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Témoignage d'un enfant du sérail (suite) par Candidus (2005-05-13 21:27:24) Imprimer

En 1987, je terminai mes études avec une licence de lettres en poche. J’avais de l’argent, aucune responsabilité : je décidai donc de voyager.

Ce fut tout d’abord l’Italie, et plus particulièrement la Toscane. Une terre couverte d’art où le cœur de l’homme ignore la tiédeur. Un pays aux collines ornées de vignes et de cyprès. La nourriture est exquise, les femmes magnifiques.

Puis le Portugal : les rues tortueuses de sa capitale ; ses maisons aux façades décorées de faïences bleues ; le fumet des
« sardinhadas » qui au hasard de la brise vient flatter votre appétit…

L’Espagne : Salamanque, si envoûtante : un feu d’artifice architectural. Sa Plaza Mayor aux arcades ponctuées des portraits des pères de la nation. Ses rues usées par l’histoire et témoins de tous les excès de l’âme espagnole.

Enfin l’Angleterre. Froide et bruneuse. La ville de Bournemouth sur le littoral où je me réconciliai avec la Perfide Albion. Quels délicieux moments que ces tasses de thé sirotées dans l’atmosphère feutrée d’un salon victorien tendu de draperies pastels ! Ces errances automnales dans des cimetières aux pelouses irréprochables parsemés de monuments d’une poignante sobriété.

Vous croyez sans doute que je délire, que je m’éloigne du sujet… Pas du tout.

Ces pérégrinations qui durèrent plusieurs années provoquèrent peut-être la première faille dans mes convictions sédévacantistes. En effet, les voyages favorisent l’ouverture d’esprit ; expérimenter une culture étrangère, subir le choc qui en résulte, conduit souvent à des remises en question.

La prise de conscience de la faiblesse de nos syllogismes à épuiser la complexité du monde et à rendre compte du lacis de l’âme humaine commençait, je pense, à miner les fondations de la belle cathédrale intellectuelle du sédévacantisme.

En 1987, je décidai de me mettre au travail (il en était plus que temps), et afin d’initier cet exercice incongru, je choisis un pays pour lequel j’éprouvais un étrange mélange d’attirance et de répulsion ; un pays géographiquement et culturellement assez distant de la France et dont je parlais très mal la langue.

Quelques semaines avant que je quittasse la France, un coup de tonnerre tout à fait inattendu retentit dans le ciel sans nuage de mes certitudes.

Voici les faits : à cette époque, un certain abbé Gustave Delmasure, curé de Théoule-sur-Mer (06), avait quitté - bien imprudemment- sa paroisse pour collaborer avec le P. Barbara et les abbés Zins et Barthe.

L’abbé Delmasure, prêtre pieu et zélé, avait acheté de ses deniers un local à Cannes qu’il avait aménagé en chapelle et qu’il avait mis au nom de l’UPF. Régulièrement, il venait y célébrer la messe pour ses anciens paroissiens.

Soudainement (du moins à mes yeux), lors d’une absence de l’abbé Delmasure, un groupe de jeunes nervis de l’Institut du Cardinal Pie lança un raid sur cette chapelle dont ils « déménagèrent » le mobilier, et changèrent les serrures. Tout cela à la requête du P. Barbara.

La raison de ce coup de main ? L’abbé Delmasure avait prêté une oreille complaisante à plusieurs membres de l’ICP qui avaient exprimé leurs troubles par rapport à certaines pratiques quasi-maçonniques de cette organisation.

Une violente scission s’effectua alors au sein de l’UFP entre les tenants des abbés Delmasure et Zins (qui avait été renvoyé de l’Union pour son refus de réciter le « Domine salvum fac regem » à l’intention de Bernard Dumont), et les tenants des prêtres Barbara et Barthe.

Tout ce beau monde se retrouva devant les tribunaux et entama des joutes verbales et écrites interminables où l’on se vouait aux flammes éternelles, se traitait de prévaricateurs, d’infiltrés etc.

Comme vous pouvez l’imaginer, ces événements me troublèrent fort. Je voyais s’écrouler cette Union Pour la Fidélité dans laquelle j’avais investi toute mes espérances (et aussi pas mal d’argent soit dit en passant…). Cependant, malgré leur désunion, ces prêtres pour lesquels j’avais le plus grand respect conservaient la même doctrine sédévacantiste.

Moi-même, sans doute parce que je commençais à éprouver un certain malaise, je ressentis comme un soulagement mon départ de France et mon éloignement physique du milieu sédévacantiste.

Pourtant, mes convictions sédévacantistes continuaient à m’habiter et à me conditionner fortement.

Ainsi, même si je fréquentais les chapelles de la FSSPX dans le pays où je m’installai, j’éprouvais un malaise quasiment physique, chaque fois que lors d’un prêche, il était question de « Jean-Paul II » et qu’on lui apposait le nom de « pape ».

De même, mes dents grinçaient presque, durant les Saluts du TSS, lors de la prière à l’intention du Souverain Pontife ; évidemment, je restais muet et refusais ostensiblement de me lever pour l’oraison.

Voilà où j’en étais, lorsqu’un nouveau coup de tonnerre vint retentir dans l’univers (plus tout à fait clos cependant) de mes certitudes. Ce sera l’objet de mon prochain post.
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