Mon cher Victor,
Je réponds enfin à vos trois questions. pardonnez-moi pour le retard.
1) « Pourquoi des saints ayant bénéficié de grâces exceptionnelles comme sœur Lucie ou Padre Pio ont-ils accepté de côtoyer ces hérétiques voire de participer à leur fausse messe ? » Padre Pio étant mort en 1968, la question de savoir s’il aurait ou non célébré la nouvelle messe promulguée le 3 avril 1969 ou s’il y aurait assisté ne se pose pas. Par ailleurs, les premières thèses sédévacantistes exprimées publiquement datent du début des années 70 et ne sont en out cas pas antérieure à la promulgation du novus ordo missae. Ne sombrons donc pas dans l’illusion rétrospective. Le Bon Dieu a peut-être retiré Padre Pio en 1968 de notre monde pour lui éviter des choix douloureux.
En ce qui concerne Sœur Luciue, la réponse, je le concède volontiers, est moins aisée. C’est pour moi un grand mystère, je ne vous le cache pas. Comment une voyante qui a vu la sainte Vierge et qui a été dépositaire de secrets a pu, même au nom de l’obéissance, assister quotidiennement à la nouvelle messe et rester dans la nouvelle église ? D’aucuns ont évoqué un sosie, un assassinat, une mort déjà ancienne mais je vous accorde que l’on n’a jamais apporté de preuve à ces affirmations. On peut certes répondre en disant que le rôle de Sœur Lucie, tel que dévolu par la Providence, était de faire connaître le Secret et pas forcément d’être au premier rang des résistantes à Vatican II. D’ailleurs, qui peut savoir qu’elles étaient ses dispositions intérieures ? Qui peut connaître sa véritable marge de liberté dans un couvent où elle avait de surcroît prononcé des vœux perpétuels ?
Mais je ne vous cache pas, cher Victor, que si l’apparition de Fatima n’avait pas été reconnue par l’Eglise, l’attitude prêtée à Sœur Lucie depuis Vatican II m’aurait fait douter de l’authenticité de l’apparition. Puisque l’Eglise a tranché, la question ne se pose pas. Mais, c’est vrai, pourquoi le nier, l’attitude prêtée à Sœur Lucie reste pour moi un grand point d’interrogation, un mystère et, disons-le, une source de scandale.
Vous me dites que les saints n’on pas réagi face à la nouvelle église. C’est tout simplement parce qu’il n’y a sans doute plus de saints de nos jours. Bernanos disait : « Notre Eglise est l’Eglise des saints ». S’il n’y a plus de saints, il n’y a plus d’Eglise militante et réciproquement.
2) « Ne croyez-vous pas que la question du sédévacantisme ne e pose même pas et que dans l’hypothèse où vous avez raison ce n’est pas aux fidèles de s’y intéresser ».
Mon cher Victor, le fait de savoir si Benoît XVI est ou non pape doit intéresser au premier chef tous les chrétiens car « il est absolument nécessaire pour toute créature humaine d’être soumise au Pontife romain » définit infailliblement Boniface VIII dans sa bulle Unam sanctam du 18 novembre 1302.
Par conséquent, les baptisés qui disent qu’il importe peu de savoir si Benoît XVI est pape, c’est-à-dire la règle vivante et prochaine de la foi, la source de toute juridiction, le principe de l’unité des catholiques, le roc, le fondement et la Tête visible de l’Eglise sont proprement insensés.
Il est du devoir de tout catholique de s’intéresser à ces questions. D’ailleurs, vous-même qui êtes FSSPX, vous vous êtes bien mis en marge de l’église conciliaire, vous avez réfléchi, étudié, fait des choix.
Même pour des personnes simples il est facile de voir que tout a changé, la messe, les sacrements, les prêtres, l’enseignement dispensé. Même les gens qui n’assistent qu’aux cérémonies de mariage et d’enterrement peuvent facilement s’en rendre compte. C’est donné à n’importe qui. Quant à des scandales comme Assise, la télévision a assez médiatisé les moindres faits et gestes de Jean-Paul II pour que les gens ne l’aient pas ignoré. Je ne crois donc pas beaucoup à l’excuse de l’ignorance invincible.
