Encore une fois, Monsieur l’abbé, merci de votre réponse. Dans ma bouche, il ne s’agit pas d’une simple « captatio benevolentiae », mais d’un véritable éloge. J’ai eu l’occasion de vous rencontrer deux fois et j’ai une profonde admiration pour votre sainteté sacerdotale. De même, pour ce qui est de votre position, même si je ne la partage pas, je dois vous rendre l’hommage d’une profonde cohérence intellectuelle et d’un réel courage. L’archiprêtre Pierrot, chez lequel j’ai eu le plaisir de passer de longues vacances, vous tenait en grand estime.
Concernant les finalités du mariage, bien que ce ne soit pas ma spécialité, il me semble que tout dépend de la perspective dans laquelle on se place. Si l’on se place du point de vue objectif de l’ordination de la nature, il faut tenir la position traditionnelle qui demeure parfaitement vraie et inchangée. Cependant, depuis Vatican II, la même réalité, est considérée non plus du point de vue objectif, mais subjectif, à savoir du point de vue des époux. Autre remarque importante : étant donné que le Concile s’est placé dans une perspective pastorale le langage théologique qu’il utilise perd en précision technique. On pourra le regretter, mais il ne fait pas perdre de vue ce point pour comprendre exactement ce que le Concile entend enseigner. Voilà pourquoi le terme « finalité » du mariage n’est plus à prendre dans un sens philosophique thomiste strict mais dans le sens assez vague de but, d’achèvement, de perfection. Or, si l’on prend cette dernière acception, il me semble que la perfection propre des époux par leur union est supérieure à la procréation :
Cette hiérarchie d’ailleurs n’est pas entièrement nouvelle et l’on peut faire appel à un texte de saint Thomas pour la comprendre. Saint Thomas distingue bien en effet deux perfections dans le mariage et les hiérarchise de telle sorte que le « vinculum animorum » soit placé devant la « commixtio carnalis ».
« On appelle véritable le mariage ou union conjugale qui atteint sa perfection. Or il y a une double perfection pour un être : la première et la seconde. La première perfection d’un être consiste proprement dans sa forme, qui lui donne son espèce. La perfection seconde consiste dans l’opération par laquelle cet être atteint en quelque sorte sa fin. Or la forme du mariage consiste en l’union indissoluble des esprits, par laquelle chaque époux est tenu de garder une foi inviolable à son conjoint. Quant à la fin du mariage, elle est d’engendrer et d’élever des enfants. On les engendre par l’acte conjugal ; et ils sont élevés par les services que le père et la mère se rendent réciproquement pour nourrir leurs enfants. » (III, 29, 2, c.)
Cordialement
Réginald
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