Pour certains sédévacantistes (représentés ici en force) on ne peut sacrer d'évêque dans la situation présente faute de pouvoir obtenir l'institution du Siège romain. malgré la vacance de l'Eglise enseignante qu'ils supposent, un sacre sans mandat demeure un crime grave contre l'unité de l'Eglise (cf posts de m. l'abbé Belmont)
Pour eux la question ne se pose donc pas.
Pour d'autres sédévacantistes (hélas sous-représentés ici mais j'espère qu'ils vont me répondre), de tels sacres sont non seulement possibles mais souhaitables. D'ailleurs ils se sont dotés d'un épiscopat depuis longtemps. Cependant la plupart, pour éviter, disent-ils de s'arroger un pouvoir qu'ils n'ont reçu de personne et poser ainsi un acte schismatique, affirment n'avoir recours qu'à des évêques dépourvus de tout pouvoir juridictionnel. (c'est aussi la postion de la FSSPX). On sacre des évêques donc, mais sans leur reconnaître d'autorité pastorale. Ces évêques sans autorité n'usurperaient aucune charge au sein de l'ordo des évêques. Il s'agirait d'évêques dont la mission est strictement limitée aux seuls actes sacramentels ou assimilés (autres sacres, ordinations, dédicace etc.).
Ce faisant ces sédévacantistes ont "créé" un nouveau type d'épiscopat, complètement inédit, inconnu de toute la tradition catholique.
Cette "invention" (l'épiscopat "diminué" comme dit plaisamment m. l'abbé Belmont), reprise sans vergogne par la FSSPX (qui ne cite pas ses sources), me semble remonter au P. Guérard des Lauriers. ce dernier avait conçu une habile distinction (mais inconnue avant lui) entre la "sessio" et la "missio" qui lui permit de justifier son sacre. Il était un évêque sans "sessio" mais avec "missio". Une manière de ne pas dire qu'il était "episcopus vagans" tout en justifiant cet état dans lequel il se trouvait effectivement.
Mais un tel épiscopat "non-pastoral" est-il possible? Qu'est ce qu'un évêque qui n'est pas un pasteur? C'est une contradiction dans les termes. Est-il seulement validement évêque? On peut en douter un peu. Car en sacrant un évêque tout en excluant positivement de lui conférer une autorité on ne fait pas ce que veut l'Eglise. En outre le pouvoir sacramentel de l'évêque est lié de manière essentiel à son autorité pastorale. On ordonne POUR une église, on sacre POUR un siège, on confirme les baptisés de SON Eglise locale etc. (De fait les évêques sédévacantistes qui s'arrogent une juridiction sont plus cohérents). Dissocier ainsi l'épiscopat (la "surveillance") lui-même des actes de l'épiscopat est contre-nature.
Pour ma part je ne pense pas que ces sacres soient invalides (je laisse de côté la question de l'état mental de Mgr Thuc) car, en dépit de tout ce qu'ils disent sur leur défaut de juridiction, ces évêques (lefebvristes) compris se comportent comme s'ils avaient reçu autorité. Dans la réalité ils se comportent comme de véritables évêques. d'ailleurs aucun n'hésitent (je crois) à arborer les insignes de l'épiscopat, mitre, anneau (de quelle Eglise sont-ils l'époux?) crosse (de quel troupeau sont ils pasteur?)... Cela doit donc sauver la validité de leur sacre. mais dans ce cas ils sont bel et bien schismatiques selon leur propres dires.
Cependant je crois que les problèmes soulevés nous éclairent sur la situation paradoxale --et contraire à toute la tradition-- dans laquelle se sont mis certains traditionalistes.
PS Et que l'on ne vienne pas ici me parler d'évêque auxilaire ou d'évêque titulaire. Ces évêques ont tous une autorité pastorale minimale. |