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L'axiome "lex orandi..." par Abbé Jean-Eric de Guillebon de Resnes (2005-05-13 14:55:13) Imprimer

Mon cher olo,

Pour réponse à votre remarque sur la "lex orandi", je laisse la parole à l'éminent dom Guéranger qui fut l'un des pères du Concile Vatican Ier et dont les remarquables travaux sur la liturgie sont une bonne référence pour tout chrétien :

"J'établirai.. maintenant.. une série de propositions appuyées sur les données positives de la théologie, de l'histoire et du droit commun.. 1°. L'immutabilité et l'inviolabilité de la Liturgie importent au maintien du dépôt de la Foi.
La foi est de l'ouïe, fides ex auditu ; c'est pour cela qu'elle se conserve et s'enseigne au milieu du peuple Chrétien, au moyen de formules positives.
Or, ces formules sont de 2 sortes ; les unes populaires dans leur expression, comme les Symboles ou Confessions de foi ; les autres, moins connues du vulgaire, telles que les décisions officielles des Papes et des Conciles, en matière de doctrine.
Les formules liturgiques entrent dans la classe des Symboles ou Confessions de foi. Elles se composent soit de paroles de l'Ecriture Sainte, choisies et proposées par l'Église, comme exprimant les idées et les sentiments qu'elle veut inspirer aux fidèles ; soit de sentences dont l'expression, sans être empruntée à l'Écriture, n'en représente pas moins la Foi de l'Église et la confession des dogmes. Ces formules empruntent une grande autorité des circonstances augustes dans lesquelles elles sont prononcées. Elles servent d'accompagnement à la célébration des Mystères ; elles sont le moyen de la louange divine, la terreur des hérésies, le boulevard de la foi. Et si ces formules remontent à des temps éloignés, si elles se sont maintenues sans altération, si elles sont en usage dans un grand nombre d'églises, si enfin elles sont admises dans l'Église Romaine, qui est la Mère et la Maîtresse de toutes les autres, leur autorité devient si grande que l'on ne peut s'empêcher de les considérer comme faisant partie essentielle du dépôt de la Révélation. De là vient que beaucoup de dogmes, qui ne sont point exprimés dans la Bible, nous sont connus par la Liturgie ; de là vient que les saints Pères, quand ils ont trouvé I'Ecriture muette sur tel ou tel point, ont fait appel au texte des Offices divins, aux formules de la prière ecclésiastique.
Tout le monde connaît, ou doit connaître cet axiome de la théologie : LEGEM CREDENDI STATUAT LEX SUPPLICANDI : la règle de croire découle de la règle de prier. Il est promulgué par le grand Pape Saint Célestin, dans une épître (21e) aux Evêques des Gaules, contre l'erreur des Pélagiens. Le Pontife énumérant les divers arguments que l'Église doit invoquer contre cette nouvelle hérésie, s'exprime ainsi :

"outre les décrets inviolables du Siège Apostolique, qui nous ont enseigné la vraie doctrine, considérons encore les mystères renfermés dans ces formules de prières sacerdotales qui, établies par les Apôtres, sont répétées dans le monde entier d'une manière uniforme par toute l'Église Catholique ; en sorte que la règle de croire découle de la règle de prier."

Et Saint Célestin, sur la valeur de cet argument, n'énonce rien ici qui ne soit justifié par le suffrage antérieur des saints Pères aussi bien que par la conduite de l'Église, qui n'a cessé de faire appel au texte de la Liturgie dans les Conciles généraux et particuliers qu'elle a tenus, à toutes les époques, contre les diverses hérésies. De là vient que, dans la disposition d'une bibliothèque ecclésiastique, on a coutume, suivant les meilleures traditions bibliographiques, de placer les livres de la Liturgie parmi les sources de la foi, après l'Écriture Sainte et avant les Conciles.
Mais, comme il est aisé de voir que la valeur de l'argument tiré des formules liturgiques en faveur des dogmes, procède uniquement de l'inviolabilité de ces mêmes formules, l'Église a été conduite à adopter le parti de déclarer pareillement inviolable l'idiome dans lequel ces formules sont écrites. Elle s'est donc choisi une langue sacrée, et si les hérétiques le lui ont durement reproché, c'est qu'ils sentaient bien que cette mesure avait pour but de rendre inaltérable le dépôt de ces traditions antiques, dont l'autorité les écrasera toujours. Ils considéraient les livres liturgiques tels qu'ils sont en effet, c.à.d. comme un arsenal dans lequel, siècle par siècle, l'Église dépose, avec les trophées de ses victoires, les nouvelles armes qu'elle emploiera à la ruine de ses ennemis à venir."</BR> (Dom Guéranger, Institutions Liturgiques 3. 457 - 460)



Et ainsi, pour votre remarque :

Deux rites ne signifient pas deux fois

, si on l'entend comme affirmant que :
- Deux rites accidentellement différents mais essentiellement identiques ne signifient pas deux fois, je concède sans problème. C'est par exemple le cas des rites particuliers qui diffèrent du rite romain comme le rite lyonnais, le rite ambrosien ou le rite uniate qui sont tous des rites qui diffèrent dans des modalités comme la pompe, les cérémonies, mais sont identiques quant à la fidélité à la doctrine catholique ;
- Deux rites essentiellement différents, je nie. Ce sera le cas du rite protestant qui est essentiellement différent du rite catholique... bien qu'en certains points il puisse lui être accidentellement identique, ce qui n'aura rien d'étonnant car les protestant, pour composer leur liturgie, se seront appuyés sur ce qu'ils ont connu avant de se séparer de l'Eglise ...

Je vais répondre à vos autres remarques en un autre temps, pour ne pas faire des messages trop long... A suivre donc...

En vous assurant de mes prières,

Abbé Jean-Eric de Guillebon de Resnes
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                         images/icones/vatican.gif L'axiome "lex orandi..." par Abbé Jean-Eric de Guillebon de Resnes (2005-05-13 14:55:13)
                         images/icones/vatican.gif Suite de ma réponse par Abbé Jean-Eric de Guillebon de Resnes (2005-05-13 19:44:31)