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A propos du magistère infaillible par N.M. (2005-05-13 08:37:12) Imprimer

Chers amis liseurs,

Je me permets de reproduire en tête de page une mienne intervention "postée" plus bas, et qui a fait réagir PGM. Je poste à la suite ma réponse à PGM.

« Le Pontife Romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l’Eglise, jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Eglise, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Eglise. »

Concile Vatican I, Constitution dogmatique sur l'Eglise "Pastor Aeternus", 18 juillet 1870, D.S. 3074


Il n'est pas rare de lire sous la plume de tel ou tel "traditionaliste" une interprétation "minimaliste" ou "minimalisante" de la définition dogmatique de "Pastor aeternus" censée réduire l'infaillibilité du Magistère :

- au seul Magistère "ex cathedra" du Pape

- et aux seuls jugements solennels - ces mêmes jugements solennels étant souvent purement et simplement réduits aux seules définitions dogmatiques

Une telle lecture fait purement et simplement l'impasse sur des pans entiers de la doctrine catholique au sujet du Magistère.


Distinction quant au sujet :
- le Pape et les évêques = magistère universel
(les auteurs parlent aussi de magistère de l'Eglise pour le désigner)
- le Pape seul = magistère pontifical.

Distinction quant au mode d'exercice :
- jugement solennel = magistère extraordinaire
- (simple) proposition de l'objet de la Foi = magistère ordinaire.

Ce faisant, nous avons :

- un magistère extraordinaire et universel
- un magistère extraordinaire pontifical

- un magistère ordinaire et universel
- un magistère ordinaire pontifical.

La Constitution "Dei Filius" du Concile Vatican I affirme l'infaillibilité
- des jugements solennels de l'Eglise (magistère extraordinaire et universel seulement*)
- du magistère ordinaire et universel.

"Est à croire de foi catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu ou écrite ou transmise, et que l'Eglise, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel, propose à croire comme divinement révélé."

Concile Vatican I : Constitution dogmatique "Dei Filius", 24 avril 1870 (Denzinger 1792 et Denzinger-Schönmetzer 3011).


[* Je dis bien seulement du magistère extraordinaire et universel, car les Pères du Concile Vatican I ont voulu que le paragraphe en question de "Dei Filius" ne mentionne aucunement - "ni directement, ni indirectement" (Mgr Martin, 31 mars 1870) le magistère pontifical.]

La Constitution dogmatique " Pastor Aeternus" du même Concile Vatican I définit solennellement comme dogme de foi l'infaillibilité du Pape parlant "ex cathedra".

Ce faisant, vous remarquerez bien que ce n'est pas parce que "Dei Filius" ne mentionne ni "directement, ni indirectement" l'infaillibilité pontificale (stricto sensu) que ladite Constitution ne limitait l'infaillibilité qu'aux seuls magistères extraordinaire et ordinaire du Pape et des évêques.

Hormis la proposition infaillible de l'objet de la foi et des vérités connexes à la Révélation par le Pape parlant "ex cathedra", l'objet de la foi et les vérités connexes à la Révélation sont également proposées infailliblement à la foi des fidèles par les jugements solennels de l'Eglise et par le magistère ordinaire et universel.


Instance : y a-t-il oui ou non adéquation exclusive entre les définitions "ex cathedra" et les jugements solennels du Pape ?

Réponse : il s'agit là d'une thèse qui peut être soutenue à condition de ne pas affirmer que l'infaillibilité pontificale soit restreinte aux seuls jugements solennels du Pape.

En effet :

"Et l'on ne doit pas penser que ce qui est proposé dans les lettres encycliques n'exige pas de soi l'assentiment, sous le prétexte que les Papes n'y exerceraient pas le pouvoir suprême de leur magistère. C'est bien, en effet, du magistère ordinaire que relève cet enseignement et pour ce magistère vaut aussi la parole : "Qui vous écoute, m'écoute" (Lc X, 16), et le plus souvent ce qui est proposé et imposé dans les encycliques appartient depuis longtemps d'ailleurs à la doctrine catholique. Que si dans leurs actes, les Souverains Pontifes portent à dessein un jugement sur une question jusqu'alors disputée, il apparaît donc à tous que, conformément à l'esprit et à la volonté de ces mêmes Pontifes, cette question ne peut plus être tenue pour libre entre théologiens."

