Plusieurs intervenants dont Rasta nous font remarquer que la position sédévacantiste ou ecclésiavacantiste est erronée voire hérétique car elle serait contraire au dogme de foi selon lequel l'Eglise, inchangée dans sa forme, durera jusqu'à la fin du monde et qu'il y aura toujours un successeur de Pierre.
L'objection n'est pas mince mais il me semble que l'on peut y répondre si l'on considère précisément que nous sommes à la fin du monde. En effet, la fin du monde ne doit pas être considérée comme un point final mais comme un espace de temps qui peut s'étaler sur une certaine durée que Dieu seul connaît (quelques décennies, un demi-siècle, un siècle...).
Or, s'il est de foi que "les puissances de l'Enfer ne prévaudront pas contre l'Eglise", il est non moins vrai que dans l'Evangile, Notre-Seigneur dit aussi, dans une interrogation rhétorique (c'est-à-dire qui contient en elle-même la réponse : non!): "Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la Foi sur la terre?" (Luc, XVIII, 8)
Si donc, au moment de la Parousie, il n'y a plus la foi sur terre, c'est que l'Eglise, gardienne de la foi, aura comme disparu, sera au tombeau.
Et en effet Mgr de Ségur nous explique dans son ouvrage sur l'infaillibilité qu'il y aura un pape jusqu'à la fin des temps et, ajoute-t-il, jusqu'au temps de l'Antéchrist.
C'est donc bien le signe que, pour lui, au temps de l'Antéchrist, il n'y aura plus de pape. Et en effet on peut considérer que l'église conciliaire est un système antéchristique et que les pontifes conciliaires sont des figures, ou à tout le moins des précurseurs de l'Antéchrist.
La Seconde Epître de saint Paul aux Thessaloniciens est à ce titre très éclairante. Que dit l'Apôtre? Evoquant la fin du monde, il précise : "Que personne ne vous trompe en aucune manière : il faut d'abord que soit venue l'apostasie et que soit apparu l'homme d'iniquité, le fils de perdition, l'adversaire, celui qui se dresse contre tout ce qui est appelé dieu ou est adoré, jusqu'à siéger dans le temple de Dieu, en proclamant être lui-même Dieu.
Ne vous souvient-il pas que je vous disais cela quand j'étais chez vous? Et à présent, vous savez ce qui fait obstacle, pour qu'il se manifeste seulement à son heure. Déjà, en effet, le mystère d'iniquité est en action. Que seulement disparaisse celui qui fait obstacle présentement, et alors se manifestera l'Inique, que le Seigneur Jésus fera disparaître par le souffle de sa bouche et qu'il anéantira par l'éclat de sa venue."
Or, des pères de l'Eglise ont expliqué de manière lumineuse que celui qui fait obstacle, c'est le pape, ce qui fait obstacle à l'avènement de l'Antéchrist, c'est le pouvoir des clés. A partir du moment où le siège de Pierre est occupé par un intrus, un antipape, un usurpateur, un imposteur, un anti-Christ, comme disait Mgr Lefebvre, le règne de l'Antéchrist peut commencer, soit que l'on considère que les pontifes conciliaires sont eux mêmes des figures d'Antéchrist, soit au minimum qu'on voit en ces derniers des précurseurs, des prophètes de l'Antéchrist comme saint Jean-Baptiste était le précurseur du Christ.
Or, saint Paul dit bien que "le Seigneur Jésus fera disparaître (cet Antéchrist qui est à la fois un système et une personne, d'après les pères de l'Eglise)par le souffle de sa bouche et l'éclat de sa venue".
C'est donc dire qu'il est a priori vain d'espérer une quelconque restauration de l'Eglise hiérarchique et monarchique (on ne voit d'aileurs pas comment cela serait techniquement possible, il n'y a plus de cardinaux de Pie XII et les quelques dizaines d'évêques de Pie XII sont très âgés, souvent gâteux et archi-modernistes pour la quasi-totalité d'entre eux!).
