N'ayant pas participé à la première édition, je suis effaré de la somme colossale de propos publiés ici, et du temps tout aussi colossal qu'il faudrait pour en établir une synthèse raisonnable. Celui qui s'y essaierait a, par avance, toute ma sympathie.
Je me présente : marié depuis bientôt un an, musicien et informaticien, je suis catholique. Je ne saurais trop qu'ajouter à cela. Mes parents m'ont élevé dans le principe absolu de la messe dominicale, quel que soit l'endroit. J'en ai donc vu, des messes "tradis", des messes "normales", des messes "bisous", des messes vertes et des pas mûres, mais finalement, rarissimes ont été celles ou, trop distrait par l'ambiance ou le décorum, je n'ai pu communier ne serait-ce qu'en prière. Bref, je ne suis ni tradi, ni sédévac, ni progro, ni chacha, et j'en oublie ; je tâche simplement de prier comme je peux, et autant que je peux.
Sur le fond du débat : je ne suis pas sédévacantiste. Et je ne crois pas qu'aucun argument permette un jour de démontrer que le Siège est vacant depuis telle ou telle date. J'avance pour cela quelques arguments et quelques exemples.
Il y a deux choses qui font l'Eglise : ce qu'en a fait le Christ, et ce qu'en ont fait les hommes. Pour ce qui nous importe ici, le Christ a établi Pierre sur un Siège immuable, inaugurant ainsi une succession apostolique dont la nature est d'être constamment interrompue, pour des durées diverses. La vacance périodique du Siège est donc un indéniable fait.
Ce qu'en ont fait les hommes se résume essentiellement à l'action des papes, premiers concernés, des cardinaux ensuite, et parfois des évêques, moins directement concernés. Un certain nombre de principes établissent les règles et interactions entre tous ces gens : leur nomination, succession, élection, etc. Ces règles ont toutes été établies par des hommes - et généralement par ces hommes mêmes auxquels elles s'appliquaient.
Voici donc ce qui m'amène à nier la pertinence de ce débat sur le fond.
Considérer que le Siège est actuellement vacant, c'est considérer :
- que la succession apostolique a été rompue, d'une manière ou d'une autre, par exemple par un pape hérétique (argument, je crois, le plus fréquent),
- que les successeurs, même s'ils ne sont pas eux-mêmes hérétiques, ne sont pas plus papes que leur hérétique prédécesseur.
Je voudrais simplement attirer votre attention sur la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité, qu'il y a à vérifier la "validité" de la succession apostolique depuis Pierre. Gardien de la Foi par définition, qui peut déclarer un pape hérétique ? L'assemblée des apôtres, c'est-à-dire un Concile ? Une majorité de chrétiens ? Un autre pape, mais élu par qui ? Par les cardinaux nommés par le précédent ? Avouez que c'est compliqué.
Ca le devient encore plus si on s'attache aux principes d'élection des papes : que dire d'un pape élu par des cardinaux dont l'un était hérétique ? Il faut alors "vérifier" la foi de tous les électeurs, depuis que les cardinaux existent... Où va-t-on devoir reprendre la succession pour trouver enfin un pape digne de ce nom ?
A Jean XXIII ? Mais alors, combien d'évêques, de nos jours, sont bien évêques, puisqu'ils doivent avoir été nommés par un pape "valide" ?
Avant cela ? Par exemple au moment des papes d'Avignon, la terrible période des antipapes, où l'unité de l'Eglise, à un moment où elle comptait jusqu'à trois (3!) papes simultanés, a été rétablie par un nouveau pape élu par... un Concile ???
Et pourquoi pas, si l'on cherche des papes au comportement coupable, remonter jusqu'à Alexandre Borgia, etc... Que le pape qui est sans péché jette la première pierre à tous ses successeurs !
L'imperfection d'un pape n'est qu'une imperfection d'homme. Si elle peut tout à fait entraîner un nombre conséquent de chrétiens dans le péché, elle n'entraîne pas la vacance du Siège, sans quoi il n'y aurait plus de pape "valide" depuis des siècles. Il me semble, sur ce point, que le message du Christ est assez clair : Pierre lui-même a renié le Christ, à combien de reprises déjà ? Et combien explicitement ? Pourtant, le pardon du Christ vaut aussi pour lui, et avec lui pour tous les papes pécheurs qui lui ont succédé. Même si ce péché conduit à renier, de manière plus ou moins discutable, un morceau de tradition ou de doctrine.
Il reste néanmoins un principe d'hommes, que la sagesse des papes a bien voulu ne jamais remettre en cause, même dans le cadre de la dite "infaillibilité" : ce qu'un pape a fait, un pape peut le défaire. Et l'erreur d'un pape, fut-il le vingt-troisième du nom, peut tout à fait être corrigée par un de ses successeurs. C'est heureux d'ailleurs, car quelle utilité aurait un pape à la tête d'une Eglise immuable, enfermée dans une Tradition magnifique mais toujours imparfaite, puisque entretenue par les hommes ?
Heureusement, alors, qu'il nous reste un pape "valide" pour nous servir, par sa prière et son intelligence, et qui a grand besoin de notre aide pour corriger toutes les bêtises de ses prédécesseurs sans en ajouter d'autres : prions donc pour lui, qu'il ait assez d'humour pour arranger tout ça !
Gary.
--je n'ai pas renoncé, finalement. Mais tout de même, 13 pages de débats... Ce n'est plus un marathon, c'est le Vendée Globe
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