Il n’y a pas besoin d’être un théologien de haut vol pour voir, comprendre et conclure que cette nouvelle église n’est pas l’Eglise catholique et que ses pontifes ne sont pas légitimes. Le sensus fidei permet de le dire.
La vérité, mon cher Victor, c’est que la plupart des gens ne s’intéressent pas à ces questions parce que leur foi est évanescente et leur amour de Dieu et de l’Eglise à peu près inexistant. Et puis il y a une question de confort comme vous le dites vous-mêmes dans un autre courriel : il y a une forme de vertige à voir la réalité en face, dans toute son horreur. Il ne faut pas chercher plus loin le fait que beaucoup de personnes préfèrent s’aveugler et mettre des lunettes roses. Le mensonge à soi-même et devant le réel a une apparence de confort.
Car, ne nous le cachons pas, être et demeurer sédévacantiste contre vents et marées a un prix : la solitude, au moins relative, la difficulté à s’insérer sur le plan social et professionnel, la difficulté d’avoir des relations et amis nombreux, de trouver à se marier, de trouver des centres de messe non una cum, des confesseurs, des écoles pour les enfants, etc. Là encore il ne faut pas chercher bien loin pour expliquer le peu d’appétence de la plupart des traditionalistes pour ce choix radical et exigeant mais cohérent et conforme à la vérité.
3) Enfin, vous me dites que Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II ont été faits évêques par Pie XII. Comment de vrais papes ont-ils pu faire sacrer des évêques modernistes m’écrivez-vous.
Eh bien je vous réponds que d’une part un pape n’est pas infaillible dans le choix d’évêques ou de cardinaux et que surtout les modernistes, comme l’a très bien analysé saint Pie X, sont habiles pour se faire passer pour des agneaux alors qu’ils sont des loups ravisseurs. Un homme qui professe extérieurement la foi catholique, comment savoir avec certitude qu’il est en fait un affreux moderniste ? C’est si difficile que saint Pie X avait créé un institut pour essayer de les repérer et de les traquer pour les mettre hors d’état de nuire avant qu’ils n’aient eu le temps de corrompre et d’empoisonner clercs et fidèles autour d’eux.
Le mystère d’iniquité ne date pas d’aujourd’hui et la volonté de sectes occultes de détruire l’Eglise en la pervertissant de l’intérieur n’est pas nouvelle. Il n’est donc rien d’étonnant à ce que de fieffés modernistes aient pu passer entre les mailles du filet et s’introduire dans la hiérarchie ecclésiastique jusqu’à se hisser à son sommet.
Mais puisque vous vous moquez du sédévacantisme que vous jugez comme une folie, mon cher Victor, à mon tour de vous poser trois questions :
a) sachant que, selon le catéchisme de saint Pie X dit que l’Eglise catholique, c’est la société ou la réunion des baptisés qui, vivant sur la terre, ont la même foi et la même loi de Jésus-Christ, participent aux mêmes sacrements et obéissent aux Pasteurs légitimes, principalement au Pontife romain », vous qui êtes lefebvriste considérez-vous que vous remplissez toutes les conditions d’appartenance à l’Eglise catholique telles que définies par saint Pie X ?
b) pensez-vous que les myriades de martyrs qui sont morts dans des souffrances atroces pour refuser de brûler l’encens aux idoles auraient accepté de reconnaître comme vicaire du Christ, c’est-à-dire comme règle vivante de la foi, un homme en blanc qui participe activement au culte vaudou, reçoit le signe de Shiva sur le front, baise le Coran, se fait imposer des excréments de « vache sacrée » et dit aux musulmans : « Que saint Jean-Baptiste bénisse l’islam » ?
c) pouvez-vous dire en conscience et devant Dieu qu’un seul pape jusqu’à Pie XII inclusivement aurait pu baiser le Coran, faire Assise, recevoir le B’nai B’rith, multiplier les repentances spectaculaires sur le dos de ses prédécesseurs et féliciter les adorateurs du dieu Python pour leur « foi en un Dieu unisue et bon » comme l’a fait Jean-Paul II au Bénin en 1993 pour les adorateurs du serpent ?
Alors, Victor, toujours aussi hostile au sédévacantisme ?
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