Nous sommes, selon toute vraisemblance, à la fin du monde. L'Eglise militante est au tombeau. Elle vit sa passion. Nous sommes au Vendredi saint de l'Eglise. De même que Notre-Seigneur est réellement mort en Croix et a été enseveli, l'Eglise est actuellement éclipsée et réellement au tombeau. C'est le triomphe apparent et temporaire de ses ennemis mais le second avènement du Christ remettra bientôt toute chose et tout homme à sa place. De toute façon l'Eglise militante est destinée à disparaître à la fin du monde, comme l'Eglise souffrante des âmes du purgatoire pour ne laisser la place qu'à l'Eglise triomphante, celle des justes du Ciel.
C'est pourquoi, lorsque l'on parle souvent de triomphe à venir de l'Eglise et du Christ, il me semble plus réaliste d'évoquer le triomphe de l'Eglise du Ciel et non une quelconque restauration miraculeuse de l'Eglise militante, certes théoriquement possible (à Dieu rien n'est impossible) mais qui semble quand même très improbable, surtout si l'on considère les propos du Christ dans saint Luc (XVIII, 8) et la seconde Epître de saint Paul aux Thessaloniciens.
Faut-il pour autant désespérer? Sûrement pas car notre objectif c'est le Ciel vers lequel doivent être tendues toutes nos pensées et nos prières. Et assurément le moment que nous vivons est à la fois une épreuve, terrible et un châtiment, terrible lui aussi, du fait de nos iniquités et de celles de nos pères.
Il est donc difficile (mais néanmoins possible) de se sauver dans ces conditions d'où la prédiction de Notre-Seigneur qui, évoquant la fin du monde dans le chapitre 24 selon saint Matthieu s'exclame : "Et si ces jours ne devaient pas être écourtés, aucune créature ne serait sauvée. Mais à cause des élus, ces jours-là seront écourtés" (Matthieu, XXIV, 22).
Et de fait depuis l'avènement de Jean XXIII le 28 octobre 1958, qui ne voit que le mal se répond à une vitesse effrayante? Légalisation dans tous les pays anciennement chrétiens de la contraception et de l'avortement, institutionnalisation de l'homosexualité, du concubinage, d'abord hétérosexuel puis homosexuel, diffusion massive de la drogue dans la jeunesse, port du pantalon et de la mini-jupe pour les femmes, indécence et négligence des modes vestimentaires, triomphe de la musique rock et d'autres musiques sataniques, destruction des nations par le mondialisme et l'immigration massive, immoralité et cynisme généralisés, corruption politique et morale, destruction de la foi, apostasie générale, invasion de la techno-science, tentatives de clonage, lois sur l'euthanasie, apparition de la télévision puis de l'ordinateur et d'internet, triomphe de la finance internationale et apatride, marchandisation du monde, apostasie des nations, des peuples, des familles et des individus.
Avec un vrai pape, de telles choses ne seraient jamais arrivées. Aussi brutalement, aussi brusquement, aussi totalement. Au point que nous nous enfonçons chaque jour davantage dans un gouffre sans fond.
Pas étonnant non plus si toutes les hiérarchies vacillent, l'autorité de l'homme sur la femme, des parents sur les enfants, du chef d'entreprise sur le salarié, de l'enseignant sur l'élève, du prêtre sur ses ouailles dès lors qu'il n'y a plus de pape et plus d'Eglise hiérarchique.
C'est pourquoi nous vivons une crise sans précédent de l'autorité et de la transmission. Depuis 1960 les enfants, sauf rares exceptions, ne sont plus catéchisés, n'apprennent plus les valeurs morales, civiques et religieuses. Notre monde en fait des monstres, de nouveaux barbares, pires que ceux d'autrefois.
Voyez que l'occupation du Saint-Siège par des intrus et l'éclipse de l'Eglise militante ont des conséquences incalculables et terrifiantes, n'est-il pas?
Petrus. |