche qui fume encore » dixit le P. Barbara) et qu’un jour viendrait où cet / ces évêque(s) se lèverai(en)t et confesserai(en)t la foi.

Ah ! ces « évêques encore catholiques ». C’était notre espérance quotidienne. Les petits enfants offraient des sacrifices à leur intention. Le P. Barbara, les abbés Barthe et Zins sillonnaient le monde, notamment l’Amérique du sud, pour s’entretenir avec eux.

Pour la petite histoire, savez-vous comment les évêques visités étaient sélectionnés ? Le P. Barbara avait acquis le Journal du Concile de Henri Fesquet, le célèbre chroniqueur moderniste du journal Le Monde. Chaque fois que Fesquet critiquait un évêque, on vérifiait s’il était toujours vivant. S’il ne l’était plus : Recquiescat in pace ; s’il l’était, on s’enquérait de son adresse et on lui écrivait pour obtenir un rendez-vous…

Et s’est ainsi, tenez-vous bien, que le P. Barbara et ses deux abbés, ont convaincu un de ces évêques à faire une retraite spirituelle de plusieurs jours dans la propriété de l’Union Pour la Fidélité, à Forges-les-Bains, dans le sud de la région parisienne. C’était, si je me souviens bien, l'ancien évêque d’un comptoir français de l’Inde. Cela n’eut cependant aucune suite… Je vous laisse imaginer cependant l’émotion, la fébrilité, l’enthousiasme qui fut le nôtre lorsque nous apprîmes ce fait...

Parallèlement à ce combat religieux, l’Union Pour la Fidélité était liée à une organisation à finalité politique qui avait pour nom : l’Institut Cardinal Pie (ICP).

Le but de l’ICP était la formation politique en vue de la prise du pouvoir.

On nous expliquait que, régulièrement, dans l’histoire politique d’une nation, des occasions surgissent (comme en 1945 en France) où en raison d’une quasi vacance du pouvoir, une organisation bien structurée peut facilement s’emparer du pouvoir politique. L’ICP voulait être cette organisation.

Au sein de l’ICP existait une espèce de « cabinet fantôme » où des hommes se préparaient à l’exercice du pouvoir dans les différents domaines de l’activité nationale (communications, armée, économie, santé etc.).

Le chef de l’ICP (et donc potentiellement le souverain de la France) était un certain Bernard Dumont. Chaque jour les clercs de l’UPF étaient requis de réciter à l’intention de Bernard Dumont la prière pour le chef d’état, « Salvum fac regem », prévue par les rubriques du bréviaire.

L’aumônier de l’ICP était un certain abbé Claude Barthe bien connu aujourd’hui dans le tradiland parisien.

Voilà donc les convictions qui étaient les nôtres, qui étaient les miennes, au début des années 80. J’appartenais au dernier carré de la catholicité, au petit nombre de ceux qui avaient été choisis pour apporter leur soutien à l’œuvre de résurrection de la Sainte Eglise menée par l’Union Pour la Fidélité.

Je n’irai pas plus loin dans mon récit ce soir. J’aimerais avant de continuer que des liseurs réagissent, spécialement ceux qui ont connu de près ou de loin l’époque et les événements dont je parle.

Est-ce que cela correspond aux souvenirs que vous en gardez ?
Qu’est-ce que tout cela évoque pour vous ?

Au plaisir de lire vos réactions.
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La discussion

images/icones/neutre.gif Témoignage d'un enfant du sérail par Candidus (2005-05-13 01:00:31)
     images/icones/1c.gif PASSIONNANT !!! par Victor (2005-05-13 03:41:45)
         images/icones/5a.gif Bonjour Victor, par fluctuat nec mergitur (2005-05-13 04:11:50)
             images/icones/1e.gif Il est 22h26 par Victor (2005-05-13 04:28:35)
                 images/icones/idee.gif Cher Victor, chère fluctuat, par XA (2005-05-13 06:47:21)
         images/icones/hein.gif Ou plus simplement ... par PGM (2005-05-13 04:21:55)
     images/icones/1a.gif Bonjour Candidus par Kamate (2005-05-13 08:29:05)
     images/icones/neutre.gif Suspense… par Azerty (2005-05-13 10:41:58)
         images/icones/1c.gif Ah ! je partage votre impatience par Abbé Hervé Belmont (2005-05-13 13:20:28)