Cher Baudelaire,
Je vous livre ces quelques notes tirées de mes cartons.
« Est à croire de foi catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu ou écrite ou transmise, et que l’Église, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel propose à croire comme divinement révélé. »
Concile Vatican I, Constitution dogmatique "Dei Filius", 24 avril 1870 (D. 1792 et D.S. 3011).
Que signifie ce paragraphe ?
Comme première approche, nous nous réfèrerons à l’intervention de Mgr Martin en date du 31 mars 1870, au nom de la Députation de la Foi.
Il s’agit, pour Mgr Martin, de spécifier quel est l’objet exact de « Porro fide divina » (à savoir le paragraphe en question), suite à plusieurs révisions dudit paragraphe, c’est-à-dire de préciser pourquoi lesdites révisions ont eu lieu, suite précisément aux précédentes interventions de la Députation de la Foi.
[La Députation de la Foi est l’une des commissions élues par les Pères conciliaires, chacune composée de 24 membres « devant examiner de manière plus approfondie les sujets à traiter » (Yves Chiron : Pie IX, pape moderne, Clovis, 1995, p. 419) avant de présenter les conclusions de ses travaux devant l’aula conciliaire :
- Députation de la Foi, élue le 14 décembre 1869,
- Députation de la Discipline, le 14 décembre,
- Députation des Religieux, le 20 décembre,
- Députation pour les Eglises orientales et les missions, le 14 janvier 1870.]
« L’intention de la députation de la foi n’a nullement été de toucher la question de l’infaillibilité du souverain pontife, directement ou indirectement ; elle a voulu expliquer quel est l’objet matériel de la foi, après avoir exposé dans le premier paragraphe ce qui lui a paru bon concernant l’objet formel de la foi. Donc, elle a seulement voulu expliquer quelles sont les vérités à croire, au point de vue de l’objet matériel de la foi ; et elle a voulu diriger ce paragraphe contre les théologiens qui disent qu’on doit croire de foi divine seulement ce qui a été clairement défini par les conciles œcuméniques. »
[Mansi : Amplissima Collectio Conciliorum, tome 51, colonne 224, partie C-D]
On remarquera tout d’abord que Mgr Martin commence par spécifier que « la question de l’infaillibilité du souverain pontife » n’est pas « touchée » par « Porro fide divina ». Nous allons voir ultérieurement ce qu’il faut entendre par là.
Dans son argumentation, Mgr Martin fait référence au premier paragraphe du chapitre III :
« Puisque l’homme dépend totalement de Dieu comme son créateur et Seigneur, et que la raison créée est complètement soumise à la Vérité incréée, nous sommes tenus de présenter par la foi à Dieu qui se révèle, la soumission plénière de notre intelligence et de notre volonté. Cette foi, qui est commencement du salut de l’homme, l’Église catholique professe qu’elle est une vertu surnaturelle par laquelle, prévenus par Dieu et aidés par la grâce, nous croyons vraies les choses qu’il nous a révélées, non pas à cause de leur vérité intrinsèque perçue par la lumière naturelle de la raison, mais à cause de l’autorité de Dieu même qui révèle, lequel ne peut ni se tromper ni nous tromper. « Car la foi, atteste l’Apôtre, est la substance de ce que nous espérons et la preuve des réalités qu’on ne voit pas » [Hébreux XI, 1]. »
[Dei Filius, D.S. 3008.]
Il y a donc d’une part ce que l’on appelle l’objet matériel de la foi, à savoir ce qui est révélé par Dieu, ce qui est contenu dans la Révélation : « les choses qu’il nous a révélées ». Et il y a d’autre part l’objet formel de la foi, c’est-à-dire, tout bonnement, l’autorité de Dieu révélant : « nous croyons […] à cause de l’autorité de Dieu même qui révèle, lequel ne peut ni se tromper ni nous tromper ». Ainsi, l’ordre des choses est le suivant : l’objet matériel est atteint par l’objet formel.
Telle ou telle vérité est-elle ou non révélée par Dieu ? L’objet de la foi est discerné parce que proposé par le Magistère, ainsi que le rappelle la Constitution Dei Filius, au quatrième paragraphe du chapitre III :
« […] Dans les matières de foi et de mœurs qui concernent l’élaboration de la doctrine chrétienne, on doit tenir pour véritable sens de la sainte Écriture celui qu’a tenu et que tient notre Mère la sainte Église, à laquelle il appartient de juger et de l’interprétation véritable des saintes Écritures ; et que, dès lors, il n’est permis à personne d’interpréter cette sainte Écriture contrairement à ce sens […]. »
[Dei Filius D.S. 3007. Et la Constitution ajoute :
« il n’est permis à personne d’interpréter cette sainte Écriture contrairement à ce sens, ni non plus contrairement au consentement unanime des Pères ». Il s’agit là du « consentement unanime des Pères de l’Eglise », mais tel n’est pas directement notre propos.]
Le fidèle est tenu d’adhérer au Magistère. Or en l’occurrence, il ne s’agit pas d’une simple adhésion de l’intelligence, mais d’une adhésion qui correspond à l’objet proposé : à la proposition de l’objet de la foi correspond l’adhésion de foi, l’acte de foi du fidèle. C’est donc que lorsque le Magistère propose l’objet de la foi aux fidèles, il le propose nécessairement, sans risque d’erreurs : il le propose infailliblement. Chaque proposition de l’objet de la foi par le Magistère est donc une proposition infaillible .
Par conséquent, affirmer, tel le paragraphe « Porro fide divina », qu’en telles ou telles circonstances, sous telles ou telles modalités, « il faut croire de foi catholique » ce que le Magistère « propose à croire comme divinement révélé », c’est signifier implicitement que, dans de telles circonstances, suivant telles modalités – « jugement solennel » et « magistère ordinaire et universel » - ce même Magistère est infaillible.
Bien cordialement
N.M.
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