Pie XII, encyclique "Humani generis" - 12 août 1950.

Je sais bien que la dernière phrase peut donner lieu à différentes interprétations.

En revanche, ce qui est certain, c'est que le Pape Pie XII revendique l'assistance divine pour le magistère ordinaire pontifical - "Qui vous écoute, m'écoute" : un magistère divinement assisté, c'est un magistère infaillible.

En effet :

Si le corps épiscopal propose infailliblement l'objet de la foi au moyen du mode d'exercice ordinaire de son magistère, c'est parce que les évêques sont confirmés par le Pape, car sans ladite confirmation, il n'y a pas de magistère ordinaire et universel.

Ce qui veut donc dire que la proposition ordinaire de l'objet de la foi par le Pape seul (magistère ordinaire pontifical) vaut en elle-même, vaut en tant que telle.

Dans quelle mesure ? Dans la nature même des choses.

Le magistère est la règle prochaine et directive de la foi.

L'objet de la foi, la règle objective de la foi, c'est la Révélation : Tradition orale (Tradition stricto sensu) et Tradition écrite (les saintes Ecritures).

Qui a autorité pour transmettre sans risque d'erreur l'objet de la foi ?

Comment savoir si telle doctrine est
- fondée sur l'objet de la foi
- ou bien contraire à l'objet de la foi ?

Qui nous garantit la vérité ou l'erreur de telle doctrine ?

Tout bonnement la règle prochaine et directive de la foi : le magistère
- exercé par [sujet]
. le Pape seul (magistère pontifical)
. les évêques confirmés par le Pape (magistère universel)
- exercé de façon [mode d'exercice]
. ordinaire (magistère ordinaire)
. solennelle (magistère extraordinaire).

Le magistère - soit solennellement, soit ordinairement - propose infailliblement l'objet de la foi.

Qu'est-ce que cela veut dire ?

Cela signifie que chaque fois que le Pape seul, ou bien le Pape et les évêques, enseignent :
- telle doctrine (a) est fondée sur la Révélation
- ou bien telle doctrine (b) est contraire à la Révélation
c'est que
- telle doctrine (a) est bien fondée sur la Révélation
- telle doctrine (b) est bien contraire à la Révélation.

Voilà en quoi consiste la règle directive de la foi, qui jouit de l'assistance divine (infaillibilité .


" Pour reconnaître les cas où l'infaillibilité de l'Eglise est engagée, il suffit de se rappeler que toute doctrine enseignée universellement par les pasteurs chargés de conduire le troupeau du Christ, et donnée manifestement comme appartenant directement ou indirectement à la Révélation, est infaillible."

R.P. Héris : "L'Eglise du Christ", Le Cerf, 1930, p. 44.


Par conséquent, il semble bel et bien possible d'identifier "définitions ex cathedra" et "jugements solennels" du Pape, à condition de ne pas remettre en cause la proposition infaillible de l'objet de la foi par le Pape dans l'exercice ordinaire de son magistère.

Une autre solution est envisageable - si je ne m'abuse, il s'agit de celle de Vacant : lorsque le Pape propose l'objet de la foi et les vérités connexes à la Révélation dans le cadre de l'exercice ordinaire de son magistère, là encore il parle "ex cathedra", dans les termes mêmes de la définition dogmatique de "Pastor Aeternus".


Pardon pour cette longue mise au point, mais elle semble on ne peut plus nécessaire face au "minimalisme" ambiant de trop de "traditionalistes", "minimalisme" sous-jacent dans le pamphlet "anti-sédévacantiste" de l'Abbé X.

A bientôt

N.M.
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